vendredi 15 avril 2016

Voyage spatio-temporel


Le vin, ce n'est pas qu'une boisson qui réjouit les papilles et l'esprit. C'est aussi de la culture. Depuis des milliers d'années, la vigne a voyagé à travers le monde, accompagnant les hommes, tel un chien fidèle. Et comme ce dernier, elle s'est adaptée au fil du temps et des espaces où elle s'implantait.

C'était donc à un voyage particulier, à travers l'espace et à travers le temps, que j'ai convié le club de Saint-Yrieix mercredi soir. Il suffit de cinq vins pour visiter trois continents et des millénaires de viticulture. 


On commence fort avec un "apatride". Ce Sziklafehér provient d'une colline volcanique hongroise. Le domaine Meinklang qui exploite ces parcelles en biodynamie est autrichien. Comme il n'a pas de chai sur place, il traverse la frontière pour rapatrier sa vendange. Ce vin n'est donc pas totalement hongrois, ni totalement autrichien. Il en est de même pour ses cépages : trois sont hongrois – Furmint, Hárslevelü et Juhfark – et le quatrième est lui aussi un étrange voyageur : le Welschriesling (= le Riesling étranger). Appelé aussi Riesling italien, il n'est ni italien, ni apparenté au vrai Riesling. Ce serait en fait le cépage croate Graševina qui changerait de nom en traversant les frontières. 

Et ça donne quoi dans le verre ? Ça sent la pomme fraîche ... mais pas que. Il y aussi du zeste d'agrume et une pointe végétale (menthe ? Feuille de cassis ?). En bouche, c'est fruité et désaltérant, pur et limpide. Une légère astringence finale renforce l'effet dessoiffant. Plutôt un vin d'apéritif, sans prétention, comme nous l'avons consomme avec du jambon cru local. Mais je le verrai bien aussi sur une salade pomme/endive/jambon de paris.  

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...ou cette recette, plus chic


Nous avons poursuivi par un VRAI vin autrichien produit par un autre domaine en biodynamie : Sepp Moser. Ce Riesling 1er Cru Gebling provient de ses meilleures parcelles, en terrasses, exposées plein sud.  Les voilà, tiens :


Cela donne un vin tendu, mais pas raide, aux notes de mangue et de citronnelle, avec une finale expressive sur l'agrume confit (mais sans sucres résiduels. Idéal pour les plats exotiques. Ça tombe bien, le chef a préparé des crevettes "thaies" avec coriandre et citronnelle, et des courgettes cuites juste comme il faut pour être encore croquantes. On se régale.


Nous partons littéralement à l'autre bout du monde avec le Barossa blended 2009 produit par Maverick Vineyard. Ce domaine – également en biodynamie – a été créé de toute pièces il y a une dizaine d'années à partir de très vieilles parcelles de vignes (la moitié ont entre 100 et 160 ans d'âge). Elles sont parmi les plus vieilles d'Australie. Evidemment, les cépages provenaient d'Europe : le Grenache (65%) et le Mourvèdre (10 %) d'Espagne. La Shiraz (25 %) malgré son nom orientalisant, de France (Dauphiné). Trois pays dans ce verre de rouge, donc ;-)

Ce vin prouve que la capsule qui obture la bouteille n'empêche pas le vieillissement. Car sans être oxydé, il fait bien son âge. Le nez est foisonnant : fruits noirs compotés, tabac, épices, pruneau, santal, café... La bouche a la rondeur et la richesse du Grenache, mais la fraîcheur du Mourvèdre, bien complété par l'énergie et les épices de la Syrah du Shiraz. Un vin généreux et à point. Et qui se marie remarquablement bien avec la poitrine de porc confite aux pruneaux, fondante et épicée. On se régale ++.


On fait de nouveau un grand saut dans l'espace et encore plus dans le temps en allant en Géorgie. C'est dans ce pays du Caucase que le vin est né, il y a plusieurs milliers d'années. Mais aussi notre vigne, Vitis Vinifera. Et depuis, rien n'a changé, ou presque. Les raisins, blancs ou rouges, sont toujours placés entiers dans des grandes amphores enterrées dans le sol, les qvevris, Et ils laissent ça se débrouiller plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Le résultat est, dirons-nous, loin de nos canons habituels. Il faut donc être aware pour les apprécier un minimum. 

J'avais pris l'un des plus accessibles de nos vins "blancs" géorgiens, le Rkatsitelli d'Okro's. Plutôt sur le coing confit, la pomme tapée et les épices, il sent plutôt bon. La bouche, est puissante, anormalement tannique pour un  blanc (mais bon, chez nous, cela s'appelle depuis peu un "vin orange"). C'est sûr que ça déménage. Et ma foi, avec le parmesan et la pâte de citrouille à l'orange maison, ça passe plutôt bien... pour environ 20 % des participants. Les 80 % autres sont plutôt dubitatifs, sans nier l'intérêt archéo-culturel de la chose : ce n'est pas que du vin, mais une gorgée d'histoire. 


Après l'effort, le réconfort. Nous finissons avec un vin tout juste irrésistible : le Riesling Spätlese 2012 de Clémens Busch (Moselle, Allemagne). C'est frais, fin, très légèrement perlant, peu alcoolisé (8 % ) et discrètement sucré. Des notes de fraises, de rhubarbe, d'ananas, de fruit de la passion... Ca va très bien avec le dessert... à base de fraise et de rhubarbe. On se régale ++ +

Un voyage nettement moins reposant que les précédents, mais néanmoins instructif. Et à part l'étrange parenthèse géorgienne, tout le monde a beaucoup apprécié.

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