mercredi 27 décembre 2017

Hepta : un champagne P-U-R


Hepta, c'est le chiffre 7 en grec. Il est très riche en symboles (7 merveilles du monde, 7 jours de la semaine, les 7 jours qu'a mis dieu pour créer le monde, 7 couleurs de l'arc en ciel, 7 nains, 7 chakras...). C'était aussi le nombre de partenaires sur un projet de créer un champagne le plus naturel possible. D'où Hepta. Et puis, tous les partenaires ne sont pas restés. Mais la maison P-U-R, elle, est toujours là. C'est une façon de compléter leur gamme, plutôt pauvre en bulles. 

C'est un vin d’assemblage, issu des trois cépages Chardonnay , Pinot Noir et Pinot Meunier, récoltés uniquement dans le vignoble de Rilly-la-Montagne, classé Premier Cru (c'est à 15 km au sud de Reims). Il est millésimé, valorisant ainsi l’expression d’une seule et même vendange, et la typicité du cru.

La vinification se fait de façon naturelle, sans aucun ajout de levures. Ce processus va se dérouler en cuve : La première fermentation alcoolique naturelle va débuter après que les cépages aient été pressés. Il va fermenter naturellement, à un rythme variant entre 8 et 9 mois.

Après la mise en bouteille, les flacons sont descendus en cave où ils vont reposer plus de six ans, dans l’obscurité, à une température idéale de 9° été comme hiver, dans la plus pure tradition champenoise. Le sol argilo-calcaire de la Montagne de Reims permet de conserver le champagne dans des conditions optimales.  Le temps de repos de la bouteille en cave est garant de l’excellence des cuvées. C’est à ce moment que le vin de champagne connaît sa seconde fermentation alcoolique en bouteille, provoquant la prise de mousse. Un dépôt va se former dans le flacon. Grâce à cet échange entre le dépôt et le vin, le champagne va obtenir finesse et caractère, et développer des arômes naturels subtils et complexes. Le dépôt sera ensuite expulsé (dégorgement) et la liqueur ajoutée (dosage). Chaque flacon sera ensuite habillé aux couleurs HEPTA. C'est seulement à  ce moment là que des sulfites seront ajouté (35 mg/l de SO2 total), histoire de préserver au mieux le résultat d'un long travail. 

La robe est d'un or intense, avec des fines bulles éparses.

Le nez est foisonnant, sur la viennoiserie sortant du four, les fruits secs grillés (noisette, amande), l'ananas rôti, le citron confit et une pointe de craie humide et de mousseron.

La bouche est élancée, tendue par une fine acidité traçante renforcée par des bulles crépitantes. C'est heureusement enrobé par une matière mûre, dense, plutôt vineuse, à l'aromatique expressive  (croissant chaud, noisette). 

La finale est énergique, marquée par un toucher crayeux et toujours ces notes de fruits secs complétées par la tarte Tatin, se prolongeant sur du salin et des épices grillés. Le dosage reste des plus discrets, équilibré par une acidité persistante . 

À une époque où les prix flambent en Champagne, trouver un champagne de cette qualité à 25.90 €, c'est cadeau ! 

En terme d'accord, il devrait bien se marier avec du foie gras mi-cuit parsemé de noisettes grillées (20 mn à 160 °C). 



mardi 26 décembre 2017

Versante Nord : l'Etna dans un verre


Eduardo Torres Acosta, est un jeune vinificateur originaire des Canaries qui a fait ses premières armes à Tenerife où son père, un facteur, possède une parcelle de vignes. En  2012 Eduardo déménage en Sicile où il intégre le domaine d'Arianna Occhipinti. Peu après, il est embauché comme oenologue au domaine Passopisciaro,  l'un des pionniers en Etna. Ce nouveau venu réussit à récupérer deux parcelles sur la face nord du volcan. La vendange est amenée par camion jusqu'au chai d'Arianna Occhipinti à  Vittoria où il est vinifié. Comme ses vins ne sont pas produits sur place, il n'a pas le droit de le mentionner sur l'étiquette et doit se contenter de l'appellation IGT Terre Siciliane.

Ses deux parcelles, Pietramarina  et Verzella, sont situées entre 550 et 700 mètres d'altitude sur des sols de lave. Les vignes, d'une cinquantaine d'années, sont une complantation de 80% Nerello Mascalese  et 20% d'autres cépages locaux dont le Carricante.  La vinification se fait sans intrants, avec environ 10 % de raisins non égrappées. La fermentation se fait en cuve béton durant une quinzaine de jours sans contrôle des températures. Puis le vin est élevé 16 mois dans des fûts de chêne de Slovénie. 

Nous avons reçu il y a peu son Versante Nord 2015

La robe est grenat sombre translucide.

Le nez est fin et profond, sur les fruits noirs et rouges bien mûrs (framboise, myrtille), le poivre cubèbe, la garrigue (thym, ciste), avec une touche fraîche (eucalyptus ?)

La bouche est élancée, avec une matière soyeuse – qui prend progressivement de l'ampleur et de la densité – et une tension des plus traçantes. L'ensemble est tonique et frais, sans que l'acidité n'ait jamais besoin de se montrer.

La finale dévoile une mâche de caractère qui contraste avec la bouche, mais on est sur des tannins mûrs et gourmands. La persistance se fait sur la garrigue et des notes résineuses/balsamiques.

Un très joli vin qui devrait encore se complexifier dans les 5 années qui viennent (si vous arrivez à ne pas le boire avant...)



vendredi 22 décembre 2017

Part Davan : contraste ultime !


Il y a quelques jours, nous avons dégusté avec le "club Vins étonnants" la dernière bouteille qu'il nous restait de Au Capcèu (ça va revenir !...). Tout le monde – ou presque – est tombé sous le charme. Ça m'a donné envie de déguster le 2016 de son vin sec Part Davan. Contrairement au liquoreux, celui-ci ne contient que 35 % de petit manseng. C'est le gros manseng qui a la part belle (50 %), complété par 15 % de petit courbu.  

Dès que je verse le vin dans le verre, je suis surpris par sa robe d'un or intense, évoquant un liquoreux.

Le nez est au diapason, sur des notes d'ananas, de mangue et d'écorce d'orange confite (dans 2-3 ans, la truffe devrait arriver, le complexifiant encore plus).

Si vous ne prévenez pas les personnes à qui vous le servez, la bouche risque de les surprendre, car il n'y a pas un gramme de sucre ressenti: on est sur de l'ultra-traçant, avec une acidité/rayon laser qui se prolonge bien au delà de la finale. C'est heureusement enrobé d'une matière mûre, presque moelleuse, à l'aromatique très confite/exotique. Le contraste maturité affirmée/fraîcheur vivifiante est des plus réjouissants – mais aussi certainement choquer le profane.  

La finale est marquée par une délicieuse astringence, salivante à souhait, avec un ananas omniprésent, et cette acidité qui trace toujours et persiste longuement après la dernière goutte avalée.

Ce vin peut être une réponse intéressante à ceux qui ne veulent pas de vin sucré avec leur foie gras. Il devrait également s'accorder avec des crustacés cuisinés à l'asiatique – avec lait de coco, gingembre, citronnelle... Le prix (15.90 €) est loin d'être déconnant au vu de sa grande qualité. 

Joyeux Noël à tous !





jeudi 21 décembre 2017

Barou 2016 : c'est (très) bon !


Nous avons reçu jeudi dernier les cuvées rouges du domaine Barou. Juste après les avoir photographiées pour le site, je me suis permis de les ouvrir afin de voir la différence avec les 2015. Je n'avais pas trop d'inquiétude pour le Saint-Joseph. Par contre, j'espérais en mon for intérieur que la Cuvée des Vernes soit moins "costaude" que l'année dernière. Si c'était le cas, ça nous aurait fait une chouette Syrah bio pour moins de 10 €...  Un dieu bienveillant doit m'écouter, car mon souhait est plus qu'exaucé :-)



La robe est pourpre violacé translucide. 

Le nez est intense, sur la crème de mûre, la violette, le poivre blanc, et une légère touche fumée. 

La bouche est ronde, ample, veloutée, avec une matière dense, charnue, au fruit croquant et épicé. C'est généreux, tout en restant frais et digeste. Si on se laissait aller, on en boirait des seaux (mais faut pas, hein : raisonnable tu seras). 

La finale a une mâche gourmande et énergique, très mûre/cerise noire, se poursuivant sur des notes poivrées/salines. Y a bon !!!



La robe est un chouïa plus sombre. 

Le nez est plus sur la retenue, par contre, avec une aromatique proche (fruits noirs, poivre, violette).

La bouche est longiligne, avec une tension qui vous happe de suite et ne vous lâche plus, avec une matière plus fine, soyeuse, gagnant progressivement en densité. Là encore, digestibilité et fraîcheur sont les maîtres mots. Mais on pourrait aussi ajouter "classe". 

On sent en finale que le vin est élevé en fûts (alors qu'avant, c'est insoupçonnable). Les tanins du bois ne sont pas encore totalement fondus. Il faut dire que la mise en bouteille est toute récente. À la sortie de l'hiver, tout cela devrait s'être harmonisé. Ceci dit, il n'y a rien de rédhibitoire : on sent une légère dureté en dégustation pure, mais en l'accompagnant (par ex.) d'un magret de canard, ça doit passer tour seul... 

mercredi 20 décembre 2017

Chardo tourangeau...


À force de monter les prix toujours plus vers le haut, les vignerons bourguignons vont finir par décourager leur fidèle clientèle. Faut qu'ils fassent tout de même attention, car des vignerons ligériens se mettent à faire du Chardonnay. Comme  Xavier Weisskopf du Rocher des Violettes. Son Chardonnay 2016 respecte totalement l'identité du cépage tout en se démarquant du style bourguignon. Au prix raisonnable où il est vendu (10.95 €), cela vaut le coup de se laisser tenter : vous en aurez assurément pour votre argent.

La robe est jaune paille, brillante. 

Le nez fait très Chardo, avec ses notes de beurre noisette, les fruits blancs bien mûrs, une pointe de grillé. Le tout rafraîchi par une touche de pierre humide. 

La bouche est ronde, fraîche gourmande, avec l'impression de croquer dans la baie de raisin. L'ensemble est frais, digeste, facile d'approche, tout en ayant du fond. 

On le sent d'ailleurs dans la finale crayeuse/saline, avec un retour du beurre et des fruits blancs. Des épices aussi.  Un vin très agréable, qui sera parfait dans une dégustation d'initiation "vins de cépage". 


vendredi 15 décembre 2017

Vendanges d'Automne ... by Beynat


Non, Beynat ne produit pas de vins liquoreux. Mais Alain et Nathalie ont jugé qu'il serait bien d'en avoir un à vendre au domaine afin de compléter leur gamme de vins. Ils sont allés chercher un domaine en bio à Saussignac (plus proche de Castillon que Sauternes), la seule appellation du secteur à refuser la chaptalisation. 

Cette cuvée Vendanges d'Automne remplacera nombre de mauvais Sauternes et Monbazillac qui doivent une partie de leurs sucres à la betterave ou à la canne à sucre (y compris des domaines réputés). Et vous ne vous ruinerez pas : il ne coût que 11.50 €. Merci, Beynat !

La robe est d'un or brillant, avec pas mal de larmes sur le verre après agitation.

Le nez est riche et frais, sur l'ananas, la manque, l'abricot et l'orange confite, avec en arrière-plan une petite touche safranée.

La bouche est élancée – tendue sans que l'acidité ne saille –  avec une matière mûre, moelleuse, aux notes confites, restant bien équilibrée et fraîche malgré sa richesse. L'aromatique évoque le raisin rôti et la mangue, avec toujours le safran comme guideline

La finale est nette, légèrement mâchue, avec un retour sur les fruits exotique et l'écorce d'orange (et le safran). Pas une once de sucrosité pâteuse comme nombre de liquoreux trafiqués. On sent que c'est vraiment fait avec des raisins botrytisés !


lundi 4 décembre 2017

Coume des loups : à hurler de plaisir !


Ne cherchez pas "Mudigliza" sur une carte du Roussillon : ce n'est pas un lieu-dit, mais un savant assemblage des noms et prénoms de ses créateurs : DImitri GLIpa et MUriel SAmson. Le domaine a été créé de toutes pièces, en achetant ici des vieilles parcelles en altitude dans le secteur de Saint-Paul de Fenouillet. Pas très loin du Mas Karolina de Caroline Bonville, originaire comme Dimitri de Bordeaux. Dix ans d'expérience de cru bordelais vous forgent un homme : ils vous apprennent la rigueur et la précision. On les retrouve dans tous ses vins, y compris son "petit vin", la Coume des Loups dont je vais vous parler aujourd'hui...

On retrouve à peu près à part égale les trois cépages les plus courants du secteur (Grenache, Carignan, Syrah) qui proviennent d'une parcelle de schistes noirs (et marnes schisteuses) à 300 m d'altitude. Le vin ne voit que de la cuve inox pour ne surtout pas perdre sa pureté d'origine. Le résultat est des plus convaincants.

La robe est pourpre sombre, limite opaque.

Le nez est très expressif, sur la crème de fruits noirs (mûre, cerise noire, myrtille), le laurier et le poivre, avec une petite pincée de benjoin.

La bouche est ronde, très ample, emplissant le palais d'une matière soyeuse. Celle-ci gagne rapidement en densité, devenant veloutée, tout en gardant la même sensualité, mettant en avant un fruit bien mûr, mais résolument frais, croquant. L'ensemble est des plus harmonieux, avec une "finition" rarement rencontrée dans un vin à moins de 10 €.

La finale dévoile une mâche gourmande, très "Mon chéri" dans l'esprit, avec cette alliance entre la cerise et le chocolat noir. C'est vraiment p... bon, tout en étant d'une évidente simplicité. Le talent des grands vinificateurs ! 






vendredi 1 décembre 2017

Le Cinsault à l'état pur


Il y a une quinzaine d'années, on redécouvrait que l'on pouvait faire de très bons rouges avec le Cinsault (cf Capitelles de Centeilles ou Pradel des Terrasses d'Élise) alors qu'il était avant tout destiné au rosé. Et si aujourd'hui, grâce à ce Blanc de noir de Zélige-Caravent, on se rendait compte qu'il donne de très beaux vins blancs ? *

La robe est jaune pâle, très légèrement trouble (oui, la photo est trompeuse...)

Le nez est fin, sur la poire Williams tout juste épluchée, et une petite pointe d'agrume.

La bouche est ronde, fraîche, limpide, d'une pureté évidente, quasi désarmante. En s'attardant un peu, on se rend compte que la chair est plus dense qu'on ne se l'imagine, avec ce toucher légèrement granuleux de la poire. Le fruit blanc continue à dominer, avec juste une pincée d'épices.

La finale gagne en intensité, avec une fine astringence qui rend ce moment plus réel, avec toujours la poire comme fil conducteur. Éternellement fraîche.

Un vin très troublant, un peu comme le carré blanc sur fond blanc de Malevitch. Ça raconte beaucoup de choses. Ou très peu. Selon le regard de l'observateur. Est-ce une coïncidence ?  Toujours est-il qu'aucune étiquette de cette cuvée n'est exactement identique. Comme si chaque dégustateur écrivait une nouvelle histoire à propos de la bouteille qu'il est en train de boire... Vertigineux, non ? 

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* Bon, vous me direz, les rosés en pressée directe provençaux sont quasiment "blancs". Et il en existe des 100 % Cinsault. Mais ils ne sont pas commercialisés en "blanc de noir". Ils perdraient leur précieuse appellation... 



jeudi 30 novembre 2017

Chloé : bordelaise dans l'âme


J'entretiens des rapports un peu compliqués avec Chloé. Parfois, je l'adore. D'autres fois, j'ai bien du mal à la supporter. Je ne parle pas de ma girlfriend, mais de la cuvée 100 % Merlot de Jean-Louis Denois. Sur 2010 et 2013, je la trouve vraiment trop boisée – mais je connais nombre de clients qui aiment cela – alors que sur 2012 et 2014, je la trouve juste parfaite : elle pourrait faire la nique à de très belles cuvées de la Rive Droite bordelaise. Je ne pense pas que Jean-Louis Denois ait changé grand chose dans son process. Il doit seulement y avoir des années où le bois s'intègre mieux que d'autres. 

Comme pour la plupart de ses cuvées, il n'y a un ajout de sulfite qu'à la mise, histoire d'assurer au mieux la conservation. Mais sinon, tout le parcours se fait sans SO2, ce qui exige beaucoup de soins lorsque l'on veut obtenir un vin "propre". Ce qui est le cas de celui-ci : difficile d'imaginer que l'on est en train de boire un vin contenant moins de 30 mg/l de SO2 total. Si ce n'est peut-être par son accès déjà très facile et sa douceur tactile. 

La robe est pourpre sombre à peine translucide, avec un disque bien violacé. 

Le nez est fin, classieux, mêlant les fruits noirs bien mûrs aux notes d'élevage (cela  sent exactement l'odeur que l'on a dans un chai de 1ère année bordelais : il pourrait le vendre en parfum d'ambiance !). 

La bouche est sphérique, avec une matière douce, veloutée, faussement aérienne (car on sent qu'il y a monde derrière cette apparente légèreté) qui vous emplit le palais. Le tout est  est tendu par une acidité quasi-impalpable, mais qui ne vous lâche pas de l'attaque jusqu'à la finale. En parlant d'acicité, le pH est plutôt élevé – 3.65 – mais on ressent une bonne fraîcheur, probablement due à l'aromatique légèrement mentholée. On retrouve également cette sorte de zénitude que j'évoquais à propos du Graupert, même si les vins ne se ressemblent pas du tout.

La finale ne fait que prolonger toutes ces sensations sans le moindre à-coup. Les tannins montrent juste un peu plus leurs muscles, mais cela reste très élégant, feutré. On retrouve les fruits noirs, les (belles) notes d'élevage, et puis en ultime sensation, ce mélange de cassis, menthol (et cigare) qui donne un grand coup d'air rafraîchissant. 

Alors que parfois j'aimerais l'oublier – car ce n'est pas des plus tendance –  ce vin me rappelle joliment que les vins bordelais font partie de mon ADN. Il en est un superbe représentant ... même s'il vient de Limoux ! 




mercredi 29 novembre 2017

Le match des bulles géorgiennes


Nous venons de recevoir un nouvel approvisionnement de vins géorgiens avec quelques nouveautés supplémentaires. Entre autres, deux pétillants naturels différents à tous points de vue : producteur, cépage, millésime, couleur... Mais qui ont un point commun : la gourmandise, une qualité à souligner, car elle est loin d'être systématique dans les vins de ce pays. 

Dans les deux cas, nous sommes dans le "nature", autant à la vigne qu'au chai : pas de pesticides chimiques, pas d'intrant, pas de filtration.. . Du 100 % raisin sain !
Le premier est produit par Okro's wines, domaine que nous suivons depuis plusieurs années maintenant. Il est issu du cépage Mtsvane dont vous apprendrez plus ICI.

La robe est jaune pâle, trouble  et une mousse assez épaisse (on pourrait croire boire une bière blanche ).

Le nez est très floral sur la rose et la fleur d'oranger, rafraîchi par du pomelo. On retrouve aussi le froment, qui là encore fait penser à de la bière.

La bouche est ronde, fraîche, tonique, avec une matière étonnamment dense, charnue, légèrement astringente, et une pétillance vive qui souligne plus qu'elle n'écrase.

La finale est pêchue, mêlant l'astringence à l'amertume, avec l'impression de mordre dans l'écorce de pomelo jaune, avec toujours des notes florales, mais aussi fermentaires (bière blanche). Étonnant !

Je le verrais plutôt servi pour l'apéro avec des grignotteries, ou bu pour lui-même, au bord d'une piscine ou d'un feu de cheminée selon la saison (si vous n'avez ni l'un ni l'autre – ce qui est mon cas – faites au mieux... ).


Kidev Erti 2015 (29.50 €)

Cette cuvée est le premier essai d'une toute jeune winery créée par deux français, Vincent Jullien et Guillaume Gouerou. Le premier est œnologue et le second, artiste. Ils achètent des raisins chez des producteurs "bio" et vinifient en qvevris dans leur propre marani. Elle est issue du seul cépage Tavkveri (voir ICI). Elle ne fait que 10.5 % d'alcool. 

La robe est rose framboise claire, brillante. 

Le nez est sur les petits fruits rouges, avec une petite pointe citronnée  et une touche légèrement fermentaire (yaourt). La bouche est vive, élancée, avec une belle tension et une matière ronde, généreuse, au fruit croquant et digeste. Les bulles sont très fines et subtiles pour un Pet' Nat'. 

L'ensemble est harmonieux et n'a pas grand chose à envier à nombre de champ' rosés. La finale est nette, fraîche, finement amère, mêlant le citron à la framboise et se prolongeant sur de légères notes salines. 

Pour un coup d'essai, c'est  un coup de maître ! Ce "qui divertit"  devrait pouvoir remplacer le champagne rosé en gastronomie, que ce soit avec de la biche ou du pigeon, accompagner des fromages affinés ou des desserts aux fruits rouges. Mais tout seul, ce sera bon aussi !

mardi 28 novembre 2017

Graupert : THE orange ?


Les vins oranges sur multiplient en ce moment dans toute l'Europe, mais tous sont loin d'être satisfaisants : on est plus souvent dans l'expérimental que dans l'hédonisme. C'est marrant d'en boire un demi-verre, et puis on s'empresse de revenir à un vin plus "normal". 

Ce n'est pas le cas de ce Graupert signé Meinklang. Certes, il s'écarte du modèle classique, mais il reste un séducteur, autant au nez qu'en bouche. Il réussi même à sublimer le Pinot gris, un cépage rarement enthousiasmant. Il faut dire que celui-ci provient de vignes non taillées qui donnent de toutes petites grappes aux baies très concentrées.



La robe entre l'orange et le rose saumon, légèrement trouble.

Le nez est très intense, sur les fruits jaunes séchés (abricot, pêche), la mangue séchée, la fleur d'oranger, avec une touche de rhubarbe qui apporte de la fraîcheur. La bouche est très ample, sphérique, avec une matière dense et moelleuse (au toucher) qui vous envahit tout la palais.On retrouve tous les fruits évoqués au nez, avec l'impression de pouvoir les croquer. L'ensemble dégage un calme et une harmonie assez incroyables. Le vin ZEN par excellence.

La finale est très concentrée – et rafraîchissante – sans être dure comme la plupart des vins oranges. Les fruits sont très présents, mais aussi les épices et plus encore les notes salines. Vous restez longtemps pénétré par l'âme de ce vin à la personnalité unique.

J'ai fait découvrir le reste de cette bouteille à des amis dégustateurs le week-end dernier : tout le monde l'a trouvé très bon (alors que souvent, ce type de vin divise...)



lundi 27 novembre 2017

Votez Molland !


J'avoue : j'ai bu pour l'instant moins de vins du domaine Bonnardot que certains de nos clients. C'est Eric R. qui les a découverts en juin dernier à un salon "nature" pendant que je "tenais la maison" à Ambazac. Comme nous avons croulé sous les nouveautés depuis deux mois, je n'avais pas eu encore l'occasion d'en ouvrir. Je démarre donc avec Molland. Molland, c'est le nom de la parcelle d'où est issue cette cuvée. Elle est située sur un coteau de la vallée de la Saône, quasi à l'abandon depuis la crise phylloxérique. C'est un rarissime assemblage de Chardonnay et d'Aligoté (moitié/moitié). Après avoir dégusté ce vin, on se demande pourquoi il n'est pas plus souvent fait, car ça fonctionne du tonnerre de dieu ! [peut-être parce qu'il n'est reconnu par aucun cahier des charges et donc rétrogradé en vin de France... ]

La robe est d'un jaune paille intense, brillant.

Le nez est expressif, sur la pomme chaude, le beurre frais, le citron et la noisette, avec une point fumée.

La bouche est ronde, ample, avec une matière charnue, pulpeuse, gourmande, très Chardo, doublée d'une belle tension, une fine acidité traçante, très Aligoté. Les deux s'harmonisent avec bonheur. Cela se boit à grande lampée.

La finale est tonique, intense, finement crayeuse, très marquée par la pomme chaude beurrée, mais contrebalancée par une grande fraîcheur. Assez irrésistible...

Cette cuvée donne envie de découvrir le reste de la gamme...


vendredi 24 novembre 2017

Prendre son contre-pied !


Le contre-pied, ici, c'est d'avoir osé faire une macération carbonique avec le cépage Duras. Le deuxième contre-pied, c'est qu'il est signé par la famille Plageoles, pas vraiment connue pour ses vins en carbo. Le troisième contre-pied, c'est d'avoir tiré de la macération que le meilleur, à savoir une grande finesse des tannins. Dieu merci, on évite l'aromatique bonbon anglais/banane/lactique/vernis à ongle...  On obtient au final une superbe expression de ce cépage burgondo-jurassien* perdu dans le sud-ouest, qui devrait réconcilier amis et ennemis du vin nature !

La robe est grenat profond, translucide.

Le nez est fin, sur la mûre, la ronce et des notes sanguines et florales (pivoine). La bouche est ample, déployant avec élégance sa matière soyeuse et fraîche. L'ensemble affiche une belle tension, sans que la moindre acidité ne ressorte.

La finale est étonnamment fine pour un vin de cette région : juste une très légère mâche, avec toujours ces notes sanguines/ferreuses, des épices, de la fraise, un peu de fleur séchée, et puis du salin à profusion.

Bref, l'une des plus belles carbo qui nous ait été donné de boire :-)

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* le Duras est l'enfant du Savagnin (Jura) et du Tressot (Chablisien)


jeudi 23 novembre 2017

Verdesse 2015 : renaissance d'un cépage


La Verdesse est un très ancien cépage originaire de l'Isère, remontant à une période où la vigne était beaucoup plus présente dans le département (40.000 ha au milieu du XIXème siècle !). Si elle fait partie des cépages autorisés, elle a pourtant quasiment disparu au profit des cépages "améliorateurs" (Chardonnay, Gamay). Il n'en restait que trois hectares en France en 2011.

Grâce au Centre d'Ampélographie Alpine Pierre Galet situé à Montmélian – dont Nicolas Gonin est vice-président – elle commence à repointer timidement son nez ici ou là. D'autres devraient suivre dans les années qui viennent, comme le Mècle ou le Bia (bon, pas sûr que leurs noms soient très porteurs...)

Issu d'une parcelle surgreffée en 2012, cette Verdesse 2015 est le deuxième millésime récolté. Le premier millésime avait un profil pour le moins tendu, très Riesling/Chenin, avec une verdeur (ou une verdesse ?) assez marquée en finale qui pouvait déstabiliser. Était-ce dû au millésime ou au cépage ? Difficile de dire... Ce second millésime donne un début de réponse... 

La robe est d'un or lumineux.

Le nez est mûr et frais, mêlant les notes de mirabelles et de miel à des senteurs de coing et de rhubarbe. 

La bouche est sur la même dualité : d'un côté, une tension et une fraîcheur rappelant les rieslings alsaciens. De l'autre une matière ronde, mûre, moelleuse, limite grasse. Les deux font très bon ménage. L'aromatique fait très "tarte à la mirabelle", le sucre en moins ;-)

L'acidité, qui était jusque là bien planquée dans la matière confortable, ressort avec tonicité et vigueur en finale et allonge le vin sur plus de 20 secondes, soulignée par de nobles amers. Les fruits mûrs cèdent la place au citron vert et aux notes salines. C'est la fête au palais !

Ce qui génial dans ce cépage, c'est qu'il peut exprimer une maturité poussée, tout en gardant une belle acidité ET en ayant un faible taux d'alcool (12.5 % vol). Il me paraît une bonne piste pour l'adaptation des vignes au réchauffement climatique. Par ailleurs, la comparaison 2014/2015 montre que le cépage se montre plus aimable sur un millésime solaire. On peut supposer qu'il y a quelques décennies, ça ne devait pas être souvent le cas. Cela peut peut-être expliquer pourquoi il avait été abandonné (c'était un peu pareil avec le Petit Verdot qui était bon dans les années 50 une fois tous les 10 ans, et qui donne aujourd'hui chaque année d'excellents vins.



mercredi 22 novembre 2017

Quand Napoléon flirte avec l'ennemi...


Je vous ai parlé déjà il y a deux jours d'un vin de Benjamin Darnault (la Repasse). En voici deux de plus, produits en collaboration avec Trevor Gulliver, propriétaire du restaurant Saint-John à Londres. Il se trouve qu'il a une résidence secondaire dans le Minervois. Il a pu découvrir le potentiel des vieilles vignes du secteur, souvent peu mises en valeur. Leur chai commun se situe au 2 bis d'une rue anciennement baptisée Boulevard Napoléon. D'où le malicieux nom de cette alliance anglo-française pour la bonne cause. 



Les deux cuvées proviennent de vignes âgées de 70 ans cultivées sur des sols très calcaires. Elle  ne risquent pas l'embonpoint, mais le calcaire leur permet tout de même d'avoir toujours un minimum d'eau (contrairement au sable qui ne stocke rien). On peut obtenir ainsi la quintessence d'un terroir sans trop forcer dans les vinifications. Il vient ce que le raisin veut bien donner... 



(100 % Grenache gris)

La robe est or pâle, brillante. Le nez est superbe, assez "Cochien" (beurre noisette, sésame, lemon curd) avec peut-être plus d'expansivité  - mais pas lourd toutefois. 

La bouche est ample, sphérique, avec une matière opulente, généreuse, tout en gardant de la rectitude et de la fraîcheur. L'équilibre est juste parfait ! 

La finale dévoile une belle mâche crayeuse, où se mêlent agrumes, notes beurrées et grillées. Elle se prolonge avec subtilité sur le trio 3 A (Amertume, Astringence, Acidité) avec du grillé et du salin en arrière-plan. Très (très) beau vin !



Boulevard Napoléon "le Pujol" 2012 (16.00 €)

(100 % Grenache noir)

La robe est rubis sombre bien translucide, avec des reflets d'évolution. 

Le nez, après une bonne aération, exprime avec finesse des notes de fruits rouges confits, d'épices et de pain grillé. 

La bouche est ronde, ample, avec une matière aérienne d'une grande finesse qui vous caresse le palais. Il se dégage une profondeur et une fraîcheur certainement redevables aux vieilles vignes. 

La finale est intense tout en restant subtile, avec une fine mâche épicée, une touche de moka et des saveur plus minérales (craie humide, sel). Un grenache sobre, mais classe. 




mardi 21 novembre 2017

Stierkopf : tranchant !


Il y a Auxerrois et Auxerrois. Il y a le rouge que l'on trouve à Cahors, et qui s'appelle aussi Côt en Loire et Malbec à Bordeaux. Et puis il y a le blanc , originaire de Lorraine et qui est, à l'instar du Chardonnay ou du Gamay, un enfant du Pinot noir et du Gouais blanc [vous aurez noté qu'aucun ne vient d'Auxerre... ]. On trouve le blanc en Lorraine, évidemment, mais aussi en Alsace. Il y est rarement commercialisé sous ce nom-là : soit il entre dans l'assemblage du Crémant ou de l'Edelzwicker, soit il cohabite avec le Pinot blanc dans le Klevner (qui n'a rien à voir avec le Klevener, issu du Savagnin rose). 

Alors que l'Auxerrois du domaine Rietsch était assemblé jusqu'en 2015 dans Entre chien et loup (avec du Pinot blanc : c'était donc un Klevner), il fait cavalier seul en 2016 dans cette cuvée Stierkopf. L'Auxerrois a la réputation d'être un cépage un peu mou, manquant de caractère. Ce n'est vraiment pas le cas de celui-là qui est vif et tonique. Vaut mieux le boire le midi. Si vous le buvez le soir, vous risquez de ne pas dormir de la nuit... 

La robe est jaune paille claire, brillante.

Le nez est super gourmand, sur la "tarte au citron meringuée" dixit Lechef. L'a pas tort. On a bien l'odeur de la pâte à tarte (pur beurre) toute chaude, un peu de citron confit, et des notes caramélisées/épicées. Si on veut faire pâtisserie plus alsacienne, on pourrait parler du Berawecka, ce petit pain à base de fruits confits, dont la poire séchée, que l'on perçoit bien ici. Bref, on s'attendrait à un vin riche, moelleux. Grosse erreur [bon, perso, je me doutais que ce ne serait pas le cas en lisant ces résultats d'analyse :  Alcool  12.7° / Sucre résiduel  0.2 g/l  / Acidité totale  6.6.5 g/l   /  pH : 3.1  /  S02 total :  12 mg/l . Ça promettait un vin bien vif... ]

La bouche est vive, tendue à donf, avec une acidité mosellane (ou Pinonienne, c'est pareil) tranchante comme un rasoir qui vient d'être affuté. Elle est heureusement enrobée par une matière ronde, confortable, limite joufflue, qui amène un peu de bonhommie. Et puis il y a toujours cette aromatique de pâte beurrée dorée à point et d'agrume confit. L'ensemble est fluide, digeste, d'une grande buvabilité, pour peu que l'on apprécie cette vivacité germanique (moi, j'suis fan, mais je sais que d'autres auront du mal...).  

La finale est nette, intense, très marquée par le citron (jus). Ça vous recale les papilles direct et vous prépare à la gorgée suivante.

PS : 24 h plus tard, le vin fait un peu plus "nature" dans l'aromatique. À vous donc de voir selon vos goûts si vous l'aérez, ou si vous le buvez dès l'ouverture (moi, je préfère le premier jour). 

lundi 20 novembre 2017

L'effet Repasse...


La Ripassa est de retour : après un examen attentif, elle a eu droit à la nationalité française. Elle s'appelle désormais La Repasse de Montagne. Le principe reste le même : du vin de 2015 a été repassé sur du marc encore fumant de 2016. Je ne sais pas si cela vient de la combinaison différente des millésimes (2015/2016 vs 2014/2015), mais cette nouvelle version est plus immédiatement charmeuse. Le premier demandait une bonne aération pour s'exprimer. Là, tu ouvres, tu bois (mais il était encore très bon le lendemain, ceci dit). 

La robe est pourpre sombre translucide.

Le nez est épanoui, sur la crème de fruits noirs, le benjoin, et les épices. Une petite pointe de laurier, aussi.

La bouche est de grande ampleur, envahissant tout le palais d'une matière douce, soyeuse, plus dense qu'elle n'apparaît en premier lieu. Il y a aussi tout ce qu'il faut de tension et de fraîcheur, sans que rien ne dépasse. C'est tellement harmonieux et bien foutu qu'on pourrait presque trouver ça ch...t. Mais en fait, non.

La niaque de la finale arrive à la rescousse : une sorte de "trait vert" énergique, subtilement amer qui se déploie de plus en plus, avec l'impression de boire un second vin, plus puissant, plus tannique. C'est ça, l'effet Repasse ;-)


vendredi 17 novembre 2017

C'est l'heure de la Cantina !


Non, vous n'allez pas manger du poisson pané et des épinards. Mais boire un vin blanc corse. C'est mieux, non ? La Cantina di Torra, c'est le nom définitif du domaine de Nicolas Mariotti-Bindi. Après avoir "squatté" au domaine Leccia où il était chef de culture, il a maintenant son propre chai ... et le nom qui va avec. 

Les anciennes cuvées (Porcellese, Mursaglia) sont toujours d'actualité. La Cantina di Torra blanc 2016 est la nouvelle entrée de gamme du domaine (existe aussi en rouge). Elle provient de coteaux argilo-calcaires de Patrimonio. L'année prochaine, devrait apparaître une cuvée Carco (si, si). 

La robe est jaune très pâle, aux reflets argentés.

Le nez est fin et profond, sur le fenouil confit et la pâte d'amande, rafraîchis par une pointe de citron et des notes de pierre humide.

La bouche est sphérique, aérienne, d'une fraîche délicatesse, avec une matière limpide, subtile, et une aromatique faisant songer à une version allégée du lemon curd mêlée à une infusion de cailloux.

La finale dévoile une fine mâche où l'on retrouve le fenouil, l'amande, la (toute) petite pointe citronnée. C'est finalement le fenouil qui l'emporte, souligné par de légères notes salines.

Il faut trouver la bonne température de service, car le bébé pèse tout de même 14.6 % vol. (sans être déséquilibré). Trop froid, l'alcool ressort. Trop chaud, aussi... 12-13°, ça me paraît bien. 



jeudi 16 novembre 2017

Pu(e)reté absolue !

Torcuato Huertas a travaillé toute sa vie à la campagne principalement dans la culture des olives et des arbres fruitiers. Il s'est intéressé au vin début des années 80 lorsqu'il est venu aider à tailler chez Manuel Valenzuela de Baranco oscurro, devenu un peu son mentor. Torcuato voulait suivre la tradition de son grand-père et l'améliorer. L'influence de Manuel a été énorme et se retrouve dans le respect de la nature, et la curiosté pour de nouveaux cépages et des vinifications innovantes, avec la recherche de l'authenticité dans chaque bouteille.

A l'instar de son mentor, les vignes sont haut perchées : entre 900 et 1200 m d'altitude. Puer est un assemblage de 22% Merlot, 22% Cabernet Sauvignon, 22% Syrah, 22% Cabernet Franc, 12% Tempranillo (oui, ça fait bien 100 au total). Il n'en existe pas de tel en France, même hors appellation. 

La robe est pourpre sombre, à la limite de l'opaque ...  mais pas totalement. 

Le nez est très expressif, sur la cerise noire, la myrtille, avec une pincée de cacao et un soupçon de ciste et d'eucalyptus, juste pour apporter une grande fraîcheur aromatique (qui ne vous quitte pas du début à la fin). 

La bouche est ronde, ample, invasive même, avec une matière veloutée à la densité impressionnante. Mais c'est la pureté et l'expressivité du fruit qui épatent le plus. Il y a ce côté franc, "brut de cuve". Brut tout court d'ailleurs. Car on est loin du vin de fillette : y a des tannins, et pas qu'un peu. Mais d'une part, ils sont mûrs et bien intégrés. Et d'autre part, le reste est tellement réjouissant qu'on passe outre. 

La finale a une mâche puissante qui est dans le prolongement du reste, avec un fruit d'une rare gourmandise, et une fraîcheur aromatique qui mériterait de faire école. À signaler qu'à aucun moment n'apparaît la moindre déviance aromatique. C'est d'une pureté TOTALE. Ce qui n'exclue absolument pas d'y prendre beaucoup de plaisir (sauf les poneyphiles exclusifs). 

La puissance de ce Puer exclut de le boire pour l'apéro. Par contre, avec une daube, de l'agneau de 7 heures ou un enchaud de porc, on devrait être pas loin du pied intégral... 



mercredi 15 novembre 2017

Sancerre 2016 : un très bel équilibre


Il est probablement un peu prématuré pour ouvrir cette bouteille de Sancerre 2016 de Gérard Boulay. Mais j'avais lu ici et là que ce millésime était très agréable à boire. C'était surtout l'occasion de vous rappeler que nous avons reçu il y a quelques semaines les cuvées parcellaires du domaine : Clos de Beaujeu, Monts Damnés, Comtesse et la Côte. Pour l'instant, il reste un peut de tout, mais, les fêtes arrivant, ça ne va pas durer... 

La robe est or pâle, brillante.

Le nez est fin, aérien, sur le zeste frais de citron, le pomelo, la craie humide et (juste) une petite touche de bourgeon de cassis. Un peu de menthe, aussi. 

La bouche est ronde, fraîche, d'une pureté évidente, avec une très fine acidité qui apporte juste ce qu'il faut de tension et une aromatique naviguant entre l'agrume, la sauge et la menthe poivrée.  Un très léger perlant souligne le tout, donnant encore un peu plus de peps. 

La finale dévoile une fine mâche crayeuse, mêlant l'écorce de pomelo et la menthe, la noble amertume à une dessoiffante astringence, avec une persistance sur des notes citronnées. 


mardi 14 novembre 2017

Beaujolais 2017 : lequel choisir ?


Les amateurs de vins ont tendance à mépriser l'arrivée du Beaujolais nouveau chaque troisième jeudi de novembre. Il faut dire que ce n'est pas vraiment le fleuron de la production viticole nationale qui est mis en avant (c'est pourtant hélas le seul moment où l'on parle un peu de vin dans les médias). Cet évènement peut être néanmoins l'occasion de re-découvrir à quoi ressemblait le vin avant l'usage du soufre au XVIIème siècle. C'est en effet ce dernier qui a permis de prolonger l'élevage des vins et de s'aventurer à produire des vins de garde Avant, c'était la norme de commercialiser le vin de l'année au moment de la Saint-Martin (début novembre).  À cette époque, c'était certainement la période où il se goûtait le mieux, car il devait ensuite partir assez rapidement en vrille...

Les 4 vins que nous vous proposons sont "faits à  l'ancienne", sans le moindre intrant. Vous pouvez ainsi remonter le temps tout en restant tranquillement chez vous. C'est l'occasion  de constater ce qu'a pu apporter aux vins l'œnologie depuis quelques siècles. Peut-être a-t-on un peu perdu  en "naturel", mais nous avons beaucoup gagné en complexité et expression du terroir. C'est pour cela que j'ai parfois un peu de mal avec certains ayatollahs du vin naturel qui vous expliquent que c'était mieux avant. Franchement, si tous les vins ressemblaient à du Beaujolais nouveau, je crois que je changerais de métier, car je n'aurais pas matière à m'enthousiasmer au quotidien....



La robe est rubis translucide tirant vers le violacé. 

Le nez est plutôt discret sur des notes de petits fruits rouges et de rafle, avec une pincée d'épices. 

La bouche est élancée, avec une matière fine, souple, fraîche où l'on retrouve le fruit et les épices, avec une touche lactée. 

La finale a une mâche gourmande, avec juste ce qu'il faut de poivre et de floral, se terminant sur des notes minérales/salines. 

Pour l'instant, c'est bon. Dans six mois, ça devrait être très bon. 



La robe est pourpre bien sombre, à peine translucide.

Le nez est dominé par la violette et la terre fraîchement retournée. Un peu de poivre et de rafle, aussi.

La bouche est toute aussi élancée, mais avec une matière plus dense, plus séveuse, avec un fruit un peu moins présent au profit de la "minéralité".

La finale a une mâche plus puissante, plus épicée, aussi. C'est encore un peu serré, mais très prometteur. Là aussi, aucun doute que ce sera meilleur au printemps prochain.



La robe est grenat sombre translucide.

Le nez est plus expressif, avec les notes lactées qui dominent, soulignées par le poivre. 

La bouche est plus ronde qu'élancée, avec une matière veloutée enveloppante, entre notes lactées, poivrées et minérales.

La finale gagne en intensité et en tonicité  : c'est pêchu, ça trace, avec un côté juteux des plus sympas. On monte sérieusement d'un cran (et là aussi, ça devrait être nettement meilleur dans quelques mois). 



La robe est rubis sombre translucide.

Le nez est fin, frais, épicé, entre fruits rouges bien mûrs et notes sanguines/ferreuses. 

La bouche est la plus élancée de la bande, avec une matière ample, élégante, aérienne, pleine d'énergie. Et c'est en place, prêt à être bu. 

La finale combine malicieusement amertume et astringence : il y a de la niaque, des épices, du sanguin/ferreux. C'est déjà p... bon. Il faut en profiter, car on ne sait pas de quoi sera fait demain...