vendredi 26 mai 2017

Un Chardo né sous une autre étoile


Depuis 2-3 ans, il y a de nombreuses expérimentations de "vins oranges", mais il en existe très peu qui concerne le Chardonnay. Cette cuvée Champ d'Aubert pourrait inciter d'autres producteurs à s'y mettre, car c'est une réussite : le vin est équilibré, sans aromatique déviante, avec certes plus de tanins qu'un vin blanc classique mais parfaitement intégrés. Ce qui est intéressant, c'est que cela ne ressemble plus du tout à un Chardonnay. Tout en étant très loin de tout autre vin orange que j'ai pu goûter (dont beaucoup se ressemblent alors qu'ils proviennent de cépages différents). On a affaire ici à un vrai vin. Pas à un truc bizarre où tu te demandes s'il y a bien du raisin dedans...

La robe est d'un or intense, très légèrement trouble.

Le nez fait plus penser à un liqueur (noix, orange) ou à liquoreux qu'à un vin sec. Du coup, on s'attend à de la douceur en bouche...

Eh bien pas du tout : c'est sec de chez sec, avec une matière impétueuse qui emporte tout sur son passage. L'ensemble est très tendu, mais en même temps,  il y a de rondeur et de la générosité – et même du moelleux – dans cette matière brut de brute. Il y aussi quelques tanins dus à la macération de douze jours, mais ils sont plutôt bien fondus et intégrés.

En fait, ceux-ci ressortent plus dans la finale très mâchue et des plus savoureuses. Mais comme ils vont de pair avec une aromatique extravertie (fruits secs, agrumes, épices) et une tonicité vibrionnante, eh bien, ça passe tout seul, ou presque.

Une semaine après ouverture et conservé à température ambiante, il est encore meilleur, avec des tanins devenus imperceptibles.




mercredi 24 mai 2017

Les perles étonnantes de Sandrine Goeyvaerts


Ça y est : la caviste-blogueuse belge a encore frappé. Après Jamais en carafe dont j'avais parlé ICI, voici les Perles d'une caviste. Il est peut-être encore un peu tôt pour dire que c'est l'album de la maturité, mais je trouve ce livre encore plus réjouissant que le premier. 


Le principe est simple : elle part de 50 phrases qu'ont entendues tous les cavistes de France et de Belgique (et même de Suisse, hein). En voici quelques unes 

"Le vin de France, c'est de la piquette. Vous en vendez à 20 euros ? C'est du vol !"

"Je voudrais un vin sans sulfites, ni pesticides, ni gluten et sans trop d'alcool."

"C'est pour un connaisseur : il prend des cours d'œnologie. Depuis deux mois."

"Je ne veux aucun vin au-dessus de 12 °. Ça tape vraiment beaucoup trop".

"Les pays d'Oc, tout le monde le sait, c'est magouille et compagnie."

"Les vins de Savoie, c'est juste bon pour boire avec la raclette."

"Il faut un vin doux, mais pas calorique, c'est pour des femmes."

Etc.

Et Sandrine répond à cette sentence avec beaucoup de pédagogie, de pertinence, et souvent d'humour, démontrant sans humilier que le client fait fausse route. Au passage, elle donne une quantité d'information assez impressionnante. Une fois que vous aurez tout assimilé ce qu'il y a dans ce livre, on pourra dire que vous êtes un amateur vraiment averti (vous en vaudrez donc deux).


Bon, ce que je viens de vous décrire, c'est la page de gauche. Sur celle de droite, il y a une cuvée d'un producteur (français dans 48 cas sur 50). Sans le millésime, car cela daterait le livre un peu trop rapidement, et frustrerait celui qui ne trouverait que 2015 alors que c'est le 2014 qui est vanté. Mais comme ce sont des producteurs réguliers, y a pas trop de souci. La description du vin est donc plutôt générale. Disons que ça donne une idée du style. C'est autant le vigneron (ou la vigneronne) qui est mis en avant. 

Sandrine m'a avoué ne pas l'avoir fait exprès, mais sur les 50 bouteilles conseillées, 20 sont disponibles à Vins étonnants (pas moins de 40 %, donc !).Quelque part, ce n'est pas vraiment "étonnant" : elle a privilégié les bons vins (essentiellement) bio de qualité à prix abordable. C'est pile-poil notre créneau (ou credo ? Les deux...).



À cela s'ajoute un lexique des plus savoureux tout en étant pertinent: même si vous connaissez leur définition "classique", vous prendrez beaucoup de plaisir à lire celles de Sandrine. Exemples choisis :

Charpenté : puissant, solide. "Ce Saint-Joseph est correctement charpenté, normal pour un menuisier."

Complexe : qui a beaucoup d'arômes différents, qui évolue quand on le goûte. Les sommeliers adorent placer le terme "complexe" quand ils ont une panne d'inspiration.

Dentelle : vin d'une grande finesse. Si l'on ajoute qu'elle vient de Bruges ou de Calais, on gagne des points. Et si l'on y adjoint Montmirail, on épate les géographes.

Glouglou : qui se savoure sans réfléchir, on parle alors de "buvabilité". Le glougloutage, ou glougoutement, est l'action qui en découle. Plus hipster et fashion que "gouleyant" qu'il a supplanté.

Typicité : caractère d'un vin. La typicité peut s'appliquer au cépage ou à l'appellation. Si on ne sait pas quoi dire, on peut toujours l'employer, dans le doute.

Enfin, voilà : 126 pages de p'tit bonheur que l'on n'est pas obligé de lire d'une traite. Au contraire, l'idée est plutôt de picorer ici et là. Un coup, c'est la "perle du client" qui vous attire. Une autre fois, c'est la quille. Ou le petit encadré en bas à droite, au titre parfois"limite"...  mais toujours instructif. tout ça pour le prix d'une bouteille abordable (12.90 €). Pourquoi se priver ?

Cadeau bonus !






Rosé Vs Rosé


Il y a plusieurs écoles, en vins rosés. Ceux qui les préfèrent très clair, façon rosé de Provence, ceux qi qui les préfèrent rose framboise (voir fuschia) intense, façon clairet bordelais, ou encore limite "vin orange", façon Tavel. Les deux que je vous présente aujourd'hui ne viennent ni de Provence, ni de Bordeaux, mais de régions pas forcément réputées pour leurs rosés. Le premier est sans soufre, concocté par le domaine Costes-Cirgues,  le second est un 100 % Seibel, vinifié par l'équipe de Vin & Pic (Côtes du Forez).






La robe est "rose thé" ou saumon pas trafiqué ;-)

Le nez est fin, sur des notes de melon, pêche de vigne, fraise confite, avec une touche d'amande grillée et d'épices.

La bouche est ronde, fraîche, gourmande, avec une matière vineuse/séveuse/épicée contrebalancée par une fine acidité et un (très) léger perlant. L'ensemble est harmonieux, avec juste la tension nécessaire.

La finale joue malicieusement sur le duo amertume/astringence en jouant subtilement sur les curseurs pour ne heurter personne. C'est très écorce d'orange/pomelo, avec une palanquée d'épices comme sait l'apporter le Mourvèdre.

La persistance est très au-delà de l'honorable, ce qui devrait permettre au vin de résister à des plats relevées (couscous, taboulé, tajine, côtes d'agneau au BBQ...)




Seibel 2016 (6.00 € - sic ! )

La robe est entre le rouge groseille et la framboise.

Le nez dévoile des notes de "bonbon anglais" (= amylique en langage techno), de petits fruits rouges et de zeste d'orange.

La bouche est élancée, avec une matière dense et douce, presque moelleuse au toucher, avec un fruit épicé bien présent et ce qu'il faut de fraîcheur.  Par rapport au précédent, il fait plus rentre-dedans – sans que ce soit du tout agressif. Très Tavel style, prix (méga) abusif en moins.

La finale ne joue pas sur l'amertume et l'astringence comme le Point du jour. Elle est beaucoup plus fondue/raccord avec le reste de la bouche, avec une amplification des notes épicées qui persistent longuement.

Ce vin, un peu comme un Tavel, devrait pouvoir accompagner les plats à base de tomate, ail et/ou safran qui ont tendance à massacrer autant les rouges que les blancs : pizza, paella, bouillabaisse..., mais aussi les grillades, l'agneau confit provençal... 

lundi 22 mai 2017

La lettre de Mai 2017


Notre newsletter de mai 2017 a été éditée vendredi 19 mai. Même si vous n'êtes pas parmi les chanceux déjà abonnés, vous pourrez y accéder en cliquant ICI !

vendredi 19 mai 2017

Varenne du poirier : un modèle de "vin nature"


Il y a quelques jours, je vous ai parlé du Pin'Eau de Loire, un demi-sec de Chenin peu sulfité (10 mg/l ajouté à la mise). Aujourd'hui, je vous parlerai d'un Anjou sec  du même domaine – les Grandes Vignes – où aucun sulfite n'a été ajouté. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'en contient pas : il s'en forme naturellement durant la vinification. Cela ne se ressent pas du tout : vous avez vraiment l'impression de boire un Chenin d'Anjou "classique".  Cette cuvée provient d'une parcelle sur schistes gréseux, la Varenne du Poirier. On retrouve donc avec bonheur cette droiture énergique typique des "vins de schiste" avec toutefois plus de densité que ses cousins allemands – qui ont un style plus fuselé/élégant. 

La robe est or pâle.

Le nez est fin, profond, sur la fleur de tilleul, les fruits blancs (poire, coing, pomme séchée), avec une touche grillée/fumée, mais aussi d'ardoise mouillée.

La bouche est pure, traçante, avec une matière ronde, limpide, coulant de source, gagnant progressivement en puissance et minéralité.

Cela se ressent dans une finale intense, explosive, mêlant les notes de coing confit à une mâche crayeuse, avec une sorte d'exultation chabrolienne (le moment où l'inspecteur Lavardin – Jean Poirier Poiret  – coince le suspect).


mercredi 17 mai 2017

Beynat : des Bordeaux comme vous n'en avez jamais bus !


L'histoire démarre il y a deux mois sur Facebook. Mon ami André Fuster – dont il faut lire le mordant mais toujours pertinent blog Vitinéraires – m'a vanté les vins d'un producteur bio bordelais dont je n'avais jamais entendu parler jusqu'à présent. Certaines cuvées sont même sans soufre, mais parfaitement réussies. 


Quelques jours plus tard, je vais au salon des Vignerons bio d'Aquitaine, et je tombe dès mon arrivée sur le stand de ce domaine : château Beynat. Je goûte la dizaine de vins qui composent la gamme. J'aime TOUT à l'exception d'une cuvée trop boisée à mon goût (le vigneron reconnaît lui même qu'il y est allé un peu fort : il a rectifié le tir l'années suivante). Devant retourner la semaine suivante dans le Bordelais, je propose de passer au domaine, histoire de voir le lieu où ces vins ont été enfantés. C'est OK. Rendez-vous est pris.


Le samedi 15 avril, me voilà donc à Sainte-Magne de Castillon. Alain Tourenne m'attend. Nous faisons un petit tour dans les vignes, puis au cuvier. 


Là, il me montre un "outil maison" dont il est difficile de deviner l'usage lorsqu'il n'est pas en fonctionnement: il permet d'effectuer un tri densimétrique de la vendange égrappée. Certains domaines prestigieux de Saint-Émilion utilisent le même principe, mais la machine coûte la bagatelle de 100.000 €... Dans le cas présent, ça lui a surtout demandé de l'ingéniosité – il n'en manque pas – et un bon maniement du fer à souder. Le résultat, lui est impeccable : toutes les baies raisins qui n'ont pas le degré de maturité souhaité sont éliminées. Cela explique en partie la grande homogénéité qualitative de la production : aucune trace de verdeur, même dans les cuvées contenant pas mal de Cabernets. 


Là, vous voyez le prototype. Le brevet a été déposé, et cette machine – la Flotatrie – est maintenant fabriquée en série. Vous pouvez voir ci-dessus celle du Château Reignac. Nicolas Lesaint en parle ICI


Afin de ne pas gâcher cette belle matière première, les baies sont encuvées par gravité sans foulage. Le pigeage est préféré au remontage pour l'extraction. Et les températures de fermentation sont relativement basses (24-26 °C) grâce à la thermorégulation. Pour pressurer en douceur les raisins, il utilise un pressoir vertical de 1926 qui marche encore parfaitement. Bref, même si son chai ne paie pas de mine, il n'a rien à envier techniquement aux bâtiments les plus sophistiqués de Bordeaux. 


Par rapport à de nombreux vignerons bio/nature, Alain se distingue par une longue expérience de technicien oeno, y compris dans des grosses structures. La rigueur devient alors un réflexe quasi conditionné. Cela se sent dans la perfection formelle de ses vins. On est vraiment dans le zéro défaut. 




Loin du Clairet bordelais, coloré et fruité, mais tout aussi loin du rosé provençal, souvent insipide, Pink réussira à faire aimer le rosé à ceux qui le détestent d'ordinaire. 

La robe est rose pomelo clair. 

Le nez est rafraîchissant, sur des notes de zeste d'agrume et de petits fruits rouges. 

La bouche est d'abord vive, élancée, puis laisse place à une matière plutôt dense, vineuse, séveuse même, avec une profondeur inattendue pour un rosé. 

La finale a de la niaque, avec l'impression de croquer dans l'écorce de pomelo, Jolie persistance sur des notes citronnées. 



Floyd cultive encore plus la différence que son frère Pink : il va vous faire frétiller les papilles comme ça ne vous est jamais arrivé !

La robe est rose framboise clair. 

Le nez est fin, sur des notes de citron et d'épices (et de rose avec l'aération). 

La bouche trace en longueur, avec une matière étonnamment dense et vigoureuse, épicée, à la fraîcheur expressive et désaltérante. 

La finale est très citronnée, soulignée par une noble astringence. Cette sensation d'avoir mordu un citron persiste longuement. Dans un verre noir, ce vin passerait probablement pour un blanc (Sancerre ?). 




Un vin "nature" sans gaz carbonique, sans volatile, brett, ou autre défaut. On peut se concentrer sur le fruit et la fraîcheur, sans prise de tête, avec l'assurance qu'il plaira à tous !

La robe est pourpre sombre, limite opaque. 

Le nez est intense, avec l'impression d'avoir le nez juste au-dessus de la cuve, avec des notes de yaourt aux fruits noirs (mûre/cassis) et d'épices. 

La bouche est ronde charnue, juteuse, avec un fruit expressif, des tanins veloutés, et de la fraîcheur à revendre. 

La finale a une fine mâche gourmande, très marquée par  le cassis et le menthol. C'est ce dernier qui persiste assez longuement.





Cet assemblage Merlot & Cabernet Franc est probablement l'un des plus beaux rapports qualité/prix du Bordelais. Il ne ressemble à aucun des clichés que l'on se fait des vins de la région. Pas de bois, pas d'extraction outrancière, pas non plus de rondeur joufflue, pas plus de poivron... Juste de la finesse, de la complexité aromatique, de la gourmandise toute en élégance. Goûtez, vous comprendrez !

La robe est grenat translucide. 

Le nez offre déjà un bouquet complexe, sur des notes de cassis, de pivoine, d'épices et de tabac. 

La bouche est élégante, soyeuse, toute en finesse, avec un fruit subtilement patiné par les 18 mois d'élevage et une juste tension. 

La finale est finement mâchue, sans dureté, sur des notes de cassis et de tabac. Un régal. 




L'assemblage Cabernet Sauvignon & Merlot est rarissime en rive droite, le cépage médocain ayant du mal à arriver à maturité dans le secteur. À Beynat, ces vieilles vignes remarquablement exposées y arrivent sans problème. Ce vin est déjà bon maintenant, mais gagnera à être encavé 4-5 ans avant d'y toucher. Il sera alors beaucoup plus complexe.

La robe est grenat au reflets pourpres.

Le nez est fin, élégant, sur des notes de fruits rouges et noirs (framboise, cassis), de ronce, de tabac et d'épices. La bouche est longiligne, avec une tension enrobée par une matière douce, veloutée, évoquant la crème de mûre épicée.

La finale est fraîche, tonique, mariant le cassis et le menthol aux notes boisées/grillées/épicées.



Contrairement à beaucoup de Saint-Emilion Grand Cru (rien à voir avec Grand Cru classé),  cette cuvée ne provient pas de la plaine sableuse mais d'une parcelle argileuse remarquablement située dans le nouveau triangle d'or de l'appellation. Ses voisins s'appellent Valandraud (1er GCC), Fleur Cardinale (GCC), Pressac (GCC), Faugères (GCC). Cela se ressent dans la race que dégage ce vin, encore amplifiée par ce beau millésime frais qu'est 2014.

La robe est rubis sombre aux reflets violacés.

Le nez est fin et profond, sur la crème de fruits noirs, l'âtre de cheminée, l'encre, le benjoin et les épices.

La bouche allie rondeur et fraîcheur, avec une belle tension et une matière veloutée, sensuelle. En arrière-plan, on sent qu'il y a du fond, une sacrée matière, et une fraîcheur monstrueuse.

La finale est puissante, avec une mâche calcaire expressive, pleine de fruit, rafraîchie par des notes mentholées, et quelques notes d'élevage.

PS (si vous êtes arrivés jusque là !) : j'ai fait déguster toute la gamme à des clients amateurs : les retours positifs ont été unanimes sur toutes les cuvées. Par ailleurs, j'ai regoûté tous les vins après une semaine d'ouverture : ils étaient toujours aussi bons, même le vin sans sulfites. Cela montre la qualité de la matière première et le sérieux des vinifications.


Zero, just for one day


Cela faisait un petit bout de temps qu'Olivier Pascal flirtait avec les vins peu sulfités. Sur des cuvées comme Ponpon le Cheval, il était aux alentours des 30 mg/l de SO2 total. Avec "Zero just for one day", il franchit un nouveau pas en n'en ajoutant pas un seul milligramme. Et c'est beau, oui ... comme Bowie

Il a tenté l'expérience sur une cuvée de Cinsault, le "Pinot noir du Languedoc". Comme le fruit est totalement libéré de l'entrave sulfitique, il s'exprime avec la grâce de David B lorsqu'il rend hommage aux héros d'un jour

La robe est grenat intense et translucide.

Le nez est fin et profond, sur des notes fruitées (cerise, framboise), florales (pivoine) et épicées (cannelle, poivre blanc). 

La bouche (une fois le vin débarrassé d'un léger gaz) est ronde, ample, soyeuse, éclatante de fraîcheur, avec une tension qui l'étire élégamment. En milieu-fin de bouche, on gagne en juteux/charnu. 

La finale gourmande pinote à donf', sur des notes de cerise fraîche, de noyau et d'épices douces.

Bref, une bombe de fruit toute en distinction, qui devrait presque plus plaire aux amateurs de vins  "classiques" qu'aux thuriféraires des vins sans soufre (trop beau pour être honnête, qu'ils vont dire...)




mardi 16 mai 2017

Pin'Eau ... c'est B'eau !


Il y a deux mois, je vous parlais de la production ligérienne de la famille Vaillant. : biodynamique, peu ou pas sulfitée, gourmande et pas trop chère. Une formule qui semble vous avoir séduit, puisque nous étions en rupture sur une bonne partie de la gamme. Nous venons donc d'en recommander. Nous en avons profité pour prendre quelques références supplémentaires. Dont ce Pin'Eau de la Loire. Le Pineau de la Loire, c'est l'autre nom du Chenin. Il est ici en vin de France car dans cette partie occidentale de la Loire, les demi-secs sont dans un no man's land juridique. Alors qu'à Vouvray ou à Montlouis, tu peux faire en AOP des secs, demi-secs, moelleux, liquoreux ou pétillants, en Anjou, tu fais soit du sec, soit du liquoreux (Coteaux du Layon, Aubance, Bonnezeaux...) quitte à chaptaliser les années peu ensoleillées. Entre les deux... y a rien. 

Selon les cépages, un vin qui contient 15,6 g/l de sucres peut paraître moelleux ou demi-sec. Lorque c'est du Chenin, on est clairement dans le demi-sec, voire le sec tendre. Le sucre est en effet ici quasi-imperceptible. En même temps, il apporte une rondeur et une gourmandise que l'on a rarement sur ce cépage. Un côté bonbon liquide ... sans le sucre (ou presque). En tout cas, cela suffit pour plaire à notre jeune préparateur, Dylan (qui n'aime que les vins sucrés). Je m'étais dit que ça devrait lui plaire. Effectivement, coup de cœur immédiat : il nous en acheté une bouteille dans la foulée !

La robe est d'un or très légèrement rosé (va savoir pourquoi... Un peu de Pin'Ot dedans ?).

Le nez est gourmand, sur des notes de poire au sirop, de miel d'acacia et de bergamote (le bonbon, pas l'agrume).

La bouche est ronde, charnue, moelleuse, pleine de fraîcheur et de fruits, avec juste ce qu'il faut d'acidulé pour titiller les papilles.

La finale est finement astringente/amère (c'est du Ch'nin !), très légèrement douce, sur des notes de poire, de coing et une touche de miel. Assez irrésistible...

Ce vin sera parfait pour l'apéro, le foie gras, les plats exotiques, les pâtes affinées, les tartes aux fruits, les fraises. Très complet, quoi. Tout en étant peu sulfité (30 mg/l). Et pas trop cher (12.50 €)?


lundi 15 mai 2017

Thabor l'un, puis l'autre...


Nous venons de recevoir les 2015 de notre nouvelle coqueluche castelpapale,  Mont Thabor, en Côtes du Rhône comme en Châteauneuf du Pape. L'expérience nous ayant montré une variabilité certaine entre les millésimes – 2014 ne ressemblait pas à 2013 qui ne ressemblait pas à 2012 – il était de notre devoir de déguster ces 2015. L'assemblage et les vinifications sont très proches. Les différences proviennent avant tout des sols (graves/galets pour le CDR, argile rouge/galets pour le CDP). Le terroir n'est pas un vain mot...



La robe est grenat franchement translucide.

Le nez réussit à être mûr et aérien, sur la cerise (et la fraise ?) confite(s), le cacao en poudre, l'orangette et le marasquin.

La bouche est ample, douce, élancée, avec là aussi un contraste entre son fruité très mûr et un toucher quasi impalpable. 

Si la finale est moins abrupte que dans le millésime précédent, elle persiste néanmoins dans un registre terrien, crayeux, sur le cuir et la vieille prune cacaotée, puis se poursuivant assez longuement sur des notes rafraîchissantes de menthol, d'écorce d'orange et de ciste. 



La robe est d'un grenat plus intense, mais pas moins translucide.

Le nez est plus fin et plus intense – plus envoûtant, aussi – sur les fruits rouges confits (fraise, framboise), les épices douces et l'encens. Un peu d'écorce d'orange séchée, aussi.

La bouche est plus dense, plus séveuse, avec une tension, une intensité et une tonicité plus marquées. Une classe évidente que le Côtes du Rhône n'avait pas (en même temps, il est trois fois moins cher, hein...). 

La finale est dans le même esprit terrien, mais là encore avec plus d'intensité – et surtout plus en continuité avec le reste de la bouche. On retrouve les fruits confits, la prune, le cuir, avec une grande persistance sur des notes balsamiques/épicées/résineuses. Une minute plus tard, vous les avez encore en bouche... 

Le Côtes du Rhône présente un excellent rapport qualité/prix. Je pense qu'il existe peu de vins en France qui soient aussi aboutis pour moins de 8 €. Certes, le Châteauneuf est nettement plus cher, mais comme le dit une célèbre marque de cosmétique, "il vaut bien" ses 23.90 €. On est vraiment dans le bas du panier de l'appellation en terme de prix, alors qu'il pourrait en remontrer à des cuvées nettement plus onéreuses. 


vendredi 12 mai 2017

Savagnin ou Naturé ? Les deux


Jusqu'au milieu des années 90, les Savagnins ouillés étaient rares dans le Jura. Traditionnellement, les vins étaient tous "oxydatifs" à des degrés plus ou moins importants selon la durée de l'élevage. Lorsque les vins ouillés ont fait leur apparition, il a fallu trouver une façon simple de les différencier sur l'étiquette. Chez beaucoup de producteurs, le cépage mentionné sera le Savagnin si le vin n'est pas ouillé, et Traminer ou Naturé si le vin est ouillé.  

C'est cette "règle" qu'a suivie Valentin Morel pour distinguer ses deux cuvées de Savagnin : le Naturé 2015 est un vin ouillé, alors que le Savagnin 2014 ne l'est pas. Comme la vie est bien faite, Le Naturé est nature (sans sulfites ajoutés) alors que le Savagnin ne l'est pas totalement (30 mg/l avant l'entonnage). 



La robe est or pâle, brillante. 

Le nez est fin et intense, sur des notes de fruits blancs séchés (pomme, poire), de coing, de fleur de tilleul, avec une pincée d'épices.

La bouche est élancée, avec une acidité fine, percutante et traçante qui se prolonge au-delà même de la finale. Elle est enrobée d'une matière ronde, pulpeuse, très légèrement tannique, avec une aromatique intense fruitée/épicée.

La finale est puissante, avec une mâche crayeuse délicieusement astringente, tonifiée par l'acidité évoquée au paragraphe précédent, sur des notes de "pomme tapée" aux épices. 




La robe est quasi identique malgré l'absence d'ouillage.

Le nez est aérien et délicat sur la noix légèrement grillée relevée d'une pointe de fenugrec. 

La bouche est ample, elle aussi aérienne, avec une tension très douce mais implacable (faut le boire pour comprendre...) et une énergie rayonnante d'une rare zénitude (itou...). Un équilibre qui relève du diabolique de l'angélique. 

La finale repose sur la même dialectique schizophrénique : c'est très puissant (en terme de goût et de texture) et en même temps d'une douceur rassurante, cocooning style. Avec une aromatique tournant toujours autour de la noix et du fenugrec, mais aussi sur la croûte de pain de campagne, le vieux comté. Magique...

Un joli oxydatif d'initiation, car pas marqué par ces notes d'éthanal et d'alcool à brûler qui peuvent décourager le novice. 

jeudi 11 mai 2017

L'harmonie n'a jamais été aussi grande


Il y aurait certainement d'autres vins qui mériteraient d'être plus mis en avant que Harmonie. Mais comme ce vin est maintenant une institution sur le site, il est indispensable de le déguster chaque année, histoire de savoir ce que nous vendons en quantité à notre clientèle. D'autant plus indispensable que Guillaume Bouvet ne présente pas ses vins dans les salons que nous fréquentons. Donc, y a pas : il faut "sacrifier" une bouteille. Bon, des sacrifices de ce style, je veux bien en faire tous les jours, car à chaque fois, cette cuvée m'épate : elle ne ressemble vraiment à aucune autre (et c'est normal : sa vinification mi-rouge/mi-rosé avec une macération préfermentaire est des plus atypiques ; et son assemblage façon "Baux de Provence" Cab'Sauv'/Syrah/Grenache a tout pour me séduire). Ne voyageant pas à travers l'espace et le temps, je ne peux comparer simultanément les 6 millésimes que j'ai bus de cette cuvée, mais j'ai l'impression qu'elle n'a jamais été aussi aboutie. Ce mélange de force aromatique et de douceur texturale est vraiment irrésistible. 

La robe est grenat sombre, limite translucide.

Le nez est tentateur, sur les fruits noirs confits, la violette et le poivre légèrement fumé. Une pointe de tapenade, aussi.

La bouche est ronde, ample, harmonieuse (forcément !), avec une chair veloutée qui vous tapisse le palais, et un fruit poivré limite obsessionnel. Il y a une dynamique et une allonge assez étonnante pour un "petit vin".

La finale a une mâche légère et gourmande, avec un retour des fruits noirs, du poivre, mais aussi de la cannelle, et toujours cette pointe de tapenade.

Ce vin souple et épicé a une grande résilience : il ira aussi bien à l'apéro (avec des tranches de saucissons) qu'au dessert (avec un dessert chocolat/fruits noirs) en passant par l'agneau confit, le rouget, les ribs au BBQ... Et tout ça pour un peu moins de 7 €. Merci qui ?


mercredi 10 mai 2017

Les Pépie's sont de retour


Ces deux cuvées de la Pépière – l'une à base de Côt (Malbec), l'autre issue du Cabernet Franc – ont fait un tabac l'année dernière. À peine nous les recevions, nous étions dévalisés dans les 2-3 jours qui suivaient. Il faut dire que c'était 2015 qui a apporté une maturité assez exceptionnelle. 2016 présente un profil différent, du fait d'un printemps plus froid. Les cuvées ressemblent plus à des rouges de Loire "classiques", dans un style souple et frais (sans tomber dans le poivron...)




La robe est rouge Burlat translucide.

Le nez est frais, mêlant fruits rouges (groseille, framboise) et noirs (cassis), avec une touche poivrée/mentholée. 

La bouche est ronde, friande, avec une matière fraîche et juteuse aux tanins encore un peu accrocheurs (embouteillage récent). L'ensemble est tendu par une fine acidité qui rappelle les vins rouges de 2014. Ceux qui avaient apprécié ce millésime apprécieront. Les autres, moins.

La finale est tonique, mâchue, avec un fruit frais expressif. Elle demande encore un peu de temps pour gagner en harmonie.


La robe est grenat sombre translucide, avec des reflets violacés.

Le nez évoque les fruits noirs bien mûrs (cerise noire, myrtille) et les épices (cannelle, laurier).

La bouche est ronde, gourmande, avec une chair veloutée enveloppante et un fruit pur et vibrant. La fraîcheur est là sans que l'acidité ne saillisse. 

La finale est encore un peu brut de décoffrage – stigmates de la mise récente. Elle devrait gagner en finesse et gourmandise dans les 3 mois qui viennent.  


mardi 9 mai 2017

Sans prétention. Vraiment ?


Sans prétention, c'est le petit vin de Hubert et Heidi Hausherr : dans la terminologie alsacienne, on pourrait l'appeler un Gentil (à savoir un assemblage comprenant une majorité de cépages nobles et complété par des moins nobles). Ici, il y a une majorité de Gewurztraminer et de Riesling, complété de l'Auxerrois et du Pinot gris. 

Tout est vinifié en (vieux) fûts et puis assemblé. À aucun moment du soufre n'est ajouté, y compris à la mise. Cela peut expliquer pourquoi le vin contient du gaz carbonique (naturellement formé durant la fermentation) : il offre une protection  naturelle contre l'oxygène. Il n'a pas non plus été filtré, ce qui explique sa robe jaune, franchement trouble (mais ouf, sans "flotteurs").

Il est conseillé d'arérer longuement ou d'agiter la bouteille pour éliminer le gaz, car il est vraiment meilleur sans celui-ci (à moins que vous soyez nostalgique de la limonade).

Le nez est gourmand, sur la rose, la fleur d'oranger et la bergamote.

La bouche est élancée, avec une matière pulpeuse/charnue très aromatique – on croque dans le raisin – et une sensation de fraîcheur et de digestibilité. L'ensemble est pur et harmonieux. On se sent bien (hein, tintin).

La finale a une fine mâche crayeuse, avec une belle persistance sur le pomelos, la rose, l'écorce d'orange séchée et les épices.

Ce vin n'offre que les beaux côté du Gewurz, sans son côté écoeurant/extraverti un peu too much.  pourra accompagner des plats exotiques (cuisine thaïe ou d'Afrique du Nord) des fromages affinés, voire des tartes aux fruits. 


vendredi 5 mai 2017

Succomberez-vous au côté obscur ?


Côté obscur, c'est la rencontre deux cépages qui se croisent assez peu souvent : le Carignan – des vieilles du plateau calcaire – et le Cabernet Sauvignon – planté par les Bojanowski lors de leur arrivée au domaine. Côté obscur leur va bien, car il est vrai que ce sont deux cépages que l'on pourrait qualifier de ténébreux, de taiseux. Ils ont souvent besoin d'un cépage plus généreux et solaire pour leur apporter un peu de lumière et de chaleur.

Et puis, il y la magie de la rencontre, inattendue. Enfin, peut-être pas si inattendue que ça. Moins X Moins ne donnent-il pasPlus ? C'est un peu ce qui arrive ici. Nos deux asociaux provoquent des étincelles, au grand profit du dégustateur, épaté du spectacle qu'il est en train de vivre.

La robe est pourpre très sombre, à peine translucide. 

Le nez est des plus tentateurs, évoquant la confiture de fruits noirs en train de mijoter dans le chaudron, avec un soupçon d'épices douces et d'encens. 

La bouche est ronde, veloutée, avec une matière d'une impressionnante densité. Il y plus que des chevaux sous le capot. Il y a aussi le cavalier, sa soeur... et la crémière. Le plus épatant dans l'affaire, c'est que cette densité ne nuit pas à la séduction du fruit et à la douceur de la texture. L'ensemble est frais et parfaitement équilibré. Cela se boit avec une facilité déconcertante.

La finale rappelle tout de même que vous n'êtes pas en train de boire un vin de fillette : il y a  une grosse concentration de tanin au cm². Mais c'est du tanin de 1ère classe : mûr, gourmand, épicé, et j'oserais quasiment dire "envoûtant" [ Je me demande si je ne viens pas de me faire marabouter par la force obscure. À partir de maintenant, tous mes propos sont sujets à caution... ]. 

Sincèrement, c'est une expérience à vivre pour tout amateur de vins du Languedoc. Ce vin ne ressemble à aucun vin connu de cette région (et pour cause, son assemblage est unique). Plongez dans le dark side (en écoutant du Pink Floyd ?)


jeudi 4 mai 2017

Et si on mettait le boxon ...



...dans l'univers des box(es) de vins ?

Il est difficile de passer à côté de cette nouvelle mode des box(es) qui touche aussi l'univers du vin. Certaines ont réussi avec apparemment pas mal de succès comme le Petit ballon. D'autres, on ne sait pas trop... 

Qu'allons nous faire dans cette galère, nous demanderez-vous ? Eh bien, nous avons conscience que cela correspond à une demande. Certainement des personnes qui se sentent démunies devant un rayon – virtuel ou non – de centaines de bouteilles. Pourquoi ne pas laisser un spécialiste s'en charger à leur place ? Alors, tant qu'à faire, autant que ce soit nous qui nous en chargions ;-)

Car lorsqu'on regarde de près les offres actuelles, on n'est pas loin du foutage de g... J'ai fait le test proposé par l'un des sites afin qu'il fasse mon profil de buveur. Afin de ne pas terroriser le potentiel abonné, il ne pose aucune question sur le type de vin qu'il aime. Comme j'ai répondu que j'aimais mon café noir et sans sucre, et que j'aimais les tartines beurrées "nature", je me suis retrouvé classifié comme amateur de vins robustes (Madiran, Gigondas and co...) ce qui n'est pas du tout mon cas. Je suis au contraire attiré par les vins les plus fins possibles. 

Et puis après, lorsqu'on regarde les vins choisis, c'est souvent de la grosse cavalerie sans intérêt... 

Nous faisons le choix de proposer dans notre box des vins de petits producteurs à prix abordables, car nous sommes convaincus qu'il est possible de se régaler avec ces "vins de peu". Nos "petits" Bordeaux n'ont rien à envier à nombre de Saint-Émilion indignes de leur appellation. Nos cuvées de Muscadet – à l'antipode des liquides acides vendues en GMS – en remontreraient à pas mal de Chablis beaucoup plus onéreux.  Le Languedoc n'est plus la "terre à piquette" des années 70-80 : cette région produit des pépites avec des super rapport qualité/prix.  Avec notre gamme qui comprend plus de 200 vins entre 5 et 10 €, nous avons de quoi régaler nos futurs abonnés...

Bon, nous ne rêvons pas. Comme nous n'allons pas dépenser un gros budget en communication, il est probable que la vente de box restera très minoritaire dans notre chiffre d'affaires. Mais au moins, si nous réussissons à faire découvrir quelques une de nos pépites à des personnes qui n'auraient jamais eu l'idée de les acheter, nous n'aurons pas eu l'impression de perdre notre temps ;-)


Nous proposons pour l'instant deux formules : un abonnement de 3 mois (99 €), et un abonnement de 6 mois (189 €). Dans les deux cas, nous envoyons 3 bouteilles par mois, port offert pour la France. L'abonné, selon ses souhaits, pourra avoir des vins blancs ou des vins rouges... ou des deux.

PS : non, il n'y aura pas dans la box les bouteilles figurant sur la photo d'illustration. C'est juste pour faire joli ;-)

mercredi 3 mai 2017

Ovni tender : love it true !


Cela faisait un petit bout de temps qu'Alban Michel ne nous avait pas fait un vin doux. La dernière fois, c'était Abus d'ange heureux (je vous laisse réfléchir, comme disait Gustave Parking). C'était à l'époque où Alban croyait encore aux AOC. Il avait produit un Grenat de Rivesaltes, donc. En 2015, changement de programme : il se contente de faire un vin issu de raisins surmûrs, sans faire le mutage à l'alcool qui lui donnerait l'appellation. Et bien sûr, en bon pificulteur, il n'a pas ajouté de sulfites. Il a donc fallu laisser la fermentation aller son cours jusqu'à ce que les levures abandonnent par forfait : on est arrivé tout de même 15,9 %. Bravo les petites, comme aurait dit un célèbre Biterrois (non, pas Gustave Parking). À ce stade-là, la refermentation est peu probable. Heureusement. 

Ainsi, si on doit comparer cet OVNI tender à un Grenat de Rivesaltes, il contient un peu moins d'alcool, et surtout beaucoup moins de sucres. Les raisins sont cueillis plus mûrs : on a dont un goût plus "confit" qui peut donner l'impression d'un vin plus vieux. Aussi, gustativement, je le trouve plus proche d'un Amarone de Valpolicella que d'un Rivesaltes. C'est plutôt une bonne affaire pour les clients, car cet OVNI ne coûte que 12,90 €. Vous laisserez-vous emporter l'ET de Memphis ?

La robe est grenat sombre translucide tirant vers le tuilé.

Le nez (après aération pour éliminer les alcools les plus volatiles) est un voile de douceur, sur des notes de pruneau, d'épices douces, de cacao, de pain grillé, avec une petite touche d'orange confite.

La bouche est ample, douce, veloutée, avec des tanins denses déjà bien fondus, et une étonnante sensation de fraîcheur. L'équilibre est remarquable pour un vin à 15.9 ° naturels.

La finale a une mâche affirmée, avec un étonnant contraste entre une rusticité certaine et la douceur sucrée (mais pas trop) du vin. On retrouve les notes perçues au nez, entre prune, cacao et épices, avec une inattendue persistance sur le caramel au beurre salé.


mardi 2 mai 2017

LBV : toujours impeccable !


Jeff Carrel a de nombreuses qualités. Parmi celles-ci, il en est une qui est reposante pour un caviste : la régularité. Rien de pire que d'avoir une cuvée qui change d'année en année, que ce soit en qualité, en style ou en assemblage, voire les trois en même temps.

Ce LBV 2015 en est un bon exemple : ce n'est pas une copie conforme du 2014, mais on n'en est vraiment pas loin. En tout cas, une chose est sûre : ceux qui ont aimé ce vin l'année dernière aimeront tout autant le 2015. Et ceux qui ne l'ont pas apprécié ... trouveront sur notre site plein d'autres vins plus à leur goût ;-)

La robe est jaune d'or, brillante.

Le nez est intense, pénétrant, sur des notes d'agrume confit (cédrat, citron, mandarine), avec une pointe de résine de pin et une touche de crème brûlée à la vanille. 

La bouche est élancée, tonique, tout en vous enrobant le palais d'une matière dense et douce – heureusement électrisée par une aromatique très lemon curd qui empêche de tombée dans la mollesse. 

La finale envoie sévère, dominée par les amers (écorce d'agrume, quinquina) qui vous tirent une grimace de plaisir. Oui, c'est bon d'être ainsi agressé. Cela se prolonge sur des notes de beurre citronné, et une très légère touche grillée/fumée.

Pour l'avoir maintes fois expérimenté, c'est un grand vin de gastronomie pour peu que vous trouviez le plat qui lui tienne tête (avec du citron confit, vous ne pourrez pas vous tromper). À 11.95, c'est vraiment cadeau.