mardi 28 février 2017

Grenache des Costas : l'effet 2015


À un jour près, j'allais rater une tradition étonnante mise en place il y a deux ans. Je vous avais  parlé le 10 février 2015 du premier millésime (2013) du Grenache des Costas. Puis le 17 février 2016, je vous avais parlé du 2014. En ce dernier jour de février 2017, voici donc mon point de vue sur le 2015. Globalement, on reste sur le même style, si ce n'est que 2015 est tout de même un millésime plus solaire que les deux précédents. Nous avons donc droit à une version un peu plus exacerbée/généreuse  que les deux précédentes. Certains apprécieront ce surcroît de puissance – y en a qui aiment que ça dépote –  d'autres moins. À vous de vous faire votre idée ;-)

La robe est pourpre violacée très sombre, opaque.

Le nez est gourmand, sur la confiture de cerise noire qui bouillonne dans le chaudron et dans laquelle votre Mamie aurait versé une pincée de cannelle et une autre de cacao.

La bouche démarre plutôt tendue/élancée/soyeuse, avant de rapidement s'élargir et se densifier en s'orientant vers une matière charnue, veloutée, juteuse/fruitée en diable.

En finale, on passe une nouvelle étape vers la densification. C'est tellement puissant/concentré que vous avez plus l'impression de manger que de boire. Ca reste néanmoins, frais, équilibré et gourmand pour peu qu'on apprécie les mâches solides/roboratives.

La place évidente de ce vin est en accompagnement d'une épaule d'agneau confite longuement ou d'une daube de boeuf au cacao. Il vaut mieux l'éviter pour l'apéro ;-)


lundi 27 février 2017

Restanque blanc : la fraîcheur du Sud


L'année dernière, nous avons référencé les vins du Château Fontvert début mai. Deux mois plus tard, les Restanques blanc était déjà épuisé (snif). Avec l'arrivée du nouveau millésime, nous avons pris cette fois-ci les devants en en réservant une quantité conséquente (itou pour le délicieux rosé). Nous devrions tenir plus de deux mois. Quoi que... allez savoir. Peut-être allons-nous être dévalisés et ne plus en avoir courant avril ? Il faut dire qu'un Lubéron blanc BIO (dynamique) à 7.50 €, ce n'est  pas si courant que cela. Ce serait bête ne ne pas en profiter.

La robe est jaune paille, aux reflets rosés.

Le nez est fin et frais, sur des notes de melon, d'amande et de miel, avec une pointe de citron confit.

La bouche est tendue, précise, avec une matière ample, aérienne, très digeste, à l'antithèse de l'image "sudiste", si ce n'est dans l'aromatique amande/fenouil.

La finale finement crayeuse est goûteuse, sur les fruits jaunes et le zeste de citron, puis se prolonge sur des notes épicées/salines.

Attention de ne pas le boire à 8-10 C° comme conseillé sur la contre-étiquette : cela fait ressortir l'acidité, le rendant presque agressif.


vendredi 24 février 2017

Pressoir romain 2012 : le bon sauvage


Ce Pressoir romain rouge 2012 ne faisait pas partie de mes propriétés. Mais un client m'a demandé si ce nouveau millésime ressemblait au précédent qu'il avait adoré. Là, il avait touché une corde sensible, car ce 2011 m'avait mis une "sacrée baffe" (si, si). Tout le bien que j'ai pu en dire se trouve ICI. En ouvrant une bouteille, je faisais une pierre deux coups :  1) je rendais service à ce jeune passionné qui a assurément très bon goût 2) pour peu que le 2012 soit au niveau du 2011, cela me donnait l'occasion de lui consacrer un billet sur ce blog. 

Lorsque je l'ai ouvert, il était à température de l'entrepôt (environ 8 °C actuellement).  N'empêche que dès ce moment-là. Il sentait super bon. Cela me semblait bien parti. Après quelques heures de réchauffement progressif au bureau, il était à bonne température. Allez, c'est parti, on le goûte... 

La robe est pourpre sombre, limite opaque.

Le nez est intense, d'une fraîcheur insolente, sur le cassis, le havane, le menthol et la garrigue dans ce qu'elle a de plus sauvage.

La bouche est tendue – sans la moindre raideur – avec là encore une fraîcheur aromatique exubérante, enrobée par une matière finement veloutée, sur un fruit explosif épicé/cigarisé des plus médocains. D'la bombe !

La finale est puissante, avec des tannins légèrement astringents, mais surtout une explosion aromatique qui reprend toutes les notes perçues au nez et en bouche, mais multiplié par 3 ou 4. Difficile à chiffrer. Toujours est-il que ça envoie sévère. Les gens qui n'ont bu jusque là que des vins "civilisés" risquent de ne pas s'en remettre. Ceux qui ont apprécié cette cuvée dans les millésimes précédents y retrouveront leurs marques.

jeudi 23 février 2017

Burgenland blanc : voyage low cost


En même temps que le Prosa évoqué il y a deux jours, nous avons reçu le nouveau millésime (2016) du Burgenland blanc. Il contient un peu de Muscat qui nous le rend presque familier. En même temps, le Welsch Riesling et le Grüner Veltliner lui donnent un goût d'ailleurs. En restant dans votre cuisine ou votre salon, vous voyagez pour pas cher (8.50 €). En classe Demeter, en plus. 

La robe est or pâle, brillante.

Le nez est des plus communicants, sur des notes de fruits jaunes (pêche, abricot), de fleurs(rose, violette), mais aussi d'épices (gingembre). 
La bouche est ronde, fraîche, éclatante, avec un fruit explosif et désaltérant, souligné par un léger perlant qui titille les papilles. Les épices perçus au nez en prennent de plus en plus à leur aise. 

La finale, plutôt intense pour un "petit vin", mêle (noble) amertume et (fine) astringence. Cela ferait presque penser à un Chenin, si ce n'étaient ces persistantes notes de roses et d'épices qui vous emmènent ailleurs. 

Si vous le buvez à l'apéro, pensez à l'accompagner d'une grignoterie relevée (chips de crevette ?). Mais j'avoue que je le vois plus avec un plat oriental avec lait  de coco/gingembre/coriandre fraîche. 


mercredi 22 février 2017

CDP Mont Thabor 2014 : juste superbe


Comme je l'avais expliqué ICI, nous avions découvert le Mont Thabor par le millésime 2012. Nous avons acheté le Châteauneuf 2014 en confiance, sans l'avoir dégusté. Au bout d'un mois, il était tout de même temps de le faire, d'autant que nous avons appris que le millésime 2015 de Gradassi était déjà épuisé chez le producteur (et chez nous, donc). Je ne vais pas faire durer le suspense : j'adore ce 2014 de Mont Thabor. Cela correspond tout à fait à ce que je recherche sur cette appellation, si ce n'est que d'habitude, les vins que j'apprécie sont hors de prix (suivez mon regard...). Là, on reste dans le très raisonnable (22.50 €). Profitons-en car je ne sais pas si ça va durer longtemps ainsi...

La robe est grenat bien translucide avec des reflets d'évolution (brique).

Le nez est fin, complexe, sur la fraise confite, l'encens, l'orangette, le poivre blanc et la réglisse.

La bouche est ronde, ample, avec des tannins soyeux quasi impalpables et une fine acidité qui trace et apporte de la tension. L'ensemble est frais et équilibré, n'ayant de sudiste que l'aromatique bien mûre et épicée. 

Contrairement au Côtes du Rhône, la finale reste élégante, avec une fine mâche savoureuse, relevée par le cuir, les épices et la réglisse, et même des notes végétales/résineuses (eucalyptus, ciste) qui apportent du peps et de la fraîcheur.  

Bref, ce vin frôle la perfection à mes yeux : une sorte de croisement entre un vin de la galaxie Reynaud et un beau chianti Toscan. 


mardi 21 février 2017

Prosa : incitation à la débauche...


Dernière nouveauté chez Meinklang : Prosa. Si l'on cherche à décrypter le nom de cette cuvée, on y trouvera rose et prose. Un rosé sans sophistication poétique ? Il y a  un peu de ça, même si la rose, par sa couleur et ses parfums est un poème en soi. En tout cas, simplicité, certainement. Des raisins rouges (Pinot noir, Zweigelt et Blaufränkisch) pressés directement. Un jus qui fermente à basse température et qui est mis en bouteille avant la fin de la fermentation. Celle-ci va continuer un tout petit peu en bouteille, puis va s'arrêter par manque d'oxygène. Le résultat ? Un vin peu alcoolisé (10.50 % vol.) avec 14 g de sucres résiduels. On n'a pas vraiment l'impression de boire du vin tellement ça descend tout seul. C'est à la fois bien ... et pas bien, cette affaire. Car vous en buvez trois fois plus q'un vin ordinaire alors qu'il n'a que 20 % d'alcool en moins. Donc, un conseil : buvez cette bouteille en groupe, histoire de vous auto-limiter. Car si commencez un tête à tête avec Prosa, vous allez boire rapidement toute la bouteille, et ce ne serait ni raisonnable, ni recommandable (on ne pourra point dire que je ne vous ai pas averti...).

La robe est "pétale de rose", avec un fin cordon de mousse qui disparaît rapidement.

Le nez est discret, mêlant les notes fruitées (griotte, framboise) et fermentaires (yaourt). Un peu de réduction, aussi.

La bouche est ronde, fraîche, fruitée, moelleuse (en texture), avec une fine acidité – soutenue par un subtil perlant – qui apporte de la tension et du peps. L'ensemble est (méchamment) gourmand et désaltérant.

La finale a de la niaque, mêlant habilement douceur, astringence, amertume et acidité – les 4 saveurs fondamentales. La longueur se fait plus sur la sensation de fraîcheur que sur l'aromatique (quoi que : il y a ce p'tit goût de cerise aigrelette), mais c'est vraiment très (très) sympa et incite à se resservir illico. Mais mollo, hein ?




lundi 20 février 2017

Barou (2) : les blancs


Je vous avais parlé des rouges du domaine Barou jeudi dernier. Voici maintenant les blancs, dans trois appellations différentes. Aucun ne se ressemble. En même temps, on retrouve une trame commune dans la finesse et la salinité des vins. Je pense que c'est pour cela qu'il 'm'ont séduit, alors que je suis pas trop fan des blancs du "Rhône nord". Malgré le millésime 2015 des plus solaires, le domaine a réussi à éviter le piège de la lourdeur



La robe est or pâle, brillante.

Le nez fait très Viognier, mêlant les fruits jaunes à la violette, voire au chèvrefeuille, tout en restant élégant.

La bouche est tendue comme tous les vins du domaine (signature Granit ?) tout en n'étant pas raide, avec une matière ronde, douce, presque grasse – et en même temps saline/minérale. L'ensemble est bien équilibré.

La finale est savoureuse, intense, se prolongeant longuement sur les épices et les pétales de roses séchés. On imagine les plats exotiques (avec coco, gingembre, Ras El Hanout) qui devraient bien se marier avec.


La robe est un peu plus intense.

Le nez est un peu plus discret, et c'est tant mieux. On est plus sur les fruits blancs rôtis au beurre, les notes grillées.

La bouche est ronde, ample, enveloppante, avec une matière dense et mûre qui vient habiter chaque mm² de votre palais. Son côté "jus de caillou" fait qu'il n'y a aucune lourdeur, mais par contre une sacrée présence. La "tension maison" est toujours bien là.

La finale est nette, sans lourdeur, avec l'abricot de la Roussanne qui pointe son nez. Et puis des épices, mais pas les mêmes que le précédent. Plus sobres.


La robe est proche du précédent, mais avec plus d'intensité.

Le nez est nettement plus expressif sur des notes d'abricots rôtis au beurre, de pêche jaune et des nuances fumées/grillées.

La bouche affiche d'abord une belle tension avant de s'élargir ensuite et de diffuser dans tout le palais une matière soyeuse, subtilement grasse, réussissant à rester aérienne. L'intensité aromatique va aussi crescendo, gagnant de plus en en plus en force jusqu'à la finale.

La finale est énergique et savoureuse, sur les arômesde fruit jaunes et de fumé/grillé perçu au nez, avec des notes salines qui la souligne et la prolonge, et surtout lui enlève toute lourdeur : on ressort sur l'élégance minérale alors qu'on aurait pu s'enfoncer dans la lourdeur (trop) typique du cépage.


jeudi 16 février 2017

Trois jours en Anjou (indoor)


Les dimanches se ressemblent un peu : lever à 5h, départ à 6h pour arriver à l'ouverture d'un salon de vins. Si ce n'est que cette fois-ci, ça ne se passe pas à Montpellier mais à Angers


La première étape est Renaissance des appellations qui se tenait jusqu'à maintenant aux Greniers Saint-Jean. Le nombre d'exposants augmentant, le salon a créé une annexe en contrebas : L'hôpital Saint-Jean (qui expose depuis 50 ans le Chant du Monde de Lurçat). Celle-ci regroupait tous les vignerons de Loire et de Corse. 

J'ai pu ainsi découvrir en Loire les millésimes les plus récents de Philippe Gilbert, de Michel Gendrier et de Patrick Baudouin, mais aussi découvrir les vins de Landron-Chartier et de Kenji Hodgson (de haut niveau dans les deux cas).

En Corse, je n'ai bu que les vins des domaines avec qui nous travaillons déjà : Abbatucci (rhhhaaa Faustine rouge 2014 !!!) et Pero Longo (beaux blanc et rosé 16, très jolis rouges 15 dont une nouvelle cuvée 100 %  Sciaccarellu). Pour l'instant, nous n'en cherchons pas d'autres. 


Puis, je suis monté jusqu'aux Greniers pour la suite du programme. D'abord des vins étrangers. Là aussi, priorité est donnée à "nos" vignerons : Meinklang (belle et étonnante découverte que ce Foam Rot !), Clemens Busch (je ne suis pas objectif : je suis fan de tout !), Bera (découverte du très beau blanc Arcese) et puis quelques nouveaux pour mon palais comme Montesecondo

Suit un tour de France avec Guillemot-Michel (très joli Quintaine 2015 !), Boulard (découverte du très bon Rachais rosé 2009), Pignier (un peu comme Busch, je suis fan de tout, mais ce qui m'a scotché le plus est sa cuvée "À table avec Léandre" regroupant 11 vieux cépages jurassiens – faut qu'on le fasse, ça !...), Stéphane Tissot (très bon Graviers 2015),sa cousine du Pech (étonnante cuvée Soleil), Valentin Zusslin (de belles nouveautés comme le Sylvaner Bollenberg ou le Riesling Neuberg), 

Et des (re)découvertes comme Julien Guillot (un jour, on le fera...), Benoît Marguet (tout est TOP !) ou Philippe Gimel (toute la gamme est extra, alliant finesse et fraîcheur).  


La journée n'était pas fini : je l'ai continuée au salon des Pénitentes : aussi bio que Renaissance, mais dans un style souvent plus nature/alternatif. 

On commence avec la Géorgie avec les vins de Iago, toujours aussi bons, particulièrement le Mtsvane Mandili produit par son épouse. Puis ceux de Pheasant's tears. Je suis vraiment fan de ses Whites wines (non macéré), un peu moins de ses amber wines (macéré), et les rouges, c'est vraiment trop tannique pour mon palais de fillette...

Puis on file en Espagne avec Mendall et Escoda. Le premier nous a concocté un délicieux Bordo rosé (sic! mais pas en vente pour l'heure) et un très réussi Abeurador. Escoda, aussi en blanc, a fait un très bon Bassots 2016 (mais le 2015 est très bien aussi). 

Un petit tour en Italie avec Fonterenza : les rouges (et le blanc) de 2015 sont de belles réussites ! Par pur gourmandise, j'ai aussi regoûté les Vermouth et autres Americano et Chinato de Mauro Vergano : c'est juste à se taper le cul par terre. Il y en avait un que l'on ne peut avoir pour l'instant – le Luli à base de Moscato – qui confinait au sublime.

Bon, allez, buvons Français, tout de même. Avec les 2015 de Patrick Meyer, par exemple. Son Gewurz Pucelles ressemble à ce que j'avais beaucoup aimé en 2012-2013 (et nettement moins en 2014). LeNature est gourmand. Son crémant de 2010 est juste EXTRA !

On descend en Bourgogne chez Nicolas Vauthier : j'ai quasi tout aimé dans ses 2015. Tout est fin, tendu, précis. Vivement qu'on les reçoive... 

Dans la même région, j'a dégusté les vins de Fred Cossard (Chassorney). C'est vraiment bien, ce qu'il fait : il mérite sa bonne réputation. 

Passage obligatoire chez Emile Hérédia et Nathalie Gaubicher, inséparables sur scène salon et dans la vie. Chez elle, sa nouvelle version de Bubbly est très gourmande, tout comme le Patapon 2015. Le Kharakter 2015 est des plus prometteurs. Chez lui, tout se goûtait bien, avec un coup de coeur pour le Verre des Poètes 2014 (pas encore dispo) qui réussissait à allier intensité et finesse. 

J'ai terminé chez les Puzelat qui sont à l'origine de ce salon : leurs 2016 sont frais et gourmands, en blanc (Brin de Chèvre) comme en rouge (Butte). 

J'avoue avoir un peu de mal à comprendre comment certains cavistes et vignerons réussissent à faire la fête le soir après des journées pareilles. Personnellement, je suis totalement épuisé. Une seule envie : dormir.


Lundi matin, départ tôt d'Angers pour partir aux Caves Ackerman à Saumur pour la fameuse Dive. Comme je n'ai pas la teuf, je suis d'attaque pour cette longue journée.

Fidèle à une vieille habitude, je démarre tout au fond des caves avec les vignerons champenois : ça permet de s'immerger en douceur. Premier de ma liste : Bourgeois-Diaz qui, d'année en année, fait des bouteilles de plus en plus précises, avec des bulles subtiles, un toucher crémeux, une fraîcheur cristalline... Et découverte de sa toute nouvelle cuvée Collection qui me fait songer à Grand Siècle de Laurent-Perrier par ce mélange de délicatesse et d'intensité. Du grand vin !

Puis je goûte la production de Vincent Laval : très très (très) chouette ! (euphémisme)

Pas très loin, il y a Jean-Pierre Rietsch : à retenir particulièrement en 2016 sa Demoiselle , superbe, et son Pinot noir, juste irrésistible. Une nouveauté, Pas à pas (assemblage de 3 millésimes de Klevener de Heiligenstein) dans un style totalement extra-terrestre.

J'ai regoûté les vins de Hausherr : c'est vraiment trèèès intéressant ... et étonnant. Tout pour nous plaire :-)


Chez Bornard, mon coup de coeur va sur les Gaudrettes 2015 qui me rappelle les Graviers de Tissot de la veille : tension, finesse, intensité.
J'ai pas mal dégusté de Bourgogne, car nous n'en avons jamais assez. Les Rouges queues avec qui nous travaillons déjà ont très bien réussi leurs 2016 – hélas en quantités très réduites car ravagés par la grêle et le gel). Et puis Fanny Sabre, Sextant, AMI, Clair Obscur. Beaucoup de chouettes choses. Après, faudra voir les prix et les disponibilités des uns et des autres. 

En Beaujolais, p'tit tour chez Chamonard. Très jolis 2015 comme je le pressentais. Et 2016 est très prometteur lui aussi (dans un style plus fin). 

Dans la même région, j'ai découvert Léonis : tout est au minimum très bon, voire excellent. À suivre...

Chez Simon Busser, ma découverte du jour était un Merlot 2015 gourmand à souhait. Son Pur Côt 2015 est des plus prometteurs (et son Printemps 2016 aussi).
En restant dans le Sud-Ouest, une très belle rencontre que celle avec Marine Leys, Vigneureuse. Tu as l'impression de re-découvrir Gaillac que je croyais pourtant pas trop mal connaître. Ses vins ont une finesse et un charme des plus irrésistibles (ce que confirme Abistodenas ICI).

En Rhône, j'ai bien aimé François Dumas (au stand duquel j'ai rencontré un client étonnant qui jouait de la guitare). Et puis j'ai revu Eric Texier et Hervé Souhaut avec qui nous travaillons déjà. Ce qui m'a le plus marqué chez le premier sont ses Saint-Julien Saint-Alban (14 en "normal",  13 en Vieille Serine). Chez le second, j'ai apprécié la fraîcheur du blanc 16 et la classe du Sainte-Epine du même millésime. 


En Loire, j'ai revu avec plaisir Fred Sigonneau (domaine de l'R) : son Canal des Grands Pièces 2016 n'a pas grand chose à envier à 2015 et 2015. 5 Eléments 2015 est tout en finesse et tension, tout en n'oubliant pas le fruit. Belle découverte aussi de la Familia : miam, ai-je noté.


Evidemment, je ne pouvais ne pas aller voir Marc Pesnot (la Sénéchalière). Sa Folle blanche 2016 est extra, tout comme sa Bohème. Avec Nuitage on monte encore en intensité tout en conservant le reste. Encore un millésime réussi chez ce producteur :-) 



Franck Pascal (Jonc Blanc) dont j'avais dégusté les très réussis 2015 à Millésime Bio.


Vincent Alexis (Barouillet), dont j'avais tout rebu (en bien) à Biotop à la Criée.


J'ai fini ma journée en buvant des vins étrangers : 


Evidemment la belle Ariana Occhipinti, belle même quand la photo est ratée. Ses SP68 2015 sont superbes, en rouge comme en blanc. Par contre, je n'ai pas trop compris ses autres cuvées en 2014. Je serais curieux d'entendre d'autres avis à ce sujet.

Princic est clairement un génie de la vinification. Si tous les producteurs de vins oranges pouvaient vraiment s'en inspirer, ce serait chouette ! Par contre, Radikon est en train de prendre un curieux chemin : tout m'a paru très acide.

Belle découverte italienne du jour : Pacina (Toscane). Tout est vraiment très bon, voire plus. A ce sujet, lire l'article de Patrick Böttcher.

En Espagne, j'ai bien aimé ce que fait le Commando G (comme Grenache). 

J'ai aussi goûté d'autres choses, mais moins intéressantes. Et de nouveau, un repos bien mérité sans fiesta le soir...


Le lendemain, retour à Angers pour le Salon des vins de Loire, et particulièrement la Levée des vins de Loire qui regroupe les producteurs bio de la Région, mais aussi des producteurs en Biodynamie de toute la France (Demeter).

J'y ai vu François Pinon et son fils (photo ci-dessus). Avec les gelées meurtrières de mai dernier, 2016 se réduit à une seule cuvée au lieu de 4 (excellente au demeurant). Comme un goût de trop peu... :-(

Dans la même région, j'ai (re)bu les vins du Sot de l'Ange et de Mathieu Coste. Des choses qui m'ont bien plu. D'autres un peu moins. 

Par contre, j'ai adoré les 2016 de Verdier-Logel : sa cuvée Gourmets retrouve sa finesse et sa gourmandise un peu perdue en 2015 (c'était très bon, mais puissant). Les autres cuvées sont très belles, bien mûres tout en n'étant pas trop concentrées. 

Alors que j'ai vu bu les 2015 et les 2016 de Sérol peu avant. C'était un peu l'inverse : les 2015 étaient sur la finesse, alors que les 2016 étaient très concentrés. Comme quoi, à quelques dizaines de kilomètres de distance, l'impact du millésime est très différent. 

Toujours en Loire, je suis passé chez Xavier Weisskopf : sa Négrette 2014 (déjà dispo) est une merveille. Sa 2015 est toute aussi belle. Et son Cabernet Franc 2015 un très beau rouge de Loire, mûr et frais à la fois (lui aussi dispo).

Juste à côté, il y avait Eric Morgat : heureux hommes qui ont acheté Litus et Fidès 2014 : ils sont juste magnifiques (bonne nouvelle : il nous reste encore du Litus 2014). Les 2015 sont du même tonneau. Précipitez-vous dès qu'ils seront là. Pour moi, les plus beaux vins de mes trois jours en Loire.

J'ai aussi (re)bu les vins de Nicolas Grosbois avec qui je travaillais lorsque j'étais à Fécamp. Tout est vraiment très bien, blancs inclus. Et puis aussi les vins du château de Passavant : une belle gamme homogène. 

Joli découverte des vins du Château du Geai (Bordeaux), le seul à proposer de la Carmenère en monocépage. Toute la gamme m'a paru intéressante (à suivre...)

J'ai eu aussi l'occasion de goûter les 2015 de Ballorin que nous devrions bientôt recevoir. Ce que c'est bon !...


Sur le chemin du retour, je me suis arrêté chez Sylvain Dittière pour récupérer les Cormiers 2014. J'ai dégusté pas mal de choses là-bas, dont Perlée 2013 que nous avons encore. Ca se goûte vraiment bien aujourd'hui. 

Barou (1) : les rouges


L'une de mes missions à Millésime Bio était de trouver un Saint-Joseph bon, bio, au prix pas trop excessif. J'ai fait pas mal de stands, bu de nombreuses cuvées, marché, et marché encore. Et puis, finalement, ma quête a abouti au domaine Barou. Tout m'a plu : les blancs, les rouges, les vignerons. Il faut croire que mon enthousiasme a été communicatif, puisque dans la foulée, Eric R a fait une commande.

Forcément, il fallait les regoûter : pour en parler, bien sûr, mais aussi pour que mon chef puisse découvrir ce qu'il venait d'acheter. Ouf, tout se goûte très bien. Eric R a le sourire. Il devrait m'envoyer vers d'autres missions, sans trop de crainte avoir...



La robe est pourpre sombre intense, mais translucide.

Le nez est un chouïa réducteur, avec une dominante poivre/olive noire, même si on sent en arrière-plan des fruits noirs bien mûrs et quelques notes lactiques (yaourt au fruit).

La bouche est ronde, juteuse, tonique, pleine de fruit, avec une matière veloutée, épicée et un bel équilibre d'ensemble.

La finale a une mâche affirmée, mais les tannins sont bien mûrs et n'ont rien d'agressif. Avec le plat ad hoc (et non pas du haddock, hein), ça doit glisser tout seul.



La robe est encore plus sombre, avec un violacé plus marqué... mais reste néanmoins translucide.

Le nez est plutôt discret, sur des notes de fruits rouges et noirs bien mûrs, de noyau de cerise (ou de prune ?)  et des arômes grillés/épicés. 

La bouche affiche une belle tension qui étire élégamment le vin, mais aussi une matière ronde, douce, enveloppante, étonnamment aérienne, avec un fruit  frais et expressif  et juste ce qu'il faut d'épices.

La finale est plus "terrienne" , avec une mâche savoureuse/gourmande où les épices montent en intensité, souligné par des notes fruitées et mentholées.


La robe grenat légèrement violacée est plus claire et translucide que les vins précédents.

Le nez est fin, complexe, mêlant les arômes fruités/épicés de la Syrah à ceux du bois (dans un style élégant/classieux).

La bouche est encore plus tendue sans que ça n'ait rien de strict/austère – elle trace plus, quoi – et la matière est encore plus élégante et aérienne, presque plus bourguignonne que rhodanienne. L'ensemble dégage quelque chose de vibrant/profond qui vous atteint plus l'âme que le palais. 

La finale poursuit dans l'élégance : c'est intense, mais pas dur, avec l'impression que tout se compresse en un tout petit point situé au milieu du palais. Et ce "petit point" se re-élargit ensuite pour se propager dans tout votre être. Ben oui, c'est mystique, le vin...


mercredi 15 février 2017

Voluptas et Clos Florent : duo de choc


Ces deux cuvées du domaine Semper n'étaient pas disponibles lors de notre première commande. Comme il a fallu se réapprovisionner en Regain et Famae, nous en avons profité pour les récupérer en même temps. Je les avais dégustés sur d'autres millésimes – et appréciés –  mais je ne les connaissais pas encore sur ces nouveaux millésimes. Une re-découverte, donc. 


Voluptas 2015 (10.90 €)

Côtes du Roussillon Village Lesquerdes

 70 % Syrah, 20 % Carignan noir, 10 % Grenache noir sur arènes granitiques

La robe est pourpre très sombre, limite opaque.

Le nez est fin et intense, sur les fruits noirs (cassis, sureau, prunelle), le poivre et le tabac.

La bouche est toute en longueur, avec une p... de tension et une matière dense et séveuse, sensuelle, d'une grande intensité aromatique (fruits noirs, goudron, ciste). Voluptas lui colle à la peau (moite).

L'intensité monte encore d'un cran dans une finale expressive, épicée, encore plus séveuse, se prolongeant (très) longuement sur des notes poivrées/fumées (cigare/âtre de cheminée)


Clos Florent 2014 (11.90 €)

Maury sec 

  80 % Grenache noir, 17 % Carignan et 3 % Syrah

La robe est grenat sombre translucide.

Le nez est mûr mais aérien, sur la cerise confite et le chocolat noir, très Mon chéri ®, quoi...

La bouche démarre sur un style fin, aérien, soyeux, pur, plein d'énergie et surtout très "schiste", avec une finesse assez rare sur un Maury (sauf sur l'Opus Nord du Roc des Anges qui devraient arriver sous peu...)

En s'approchant de la finale, les tannins montrent le bout de leur nez... puis tout le reste ! Il en résulte une mâche puissante, revigorante, que l'absence de sucre ne saurait adoucir. Mais il n'y a pas de sensation de dureté ou d'assèchement car la matière est bien mûre.

Ce vin gagnera à accompagner des plats contenant du cacao/chocolat  (daube de boeuf, pavé de biche, magret de canard) et/ou de la cerise, avec l'avantage de ne pas tomber trop dans le sucré/salé.

mardi 14 février 2017

Cava bien, merci !


Certains d'entre vous ont déjà dégusté Camino ou Alas Negras de Terra Remota (sinon, il n'est pas trop tard pour les découvrir). Voici le Cava, rappelant s'il en est besoin que le domaine est en Catalogne. On retrouve les cépages locaux Maccabeu, Xare-lo et Parellada, complétés par un peu de Chardonnay, histoire de faire un clin d'oeil discret au Champagne. Ses 24-30 mois sur lattes l'ont suffisamment arrondi pour qu'il n'ait pas besoin de dosage : on est donc en Brut Nature (et en Bio, mais tout de même pas sans sulfites ajoutés). 

La robe est or pâle, avec de nombreuses fines bulles éparses.

Le nez est fin et mûr, sur poire, la brioche chaude, les épices et une pointe de zeste de citron. 

La bouche est élancée, avec une matière ronde, croquante, harmonieuse, et des fines bulles qui crépitent délicatement. L'ensemble dégage une maturité rarement ressentie en Champagne – on est tout de même 1000 bornes au sud –  tout en gardant une bonne fraîcheur.

La finale mêle adroitement amertume et astringence, faisant presque penser à un Chenin sur calcaire. On reste sur la finesse, ce qui rend ce Brut Nature accessible à tout public (y compris en terme de prix : 14.90 €)


lundi 13 février 2017

Vins étrangers : bonne pioche !


Arrivant à la fin de notre stock de Graciano et de Carmenère chilien, nous avons dû refaire une commande. Eric R en a profité pour tester quelques références supplémentaires de vins étrangers. Et ma foi, après avoir testé, il n'y a que des bonnes pioches ! Pour l'instant, les quantités disponibles ne sont pas énormes. On va dire que c'est la phase de test. Mais si nous sommes dévalisés, nous en recommanderons, et puis voilà... 


Verdejo Rueda 2014 (8.00 €)

L'appellation Rueda est située au Nord-Est de l'Espagne, coincée entre Ribeira del Douro et la frontière portugaise. Nous sommes sur un plateau à 700-800 m d'altitude, avec des sols sableux/caillouteux recouvrant un socle argileux. Idéal pour drainer tout en ayant des réserves d'eau en sous-sol. Et des réserves d'eau, il en faut, car il ne tombe que 500-700 mm d'eau par an (essentiellement en hiver), avec des étés très chauds. Par contre, l'altitude engendre des nuits estivales fraîches, ce qui permet aux raisins de ne pas brûler leur acidité. 

C'est le domaine du Marqués de Riscal (Rioja) qui a pressenti dans les années 70 le potentiel du cépage Verdejo. Il a été ensuite suivi par d'autres investisseurs. Aussi, dès 1980, ils ont obtenu l'appellation Rueda DO pour le blanc  (le  rouge et le rosé ont suivi, mais ils ont une importance moindre). La star de l'appellation est Ossian, sans aucun doute l'un des meilleurs blancs d'Espagne.

Celui que nous vous présentons est beaucoup plus modeste : il est produit par la même maison que le Graciano que vous avez plébiscité. Comme ce dernier, le rapport qualité/prix me semble remarquable.

La robe est d'un jaune lumineux.

Le nez est frais, fruité, sur la poire et les fleurs blanches, avec une pointe citronnée. 

La bouche est ronde, ample, avec une matière douce et saline qui enveloppe le palais d'un fin voile minéral. Une (très) fine acidité apporte tension et fraîcheur à l'ensemble. 

La finale est fraîche, nette, finement astringente, se prolongeant sur des notes salines/citronnées. 

Un vin qui peut faire un malheur à l'aveugle, histoire que les dégustateurs ne soient pas influencés.


Traminec 2015 (13.50 €)

Les Traminers, qu'ils soient jurassiens ou alsaciens, font tellement partie du décor que l'on finit par oublier qu'ils viennent de l'Europe de l'Est. Pas étonnant qu'on les retrouve en Slovénie, particulièrement dans une région proche de l'Autriche, berceau de ces cépages. Ici, c'est un Traminec épicé. Un Gewürz-Traminer, donc.

Ce qui est intéressant ici, c'est que l'on est  loin des notes parfois entêtantes de ce cépage. Et que le sucre est très discret. Ce vin pourra accompagner un foie gras mi-cuit ou des plats exotiques, mais conviendra aussi avec un fromage affiné ou une tarte aux fruits. Un peu comme le plombier polonais, le Traminec slovène est multi-tâches.

La robe est jaune pâle, brillante. 

Le nez est fin, profond, sur des notes de rose fanée et de pierre humide, avec une pointe épicée. 

La bouche est tendue/étirée par une fine acidité heureusement enrobée par une matière douce et digeste, sans une once de lourdeur. 

La finale  marie les nobles amers (gentiane/gimgembre) au notes florales épicées, avec une très légère sucrosité qui apporte une ultime touche féminine. 



Le domaine a été créé en 2010 par Santiago Bernasconi, un ancien directeur commercial d'une winery argentine.  L'idée était de mettre en valeur ces terres de Patagonie encore peu exploitées. Il a acheté le lot 006 planté en 1998 et situé à Mainqué dans la vallée du Rio Negro (350 m d'altitude). Ancien lit d'une rivière, les sols sont sablo-limoneux ou sablo-graveleux, engendrant des vins fins. La Patagonie étant au parallèle 39 ° sud (comme la Nouvelle-Zélande) on est loin des vins un peu "bourrins" que l'on trouve trop souvent en Argentine. Depuis, il a racheté 20 autres hectares, dont une bonne partie de vignes issues de massales préphylloxériques.

La robe est grenat sombre translucide aux reflets violacés.

Le nez est fin, fruité, sur la cerise mûre, la framboise fraîche et le poivre blanc.

La bouche est élancée, bâtie sur la tension et la fraîcheur, avec une matière soyeuse qui s'écoule élégamment. Une vraie classe se dégage de cette bouteille, avec un fruit racé, légèrement patiné par l'élevage.

La finale, sans aucune dureté, confirme l'élégance : elle est nette, goûtue, très saline, avec une fine mâche savoureuse. Que du bonheur !



Petite Sirah 2013 (19.00 €)

La Petite Sirah est un cépage français né accidentellement de la rencontre entre la (grande!) Syrah et le Péloursin. Le docteur Durif l'a repéré et multiplié à la fin du XIXème siècle pour sa résistance au Mildiou (c'est pour cela qu'on appelle aussi ce cépage : Durif). On ne peut pas dire que ce fut un grand succès en France. Ce cépage est surtout connu outre-atlantique, que ce soit aux USA ou au Mexique (dont la célèbre La Cetto). 

Ceux qui recherchent les vins riches en polyphénols trouveront ici leur graal : 330 mg/l, soit deux fois plus que le Cabernet Sauvignon. 

La robe est pourpre sombre totalement opaque.  

Le nez intense évoque la crème de fruits noirs (mûre, cerise, prune), le cacao  et les épices douces.

La bouche est ronde, de belle ampleur, avec une matière dense et veloutée  sans rien qui ne dépasse ou n'accroche. À ce niveau de puissance et de concentration, c'est rarissime et montre un sacré savoir-faire. Le fruit noir règne en maître, pas du tout écrasé par le bois. Il y a également une bonne fraîcheur pour un vin californien. On pourrait aimer plus de folie et de complexité. Gageons qu'elles viendront avec le temps (5 ans ?).

La finale cacaotée/saline dévoile un peu plus les tannins sans qu'ils ne se montrent particulièrement durs. Un vin incontestablement civilisé.  

vendredi 10 février 2017

Une soirée inoubliable autour des cidres basques


Mercredi soir, j'ai fait un pari un peu fou avec ma bande d'oenophiles de Saint-Yrieix : ne leur servir que des vins/cidres issus de la pomme. N'étant tout de même pas trop sûr de mon coup, j'ai préféré ne pas les prévenir à l'avance, responsables inclus. Seul Gilles, le chef était au courant afin de préparer des plats ad hoc. 


Au moment où j'ai servi Oreka, il a bien fallu que j'avoue le "piège" que je leur avais tendu : eh oui, ce soir, les "vins "servis ne viendront que du domaine Bordatto. Les réactions ont été variées, avec un une minorité d'enthousiastes, pour tout dire. Restaient aux cuvées du domaine à les convaincre : j'avais plutôt confiance.

Tout le monde a été surpris par la finesse de ce vin de pomme, avec un fruit subtil, une tension sur le fil du rasoir, une finale certes sèche, mais sans dureté. Avec l'andouille et la pomme, ça matchait bien. Je sens que les esprits commencent à se calmer ;-)


Avec Basandere, on gagne en intensité olfactive et gustative, tout en gardant beaucoup de finesse. Mais la révélation vient avec l'aumônière de brick à la pomme et au camembert. L'accord est juste superbe, le plat est transcendé par le cidre. Le cidre est transcendé par le plat. Un grand moment gastronomique avec un cidre à 7 € et des ingrédients relativement simples (pas de truffe ou de homard... ). Je commence à voir de plus en plus de sourires autour de la table... 


Les doutes me reprennent avec Txalaparta. On est sur un style plus puissant, moins flatteur que le précédent. Bu seul, ça peut sembler austère. Mais dès que tu le manges avec le porc confit, pommes (fruits) au lard fumé, tout bascule. Le gras du confit gomme les tannins du vin de pomme. Et plus étonnant, ce dernier "désucre" les pommes du plat, le rendant moins sucré/salé. Les trois dégustés ensemble sont un pur régal. Il a d'ailleurs fallu que j'aille chercher une troisième bouteille car il y avait un goût de trop peu.... (on ne pouvait me rendre plus heureux).


À ce moment-là, je me dis que la partie est gagnée, car les deux derniers vins de pomme sont les plus séducteurs. Le Mokofin est une "vendange tardive" qui nécessite près de 3 fois plus de pommes pour produire une bouteille. Il y a du sucres résiduel (70 g/l) mais il se sent à peine grâce aux tannins et de l'acidité de la pomme. Je l'ai fait servir avec une tranche de Pont-l'Évêque : l'accord est quasiment aussi magique que celui de la dernière fois (Gewurz/ Maroilles). Tout le monde est proche de la pâmoison !


Pour finir, Bi hotz est l'équivalent d'un cidre de glace. Si ce n'est que le climat ne permet de le faire ainsi. On le fait donc plutôt comme un vin de paille avec des pommes qui dessèchent sur des claies. Il faut 12 kg de pommes pour produire une bouteille de 50 cl ! J'avais demandé au chef de faire une pomme au four farcie de fruits secs. Celle-ci était un peu "écrasée" par la puissance du vin. Une glace (à l'amande ?) aurait  certainement bien complété le plat afin de "diluer" un peu le vin (et lui donner de la fraîcheur). À se souvenir lors d'une prochaine dégustation. 

Bon, j'ai promis à tous que la prochaine soirée serait 100 % vins. Même s'ils ont beaucoup apprécié ce moment, j'ai senti comme un soulagement dans leurs regards ;-)