mardi 22 mai 2018

La vie en rose !


Ces quatre rosés n'étaient pas faits pour se rencontrer un jour. Il se trouve qu'ils se sont tous retrouvés jeudi après-midi sur l'étagère de mon "studio photo". Comme les 3/4 étaient des p'tits nouveaux, il était tout de même préférable que je fasse connaissance avec eux. Après la séance shooting, il y a eu donc une séquence débouchage suivie d'une studieuse dégustation. Même s'il n'y a pas de grosses différences de couleur, on peut dire que les quatre présentent des profils dissemblables. Certains plus frais, d'autres plus puissants. Un voyage pas inintéressant, même si je ne serai jamais un fondu de rosés... 


Viña Temprana 2017 (4.50 €)

Cépage Grenache noir 

La robe est rose très très pâle. 

Le nez est expressif, sur la framboise et la pêche blanche, avec une touche d'épices et une pointe amylique. 

La bouche fraîche, citronnée, impeccablement tendue, évoquerait plus un vin blanc ligérien qu'un rosé espagnol s'il n'y avait pas ces notes épicées qui vous ramènent au pays de la paella. 

La finale est savoureuse, avec de la niaque, mêlant les petits fruits rouge au pamplemousse. Très sympa !




Cépages Grenache noir et Grenache blanc 

La robe est rose très pâle, dans un style "vin gris".  

Le nez est dominé par les petits fruits rouges bien mûrs, avec une pointe de sucre d'orge et une pincée d'épices. 

La bouche est ronde, fraîche, croquante, avec une matière finement charnue au toucher soyeux. Les fruits cèdent la place aux épices. 

Cela se confime dans une finale nette, mêlant subtilement amertume et astringence. Ce sont les amers (évoquant l'écorce de pomelo) qui finissent par l'emporter, soulignés par des notes poivrées. 


L'Ambigu 2017 (9.80 €)

Cépages Syrah, Mourvèdre et Cinsault 

La robe est rose "melon" pâle, évoquant certaines roses anciennes.  

Le nez est assez classique pour un rosé, sur les fameuses notes amyliques de "bonbon anglais". Il y a aussi de la pomme Granny, quelques épices (poivre, surtout). 

La bouche est longiligne, très fraîche, avec une sacrée tension. Le tout est enrobé par une matière ronde, friande, savoureuse. 

La finale intense prolonge cette tension sans à-coup, dominée par la bigarade et des épices en pagaille. 


Rosé  Bonnardot (14.90 €)

Cépage Pinot noir
La robe est  saumon clair, très légèrement trouble. 

Le nez est plutôt discret et réduit, avec une dominante des notes fumées. Avec l'aération, on perçoit  le zeste d'agrume et la bière blanche (dans son côté froment). 

La bouche est ronde et charnue, étonnamment dense, faisant plus penser à un vin orange ou rouge. L'ensemble est frais et équilibré, finement tendu, dominé par l'écorce d'orange. 

Cette dernière est encore plus marquée dans l'énergique finale, renforcée par les épices et les fruits rouges. Et toujours une évocation de la bière (mais Gueuse Lambic, cette fois-ci).  

vendredi 18 mai 2018

Gorges profond !


Afin de compléter sa gamme de crus communaux, la Pépière a fait un échange de moût avec le domaine Brégeon, le plus réputé de Gorges. Le successeur de Jean-Joël, Fred Lailler, a entamé une conversion vers l'agriculture biologique qui sera terminé en 2018-2019. Ce qui explique que ce Gorges 2014 n'est pas BIO, contrairement aux autres vins de la Pépière.  

Le moût a donc fermenté et a été élevé sur lies dans les chais de la Pépière durant plus de trois ans. Je ne connais pas les caractéristiques des cuves des deux domaines, mais il me semble que la Pépière  a réussi à obtenir un vin plus aimable que ceux de Brégeon au même stade : plus de rondeur, moins incisif. C'est d'ailleurs le danger. C'est déjà tellement bon maintenant que l'amateur risque de tout boire avant que le vin ne montre son vrai visage. Pour avoir eu la chance de boire des Gorges de Brégeon de plus de 20 ans, planquez quelques bouteilles de ce cru dans votre cave durant au moins une décennie. Vous me remercierez ;-)

La robe brillante est d'un jaune paille intense. 

Le nez est fin, profond, sur les fruits blancs rôtis au beurre, le zeste d'agrume et la pierre humide. La bouche est longiligne tout en déployant une matière dense, riche, enveloppante, d'une impressionnante concentration. On n'est pas loin du monstre oenologique tout en étant d'une grande accessibilité. 

La finale allie puissance et zénitude : ça envoie du lourd, l'air de rien, avec du beurre citronné à foison, complété par le salin/minéral. C'est beau !



jeudi 17 mai 2018

Chloé, de 4 à 5



Ceux qui me lisent l'ont peut-être déjà vécu. Tous les jours, il y a 2-3 références qui changent de millésime. Nous devons alors prévenir le client qu'il ne recevra pas du 2014 mais du 2015. C'était le cas hier avec cette Chloé de Denois. Voulant savoir si la différence était marquée entre les deux millésimes, j'en ai ouvert une à 10h30 du matin. J'ai bien fait, car le profil n'est pas vraiment le même. J'ai donc expliqué au client en quelques lignes en quoi il différait. À lui de voir s'il maintient sa commande ou non (95 % du temps, c'est ce que font nos clients).  Et puisque la bouteille était ouverte, autant vous en parler, non ?

La robe est pourpre bien sombre, mais translucide.

Le nez est mûr et profond, évoquant le coulis de myrtille relevé par une pointe de menthol et quelques épices.

La bouche démarre sur un mode longiligne avant de gagner en ampleur avec une matière à la chair dense et veloutée. On pressent en arrière-plan des tannins solides qui devraient lui permettre de tenir au moins une décennie. Une fine acidité apporte ce qu'il faut de tension et de fraîcheur.

La finale dévoile une mâche puissante, énergique. Mais rapidement le fruit noir reprend le dessus, soutenu par des épices et cette petite pointe de menthol.

Clairement, il gagnera à être attendu 4-5 ans. Mais dès maintenant, il pourra être sympa avec une côte de boeuf cuite sur la braise. 


mercredi 16 mai 2018

Faire encore et toujours avec les Moyens du Bord


Cela fait maintenant plus de 10 ans que l'équipe de la Grange aux Belles fait (avec) les Moyens du Bord. À l'origine, le nom évoquait une certaine galère au moment des vendanges, gérée comme ils avaient pu. Celle-ci est oubliée depuis longtemps, mais le nom est resté, à l'instar des plats signatures dans les restaurants. Le chef préférerait parfois à autre chose, mais les clients le réclament

La robe est jaune paille, brillante.

Le nez est fin, aérien, évoquant la tarte Bourdaloue sortant du four. Tout y est  : poire chaude, frangipane, tarte sablée au beurre. Et c'est tout ? C'est déjà pas mal !

La bouche est à la fois ample et élancée, vous envahissant le palais d'une matière fluide et fraîche, tonique, aux accents minéraux/salins et fruités. Il y a un côté très eau de roche qui plaira à nombre d'amateurs étonnants. En même temps, il se dégage de ce vin une ambiance assez zen : vous êtes bien, en train de déguster cette tarte que vous avez sentie tout à l'heure dans la cuisine... 

La finale gagne en densité, partant sur le pierreux/crayeux, mais la poire et la frangipane font leur come-back et joue les prolongations avec gourmandise. 

Ce vin pourra un peu tout faire : apéro, risotto, volaille aux champignons ou aux fruits blancs, poisson de rivière, fromage de chèvre ... et tarte Bourdaloue !



mardi 15 mai 2018

Cosos : vos grillades vont l'adorer


Cosos est la toute dernière trouvaille de Jean-Louis Denois en Espagne. On est cette fois-ci dans l'appellation de Campo de Borja. On est au nord de l'Espagne, à mi-chemin entre Barcelone et Valladolid. Les journées sont chaudes, mais les nuits sont fraîches, donnant des maturités tardives : les raisins sont vendangés la troisième semaine d'octobre ! Nous sommes sur un 100 % Grenache issu de vieilles vignes (certaines ont plus d'un siècle). Le vin est élevé 6 mois en fûts de chêne américain. Mais cela se ressent à peine, si ce n'est par les notes épicées. 


La robe est grenat sombre translucide.

Le nez est gourmand, sur la cerise mûre – noyau inclus – la framboise et les épices grillés.

La bouche est ronde, charnue, avec une matière finement veloutée, au fruit bien présent, relevée par les épices.

La finale est légèrement crayeuse, sur des notes de cerises à l'eau de vie, de poivre et de cannelle.

Le vin gagne à être servi un peu frais (15-16 °C), car sinon, l'alcool a tendance à ressortir (c'est du Grenache...). Avec des côtelettes d'agneau ou des travers de porcs grillés au barbecue, il sera juste parfaits et devrait plaire à tous (7.20 €). 


lundi 14 mai 2018

Villa des Anges : un bon blanc de tous les jours


Nous en sommes au troisième millésime de ce Villa des Anges blanc. C'est le premier qui me convainc (ou convient ?) vraiment. J'ai beau chercher des défauts, je n'en vois pas. Enfin si : on peut lui reprocher un manque de typicité, de caractère, voire d'originalité. Certes, mais c'est normal : il a été pensé pour être bu par le plus grand nombre. Et puis surtout, à 4.95 € ( 4.20 € par 12) il ne faut trop lui en demander, non plus. Pour ce prix,  il fait remarquablement bien son job. D'autant que le manque de typicité évoqué plus haut lui permet d'accompagner tout un repas sans le moindre risque de dérapage. La perle, quoi. 

La robe est jaune très pâle, aux reflets argentés.

Le nez est fin, aérien, sur le zeste d'agrume, la feuille de cassis (l'herbe froissée, aussi) et une touche de silex. 

La bouche est ronde, fraîche, éclatante, avec une matière limpide, digeste, sans la moindre trace "sudiste". Pas plus que celle d'un Sauvignon exubérant : sobriété totale, tout en ne tombant jamais dans l'austérité. 

La finale est nette, finement astringente, évoquant la pulpe de citron et la craie humide. On poursuit dans la sobriété et digestibilité, sans la perception d'alcool. Presque du jus de raisin, le sucre en moins. 


vendredi 11 mai 2018

Château de Fontvert : la volatile sublimée !


J'avais dégusté ce Château Fontvert 2016 début février à Angers. Dans mes notes, il était écrit : "Long. Intense. Ça envoie". Il y a une dizaine de jours, nous le recevons (nous n'avions plus une bouteille de 2015). Je le photographie recto-verso pour le site. Et là, je vois sur la contre-étiquette que l'assemblage a changé. On est passé de Syrah (70%), Grenache Noir (25%) et Mourvèdre (5%) à Syrah (70%), Grenache Noir (15%) et Mourvèdre (15%). La proportion de Mourvèdre a été multipliée par trois, et je pense que cela a un impact sur le profil de la cuvée. 

Ceci dit, l'acidité volatile a tendance à voler ici la vedette au Mourvèdre. L'acidité volatile, c'est ce qui fait ressembler certains vins à des bouteilles de vinaigre ou de vernis à ongles. Quand on en est à ce stade-là, je déteste. Là, c'est beaucoup plus subtil : au nez, elle se contente juste de vous titiller les narines sans les agresser. Et en bouche, point de vinaigre, mais juste une acidité de ouf,  normalement inexistante dans les vins du sud, qui vous fait quasiment penser à un Riesling mosellan. C'est ce que réussit à faire Didier Barral lorsqu'il est du bon côté de la force. Parfois, ça rate... 

La robe est pourpre très sombre, à la limite de l'opacité. 

Le nez est mûr, très concentré, sur les fruits noirs confits et l'eucalyptus, avec  une pointe d'acidité volatile qui apporte de la fraîcheur et de la profondeur. 

La bouche est longiligne, étirée par cette volatile au-delà même de la finale, enrobée par une matière séveuse, intense, d'une grande douceur tactile, entre soie et velours [ on ne peut que s'incliner devant une telle maîtrise de l'extraction des tannins ]. Les fruits noirs (cerise, myrtille) règnent en maître, secondés par le ciste et le genévrier. 

La finale se fait d'abord mâchue, puis s'allonge longuement sous l'effet d'une volatile totalement transcendée qui prend une ampleur incroyable, accompagnée par des notes résino-balsamiques toscanisantes. Peut-être que ça peut déranger (sûremement, même). Moi, j'adore !







lundi 7 mai 2018

Willkommen !


Nous venons de nous réapprovisionner chez Clemens Busch. Nous en avons profité pour prendre quelques références supplémentaires. Je ne vous parlerai pas des plus chères que nous n'avons qu'en petites quantités, mais des deux plus abordables, qui se trouvent être aussi les plus originales. Un Halbtrocken (= demi-sec) qui se situe entre un Trocken et un Kabinett – mais qui s'avère être beaucoup plus proche d'un Trocken – et un (alter)native, un "vin de macération" plus abordable  que la cuvée O que nous avions reçue l'année dernière. Il est assez proche de ce que fait Stoeffler en la matière, avec peut-être un supplément de finesse et de tension mosellanes. 




La robe est jaune pâle, brillante.

Le nez est fin, sur l'ananas frais et la citronnelle, avec une touche de caillou humide.

La bouche est traçante, acérée comme un sabre japonais, avec une fraîcheur éclatante et une matière mûre et digeste, dominée par les fruits exotiques. Le tout est souligné par un léger perlant.

La finale est nette,  agréablement astringente, avec l'impression de mordre dans une écorce de pomelo rose. La fraîcheur et l'acidité gomment totalement les 15 g de sucres résiduels. Ça se prolonge sur le fruit de la passion et des notes salines.





La robe est jaune paille, très légèrement trouble.

Le nez est intense, sur l'écorce d'orange séchée et les épices de Noël.

La bouche est longiligne, avec une matière puissante, concentrée, d'une impressionnante richesse, tout en gardant un toucher rond et doux. Le perlant est plus prononcé, mais ça lui va très bien : ça donne de légèreté et du peps à l'ensemble.

La finale est punchy, avec une amertume/astringence bien marquée – mais jouissive quand on aime ça – très écorce d'orange amère. Puis arrivent la pulpe et l'écorce de pomelo, avec une persistance titillante sur l'astringence gourmande.


vendredi 4 mai 2018

Le Vau Renou : grand vin en devenir


Depuis que  nous avons référencé les vins de Xavier Amirault, leur succès ne dément pas. Particulièrement le Fondis, pourtant le plus cher que nous proposions. Des clients qui n'en avaient pris qu'une au départ pour tester, en ont repris 3 ou 6. Nous nous sommes dits que nous pouvions alors tenter la cuvée Vau Renou, située au sommet de la gamme du vigneron. Une bouteille a été sacrifiée le jour même de son arrivée, histoire de savoir à quel vin nous avions affaire. On pourrait dire qu'il a connu un élevage plus ambitieux que les autres cuvées, mais il les rejoint en terme de finesse et d'élégance.  Il est donc déjà des plus abordables,  mais il gardera à être encavé au bas mot cinq ans, histoire de dévoiler tout le potentiel qu'il a à offrir.

La robe est grenat sombre tirant vers le pourpre, translucide.

Le nez est fin, intense et aérien, mêlant le cassis aux notes épicées/grillées dans un style classieux.

La bouche est élancée, longiligne, avec une matière fine, soyeuse, enveloppante, plus dense et profonde qu'il n'y paraît. Il s'en dégage un fruit frais éclatant qui réussit à s'affranchir de l'élevage que l'on sent encore en arrière-plan.

La finale est plus terrienne, avec une mâche crayeuse. Mais le cassis et le menthol finissent par l'emporter, soulignés par des notes épicées/boisées.


Y a pas : un futur grand !





jeudi 3 mai 2018

Arménie, l'autre berceau du vin


Lorsque nous avons été contacté pour revendre des vins arméniens, nous avons répondu "pourquoi pas". Il faut juste nous envoyer des échantillons : nous jugerons sur pièce. Ce qui fut fait quelques jours plus tard. Certains vins nous ont beaucoup plu, d'autres moins. En tout cas, même si l'Arménie est voisine de la Géorgie, nous sommes dans un autre monde, plus proche de ce que nous buvons au quotidien (avec des exceptions, tout de même). 

Comme le vin qui nous avait le plus emballé provenait du domaine ArmAs, nous avons privilégié d'autres vins de cette propriété. Nous avons complété par un autre vin, Kataro, plus classique, mais qui a le mérite de ne voir que de la cuve, laissant au fruit toute sa place. 


Voskehat 2012 (9.50 €)

La robe est jaune pâle, ne trahissant pas l'âge du vin (bientôt 6 ans). 

Le nez est fin et complexe, sur la poire, le miel d'acacia et le mousseron, avec une légère touche fumée. 

La bouche est ronde, ample, pleine de fraîcheur, avec une matière dense et mûre, digeste (12.2 % d'alcool)  qui se prolonge sans transition vers une belle finale minérale/saline. Sobre et classieux. 



Areni 2012 (17.00 €)

La robe est grenat translucide avec des reflets d'évolution. 

Après aération, le nez est fin et complexe, sur les petits fruits rouges, la cendre, le mousseron et l'encre. La bouche est ronde, ample, soyeuse, avec des tanins quasi imperceptibles et une acidité arachnéenne qui apporte tension et fraîcheur. 

La finale est finement mâchue, avec un retour sur la cerise et la framboise, et se prolonge sur le sous-bois et le poivre. 



Karmrahyut 2013 (17.00 €)

La robe est grenat très sombre, presque opaque. 

Le nez est très expressif, évoquant la questche, la liqueur de framboise, la rose, le tabac, et les épices orientales. La bouche est longiligne, tendue, enrobée par une matière d'une impressionnante densité aux tannins bien mûrs. L'aromatique en bouche est toute aussi expressive qu'au nez, avec une fraîcheur et une droiture qui empêchent de tomber dans la lourdeur "loukoum". 

La finale déroule une mâche puissante, généreuse, qui envoie sévère sans jamais agresser, avec un retour de la rose et des épices. Un vrai souk oriental !




La robe est pourpre sombre, limite opaque. 

Le nez est frais, sur les fruits noirs et des notes résineuses/balsamiques. 

La bouche éclate de fraîcheur, avec une matière dense et velouté aux tannins présents, déjà bien patinés, et un fruit omniprésent. 

La finale est ferme, puissante, mais là encore, le fruit emporte tout sur son passage, avec une persistance sur le menthol et les épices.

mercredi 2 mai 2018

Quand Jean-Louis Denois réinvente le Pinot noir


Réinventer est-il un mot un peu fort ? Peut-être. Un titre doit être impactant pour faire venir le lecteur, tellement sollicité par ailleurs. En tout cas, après avoir bu ce Pinot noir 2016 de Denois, on peut se dire qu'il a trouvé une façon toute personnelle de retranscrire ce cépage (en titre, vous admettrez c'est un peu longuet, n'est-il pas ?). 

Ce vin ne ressemble pas un pinot bourguignon : la couleur est plus sombre que la plupart – j'ai bien écrit la plupart : oui, il existe des vins obscurs en Burgondie – et l'on ne retrouve pas la cerise, qu'elle soit rouge flashy ou noire ; pas plus que cette odeur de terre fraîchement retournée si émouvante. Ce vin ne ressemble pas non plus à la plupart des pinots languedociens, où l'on sent que le soleil n'a pas lésiné à la tâche. 

À l'aveugle, pour être honnête, je serais un peu perdu. Sur l'aromatique, on retrouve la framboise et le poivre blanc de la Syrah, mais sans les notes lardées/fumées. On a la mûre du Merlot, mais tellement d'autres choses à côté qu'il est difficile de placer ce vin en Bordelais. La bouche ronde/veloutée pourrait, elle, faire penser à un Bordeaux, si ce n'est qu'une telle fraîcheur devient rare dans la région.

Bon, vous l'aurez compris : ce vin ne ressemble globalement à aucun autre vin, même s'il provoque certaines réminiscences au fil de la dégustation. C'est un Pinot noir de Denois. Point barre. 

La robe est pourpre sombre, translucide.

Le nez est fin, profond, sur des notes fruitées (framboise, myrtille), florales (pivoine), épicées (poivre blanc), avec une légère touche végétale (ronce).

La bouche réussit à conjuguer ampleur et tension. Bâtie sur une fine acidité qui étire le vin au-delà même de la finale, elle ne manque pas de chair : ronde, veloutée, enveloppante, étonnamment dense pour un Pinot noir. Le fruit, éclatant, est omniprésent.

La finale dévoile une mâche affirmée, crayeuse à souhait, avec un retour en fanfare de la framboise de la mûre qui éclipsent tout sur leur passage. Et puis la craie revient, pour durer...

Ce vin est encore bien jeune pour être dégusté. Il gagnerait probablement à être attendu un an ou deux pour gagner en complexité. Mais le plaisir qu'il apporte dès aujourd'hui oblige son possesseur à faire preuve de self-control pour ne pas tout boire dans les six mois... 



lundi 30 avril 2018

Agudes.. dis donc !


L'année dernière, nous avions été dévalisés sur cette cuvée Les Agudes de Fabien Jouves. En quelques jours, notre stock avait été épuisé. Et pas la peine d'en redemander au domaine : il n'en avait plus... Cette année, nous avons pris nos précautions. Nous devrions tenir un mois ou deux ;-)

Ce vin pas comme les autres réconcilie les deux frères ennemis de la Loire : le Sauvignon et le Chenin. Je dirais qu'il a tendance à prendre les qualités de ces deux cépages sans en avoir les défauts (pas de buis, de bourgeon de cassis ou d'acidité trop appuyée). Il est plutôt plus rond qu'un vin ligérien tout en restant bien frais. Et pour un vin contenant moins de 30 mg/ de SO2 total, il cache bien son jeu : rien de "nature" au nez comme bouche. Et c'est très bien comme ça !

La robe est jaune paille, brillante.

Le nez est friand, sur la pomme fraîche, le coing, le zeste de citron, et une touche de craie humide.

La bouche est élancée, tendue/étire par une fine acidité traçante – the Chenin's touch – mais enrobée par une matière ronde, à la fraîcheur croquante, empreinte d'une belle naturalité : l'ensemble coule de source telle l'eau d'un torrent.

La finale dévoile une mâche tonique et crayeuse, finement citronnée, avec un retour sur les fruits blancs, et un prolongement sur des notes salines.

Ce vin sera très polyvalent : apéro, tapas, fruits de mer, poissons, quiches, fromages de chèvre...  


vendredi 27 avril 2018

Et Sens du fruit devint ... Fruit


Révolution d'étiquettes au Jonc-Blanc. Les habitués du domaine vont devoir revoir leur habitudes car les noms de toutes les cuvées sont modifiés. Voici les explications données par  Franck et Isabelle :

"Depuis 2004, nous avions conservé, avec quelques évolutions à la marge, les mêmes étiquettes avec les mêmes noms de cuvées. Depuis plus d'un an nous travaillons à l'évolution de cette gamme avec notre graphiste Jérome Ley. Ces nouvelle étiquettes nous correspondent plus aujourd'hui. La Biodynamie y est présente avec les noms des cuvées, la sobriété, le côté « naturel » et l'identité forte du Jonc Blanc, hors de toute AOP sont clairement affichés. Bref, on est fan !

Pour la transcription c'est simple : Les Sens du Fruit rouge devient « FRUIT ». Les Sens du Fruit Blanc devient « FLEUR ». Class IK rouge devient « RACINE ». Acacia blanc devient « ECORCE ». Le Vin en Rose devient « ROSE » 

Ayant vendu les dernières bouteilles de Sens du fruit 2015, nous passons au Fruit 2016, et ma foi, ça démarre fort bien !

La robe est pourpre sombre, opaque.

Le nez est très gourmand, sur la marmite de fruits noirs en train de mijoter, avec en arrière-plan des épices et du menthol. 

La bouche est ronde, fraîche, savoureuse, avec une matière charnue, veloutée, au fruit pétaradant. Il y a une sacrée densité, mais pas la moindre lourdeur. Au contraire, l'ensemble ne manque pas de peps. 

La finale est puissante, avec des tanins bien présents, mais mûrs à souhait. C'est toutefois les fruits noirs qui prédominent, avec toujours une fraîcheur éclatante. Pas d'une complexité folle, je vous l'accorde, mais on frôle le jouissif !  



jeudi 26 avril 2018

Oooh, Gabrielle (2) : les rouges


Je vous parlais hier des blancs produits par les Terrasses de Gabrielle. Voici les deux nouveaux rouges (nous avons été réapprovisionnés en Et moi, Wonderland et Un jour au cirque, mais ce sont les mêmes millésimes que précédemment). Deux monocépages aux extractions douces, peu (pour Ponpon) ou pas (pour Zero) sulfités. Les deux sont bouchés à vis (choix que devraient faire plus souvent les producteurs de vins "nature", car plus protecteurs contre l'oxygène). Il est donc conseillé de bien les aérer, voire les carafer, même s'ils ne sont ni réduits, ni perlants. Il faut juste les voir comme un type au départ discret, et qui devient tout de suite plus bavard dès que vous le mettez à l'aise. Ben là, c'est pareil. 




100 % Counoise

La robe est grenat très translucide (rare à ce point en Languedoc).

Le  nez, après une bonne aération, est très sympa, sur la tarte aux quetsches qui sort du four (noyaux inclus), avec des épices douces et même une légère touche florale (rose fanée). 

La bouche est ronde, ample, toute douce, avec une matière délicate, presque impalpable et une acidité arachnéenne qui étire élégamment l'ensemble. Même si l'aromatique diffère, on est dans l'esprit d'un Pinot noir bourguignon que d'un vin sudiste. 

La finale dévoile une fine mâche savoureuse, où l'on retrouve la quetsche et les épices. Ce n'est pas d'une longueur folle (euphémisme), mais ce n'est pas ce que l'on demande à ce type de vin glou-glou. On s'en ressert une gorgée, et puis voilà. 

Ce vin fait partie des rares rouges que l'on peut boire sans souci à l'apéro, même si vous repassez ensuite au vin blanc pour l'entrée. Il ne lui fera pas ombrage... 




100 % Cinsault 

La robe est entre le grenat sombre et le pourpre. 

Le nez, même après aération, n'est pas très causant (mise encore récente). On perçoit toutefois de la cerise (rouge et noire), une pointe de framboise, quelques épices. 

La bouche est ronde, charnue, veloutée, avec une matière qui gagne progressivement en densité. L'ensemble est frais et équilibré : on a du mal à imaginer que le bébé pèse 14 °. Le fruit  est présent, sans être envahissant. 

La finale est encore serrée (mise récente, disais-je) avec des tannins qui accrochent un peu le palais. Mais elle est digeste, finement épicée, sans la moindre sensation alcooleuse (mais où sont les 14 ° ?).  Quelques tranches de cochonnaille, et ça passe tout seul ! [pardon aux clients vegans]

mercredi 25 avril 2018

Oooh, Gabrielle (1) : les blancs


Les vins des Terrasses de Gabrielle sont de retour ! Nous parlerons prochainement du nouveau millésime de Ponpon le cheval et de Zero just for one day, mais pour l'heure, nous allons nous intéresser aux deux blancs. Soif d'idéal est désormais un classique du site, que beaucoup ont déjà pu appréciée. Huracan, c'est le p'tit nouveau de la bande. Il est atypique dans son assemblage (Petit Manseng, Chenin, Vermentino) et provient de deux terroirs très différents (schistes et argilo-limoneux). Une cuvée qui a donc toute sa place à Vins Étonnants ;-)



Soif d'idéal 2017 (7.50 €)

Roussanne, Grenache, Viognier, terroir de schistes de Berlou

La robe est jaune pâle, brillante. 

Le nez est très expressif, tout en restant fin/aérien, sur la violette, l'abricot, le melon ... et la pierre humide.

La bouche est élancée, avec une tension très schiste qui étire une matière ronde, mûre, sachant rester digeste au vu de la région et de l'assemblage (mais on est loin d'un Muscadet, hein). 

En finale, ce sont les (nobles) amers qui prennent le relais pour éviter tout sentiment de lourdeur : bigarade et quinquina contre-balancent les fruits jaunes. Puis arrivent des épices finement grillés qui prolongent le vin. 

Pour 7.50 €, c'est plus qu'irréprochable. D'autant que ce vin devrait pouvoir s'adapter à pas mal de situations : apéro, plats exotiques, viandes blanches, melon/jambon, fromages affinés... 



Huracan 2017 (9.50 €)

 Petit Manseng et Chenin sur schistes, Vermentino sur sol argilo limoneux 

La robe est jaune paille, brillante. 

Le nez fait plus mûr que le précédent, mêlant les fruits jaunes à la boutique de bonbons (sucre d'orge, Malabar ®).

La bouche est plus large que longue – marqué à vie par Mondovino, je suis – avec une matière mûre, à la chair dense, pulpeuse, à la limite du tannique, rappelant la texture d'un vin orange, sans l'aromatique typique.

La finale est puissante, intense, avec des amers plus marqués que Soif d'Idéal, mais aussi une certaine astringence (crayeuse), puis arrive – enfin ! – l'acidité typique du Chenin et du Petit Manseng qui trace sévère, renforcée par les amers (gentiane, écorce de pomelo). Ça envoie !


mardi 24 avril 2018

Bien luné : les cieux lui sont favorables


Bien luné fait partie des incontournables de Vins étonnants depuis plus d'une décennie. À ce titre, il nous paraît indispensable d'en sacrifier une bouteille, histoire de pouvoir renseigner les clients sur un éventuel besoin d'aération (ou de dégazage, que sais-je ?). Sur le 2017 que nous venons de recevoir, rien à signaler, en fait : c'est bon dès l'ouverture, même si les arômes se complexifient au bout de 20-30 mn. 

Ce vin comprend principalement du Grenache, complété par de la Syrah. Cette année, c'est clairement celle-ci qui domine dans l'aromatique. On n'ose à peine imaginer à quoi ressemblait le lot de Syrah qui a été assemblé : ça devait être violent ! 

La robe est pourpre sombre translucide. 

Le nez est fin, élégant, sur des notes fumées, poivrées, mais aussi florales (rose, violette) et cacaotées. Avec l'aération, c'est le floral qui finit par l'emporter !

La bouche est élancée, avec une matière souple, veloutée, qui prend progressivement  de l'ampleur. L'ensemble est étonnamment frais et aérien pour un vin à dominante grenache. Le fruit est présent sous deux formes : la cerise noire et l'orange sanguine. 

C'est cette dernière qui prend le dessus en finale, marquée par l'écorce d'agrume – dans ce qu'elle peut avoir d'amertume tonique – prolongée par des notes de tabac gris, de poivre et de tapenade. 

Le rapport qualité/prix (9.90 €) me semble juste excellent : je connais peu de vins qui apportent autant de plaisir et de complexité pour moins de 10 €. Et il est en biodynamie, de surcroît. Que demande le peuple ?



lundi 23 avril 2018

Sacrée Marcelle !


Lorsqu'il est écrit Malvoisie sur une étiquette, se pose toujours la question de quel cépage il est question. Car selon les régions ou pays, ça change du tout au tout : en Autriche, c'est le Savagnin, en Corse, c'est le Vermentino, en Suisse, c'est le Pinot gris, à Madère, c'est le Furmint, en Gironde, c'est la Muscadelle, dans le Roussillon, le Tourbat... Bref, le bazar intégral. Le vin du jour est savoyard : à l'instar du voisin suisse, la Malvoisie est ici le Pinot gris ! Franchement, il faut le savoir, car lorsqu'on déguste cette Marcelle signée Adrien Berlioz, il est difficile de faire le rapprochement avec le cépage alsacien. Et je gage que si vous servez ce vin à l'aveugle, il est peu probable que vos convives devinent le cépage  ou la région de production. 

La robe est jaune paille, brillante. La nez est expressif, évoquant les fruits jaunes et blancs bien mûrs, le miel et le beurre. 

La bouche est ronde, très ample, avec une matière riche, généreuse, presque grasse, heureusement équilibrée par une fraîcheur inattendue, apportant du peps et de la tension.

En finale, c'est un joli mix entre amertume et astringence qui évite toute lourdeur. Ce sont les (nobles) amers qui finissent pas l'emporter, prolongeant longuement le vin.  

Un Pinot gris qui sort vraiment de l'ordinaire, loin du stéréotype alsacien. Il pourra accompagner des poissons de rivière légèrement crémés, des viandes blanches aux champignons, et bien sûr des fromages de Savoie !




vendredi 20 avril 2018

Chat fou : tout est nouveau !


Le nouveau Chat fou est arrivé depuis peu. Avec une nouvelle étiquette, un nouvel assemblage, et donc ... un nouveau goût. Auparavant, il contenait trois cépages rouges (Grenache, Carignan et Cinsault) et deux cépages blancs (Marsanne, Roussanne). Sur le 2016, seul le Grenache reste en rouge, et la Roussanne a été remplacée par la Clairette. Du coup, l'aromatique est un peu moins fofolle qu'auparavant, car les deux cépages blancs ne sont pas des plus exubérants. C'est clairement le Grenache qui prend le dessus. La présence de la Clairette et de la Marsanne se ressent plus sur la texture aérienne et la digestibilité du vin. 

Les afficionados de cette cuvée pourront donc être un peu déçus, car il n'y retrouveront pas le chat qu'ils ont perdu. Toutefois, cela reste un bon rapport qualité/prix (9.90 €) et surtout un vin des plus polyvalents grâce à la finesse de ses tannins et son aromatique plutôt classique. 

La robe est grenat sombre mais bien translucide.

Le nez est d'abord réduit, sur des notes fumées (pas désagréables, ceci dit) puis s'ouvre sur la pivoine, la cerise mûre, le poivre et le cacao. Et avec plus d'aération encore, arrivent la framboise et l'encens.

La bouche est ample, sphérique, déployant une matière douce, caressante, très aérienne, avec une délicatesse rare en Rhône méridional. Une trame acide sous-jacente apporte une belle tension, avec quelques notes de rafle en prime. L'équilibre est vraiment top, sans la moindre sensation alcooleuse. On peut juste lui reprocher pour l'instant un manque de complexité aromatique (on est surtout sur de la prune cacaotée).

La finale est finement mâchue, légèrement amère, sur le noyau de cerise, la quetsche et les épices, mais aussi un "trait vert" tonique à souhait.



mardi 17 avril 2018

Quand "Madame da Ros" passe en cave...


Depuis 2-3 ans, lorsque vous goûtez à un stand les vins d'Elian da Ros, il vous est aussi servi aussi les vins de Sandrine Farrugia, sa compagne. À chaque fois, ce fut un électro-choc, les vins de Madame surpassant parfois ceux de Monsieur. Ce fut particulièrement le cas cette année à la Dive, où Épiphyte 2014 domina les débats. J'ai réussi à convaincre Lechef à référencer les trois vins de Madame, et après les avoir regoûtés ce jour, je ne me repens pas de ce lobbying forcené...

Je précise que le titre est un peu réducteur : Sandrine Farrugia ne fait pas que passer en cave : elle gère 7 hectares de vigne. 



52 ares  2015 (15.95 €) 

Sauvignon et Sémillon

La robe est dorée, brillante. 

Le nez est intense, mêlant les fruits blancs mûrs à des notes plus végétales qui apportent de la fraîcheur. À l'aération arrivent de l'anis, de la fleur de tilleul, du poivre de cassis. Du silex frappé, aussi. 

La bouche est longiligne, tendue par une fine acidité traçante, mais enrobée par une matière mûre/moelleuse, rendant l'ensemble bien équilibré et digeste. 

La finale tonique prolonge tout cela, avec des amers assez marqués – écorce de pomelo – et des notes de thé fumé et de feuille de cassis. 

Un vin plein de personnalité, sans concession : ça passe (super bien) ou ça casse. 


La Vague 2015 (13.90 €)

1/3 Abouriou, 1/3 Cabernet-Franc, 1/3 Merlot

La robe est grenat sombre translucide.

Le nez est fin, profond, sur les fruits noirs, le noyau, la fumée et les épices. 

La bouche est ronde, fraîche, tonique, avec une matière fine et soyeuse inhabituelle dans le Sud-Ouest, et un fruit bien mis en avant. 

La finale est nette, avec des tannins plutôt discrets, une fine amertume qui apporte de la niaque, et un retour des fruits noirs et de la fumée (et rafle ?). 



Épiphyte 2014 (19.50 €)

2/3 Cabernet-Franc, 1/3 Merlot

La robe est rubis très sombre ... mais translucide.

Le nez est réduit à l'ouverture (mise en bouteille récente, si, si...). Arrivent ensuite la gelée de fruits rouges, le cassis, le poivre, les épices douces...

La bouche est élancée, aérienne, avec une matière d'une incroyable finesse qui vous tapisse le palais. Mais on sent aussi qu'il y a du fond, de la profondeur, et que ce vin n'est qu'au tout début de sa vie. Le cassis domine, suivi par le poivre et le pierreux. 

La finale est encore un peu serrée, sans être dure toutefois, très sapide et saline, avec un cassis frais qui s'impose, prolongé par le menthol. On côtoie le grand, avec nul doute qu'il le deviendra. Il pourra alors concourir aux "plus beaux vins du Sud-Ouest". 

lundi 16 avril 2018

Riesling Stoeffler : le BON nature !


Les vins nature, c'est comme les chasseurs : il y a les bons et les mauvais. D'une façon générale, nous essayons de privilégier les bons. En tout cas, ceux que nous trouvons bon. Il y a quelques vins plus bordeline qui font partie de l'histoire de Vins étonnants. Mais le quota est atteint. Nous refusons toute nouvelle proposition dans ce genre. Ce Riesling Nature 2016 fait assurément partie des bons,  même s'il ne ressemble pas vraiment à un Riesling "classique".  Il a sa personnalité bien à lui, qui plaira ou non. Moi, j'aime vraiment bien !

La robe est d'un or intense qui pourrait faire penser à un liquoreux. 

Le nez est tout aussi intense, sur la mirabelle chauffée au soleil, l'écorce d'orange, la rose et la mangue séchées...  

La bouche est ronde, ample, avec une matière mûre, pulpeuse, bien dense, et une tension infaillible, sans que l'on ne ressente l'acidité typique du cépage : rien de tranchant dans ce vin, même s'il ne manque pas de fraîcheur. Mais elle provient plutôt d'un très léger perlant (gaz carbonique provenant de la fermentation). 

La finale est puissante, avec une amertume bien marquée : mais une amertume comme j'aime, qui évoque l'écorce d'agrume (ici, plutôt yuzu/mandarine) et le quinquina (cf le Schweppes ®). Cela se prolonge longuement sur cette aromatique amère, avec un côté obsessionnel qui n'est pas pour me déplaire. Bref, un "nature" des plus recommandables, pour un prix raisonnable (11.50 €).