jeudi 19 juillet 2018

À 7 mg près...


Je vous parlais il y a peu du Château de Bel Avenir. Passons aux devoirs pratiques. Nous avons reçu il y a quelques jours deux cuvées quasiment identiques : le Beaujolais Villages Vieilles Vignes 2016 et le Beaujolais Villages Vieilles Vignes  2016 sans SO2. La différence, vous l'aurez compris est l'ajout d'un peu de sulfites juste avant la mise en bouteilles. La belle équipe n'étant pas trop habituée à en utiliser s'est un peu plantée dans le dosage : elle pensait en avoir mis 15 mg/l. Les analyses ont montré qu'il n'y en avait que 7 mg/l. N'empêche : cela suffit pour qu'il y ait une différence flagrante entre les deux  cuvées, que ce soit à l'ouverture des bouteilles ... ou 30 heures après. Allez, goûtons !



La robe est grenat translucide aux reflets tuilés.

Le nez est fin, élégant, sur les fruits rouges confits, avec une petite touche carbo et une pincée d'épices.

La bouche est ronde, souple, fruitée, avec des tannins qui accrochent un peu. Pas méchamment, mais on n'est pas dans le glissant.

La finale est mâchue, aux tannins crayeux/poudreux, avec toujours les fruits rouges et les épices.

30 heures plus tard

La robe est inchangée.

Le nez toujours aussi fin, avec les épices en avant, toujours du fruit rouge confit,  une petite pointe végétale et  plus du tout de carbo.

La bouche est plus ample, plus harmonieuse, avec une matière plus dense qui a gagné en douceur tactile (ça n'accroche plus).  C'est nettement plus équilibré et gourmand.

La finale a toujours de la mâche, mais c'est plus en finesse et savoureux. Joli vin !




La robe est identique.

Le nez est plus discret, avec un fruit plus frais et des notes un peu végétales (rafles). Mais carbo moins marquée.

La bouche est plus ample, plus élancée, avec des tannins soyeux qui n'accrochent pas du tout (là, ça glissssse !) et une sensation de "moellosité". L'équilibre et l'harmonie sont just perfect.

La finale est intense, beaucoup mieux fondue, avec une mâche plus raffinée. Et plus de gourmandise et de plaisir.

30 h plus tard 

La robe est inchangée. 

Le nez a gagné en expressivité et en fruit. Il a toujours plus de fraîcheur, avec une rafle bien présente (mais pas dérangeante, au contraire). 

La bouche a gagné en densité tout en étant moins élancé : le vin est plus "statique", avec des tannins plus perceptibles qui le rapprochent du vin précédent. Ça reste bien équilibré, mais on a perdu en spontanéité et en "glissant" (et donc en "glouglou"). 

La finale a une mâche nettement plus affirmée, avec d'étonnants notes d'écorce de pamplemousse/orange soulignée par des épices douces. On se croirait sur un certain domaine du Rhône Sud (avec des Tours). 

Conclusion : vous l'aurez compris : le sans SO2, vous ouvrez, vous buvez, alors que la version sulfitée gagnera à être aérée. A vous de choisir !

mercredi 18 juillet 2018

Le vino natural comme on aime !




Il y a presque un an, je vous avais parlé de ce Tierra de Forcallat. Il se trouve qu'il nous en reste encore quelques cartons, et j'étais curieux de voir comment évoluait ce vin sans sulfites. Eh bien,  non seulement il ne s'est pas dégradé, mais il est plusieurs crans au-dessus, ayant perdu son côté lacté qui le faisait ressembler à un Yop ®. On est aujourd'hui en face d'un joli vin qui pourrait donner des leçons à une bonne partie de la production "nature" française. Non seulement, il n'a aucun défaut perceptible, mais il raconte en plus de belles choses, avec une élégance décontractée. 


La robe est jaune pâle dense, très (très) légèrement trouble.

Le nez est fin, aérien, sur la pomme beurrée, les épices et la pierre chauffée au soleil. Paradoxalement, de la craie humide aussi. En tout cas, c'est MINÉRAL !

La bouche est ronde, très ample, déployant tranquillement une matière douce, caressante, gagnant progressivement en "pulposité" et en plénitude. Du pur bonheur tactile.

La finale est finement mâchue, avec toujours cette pomme beurrée complétée par le noisette fraîche et un retour sur la craie humide. Le tout se prolonge en douceur sur les épices dans une ambiance zen, apaisante. 

Le prix ? 8.20 € (non, vous ne rêvez pas). 




mardi 17 juillet 2018

Quarterons : la succession est assurée !


Il arrive souvent que nous basculions d'un millésime à l'autre sur la commande d'un client. Aussi, nous lui demandons si ça ne lui pose pas de problème (la plupart du temps, non). C'est souvent l'occasion de déguster le nouvel arrivant, histoire de voir s'il est dans la continuité – ou non – de son aîné d'un an. C'est donc arrivé il y a quelques jours avec Les quarterons de Xavier Amirault : nous sommes passés du 2015 au 2016. Il y a toujours un frisson d'inattendu au moment où vous versez le vin dans le verre. Comment va-t-il se comporter ? Car si ce n'est pas terrible, il va falloir éventuellement trouver autre chose à proposer au client (comme les Gravillices, la cuvée un peu plus chère du même producteur). Mais ouf : il sent bon, il goûte bon. Sauvé !

La robe est grenat sombre translucide.

Le nez est frais, mêlant le cassis fruit et le cassis feuille, avec une touche poivrée (blanc + cubèbe).

La bouche est ronde, ample, soyeuse, délivrant une matière fraîche, fruitée, digeste, légèrement épicée. L'ensemble est tendu par une acidité très discrète, mais des plus efficaces.

La finale est finement crayeuse, avec un come-back du cassis sous ses deux formes, et une persistance sur le poivre et le menthol.

Bref, je suis persuadé que mon client et les autres qui suivront ne seront pas déçus de ce 2016 qui n'a rien à envier au 2015. Et bonne nouvelle : le prix (11.90 €) n'a pas augmenté !





lundi 16 juillet 2018

Vraiment un Bel Avenir !


Nous vous l'avions annoncé il y a bientôt trois ans. Le duo de P-U-R (Cyril et Florian) ont acheté le Château de Bel Avenir à la Chapelle de Guinchay. Cela se situe une cinquantaine de kilomètres au nord de Villefranche sur Saône où ils étaient établis auparavant. Ils se rapprochent de l'excellence beaujolaise : en quelques minutes, vous êtes à Chénas, Juliénas, Fleurie, Morgon... 


Le domaine fait une vingtaine d'hectares dont 12 ha de vignes. S'il y a eu quelques plantations depuis leur arrivée, il est hors de question d'occuper tout l'espace avec Vitis Vinifera.


L'idée est au contraire d'accueillir ici un maximum de plantes et d'animaux sauvages car la diversité est essentielle pour l'équilibre général du biotope. 


Des arbres fruitiers ont été plantés, des plantes mellifères semées. Pour les autres espaces inoccupés, on laisse la nature se débrouiller. Elle s'y entend plutôt bien depuis plusieurs millions d'années.


Voilà le Gamaret : ce cépage est un croisement  suisse entre Gamay et Reichensteiner. Il connaît un large succès autour du Lac Léman car est particulièrement résistant à la pourriture grise (et moins sensible que le Gamay au mildiou et à l'oïdium). Sa précocité permet de le vendanger tôt, mais on peut aussi pousser la maturité des grappes sans risque de dégradation. Il gagne alors en corps et en couleur tout en restant soyeux,  pouvant faire penser à de la Syrah. Un cépage anti-stress qui est autorisé depuis peu dans l'appellation  Beaujolais à hauteur de 10 %  – il faut garder de la typicité, tout de même. Mais déjà certains vignerons réussissent à vendre des purs Gamaret en IGP Comté Rhodanien à des prix plus élevés que les Beaujolais. 


Lors du premier millésime (2015), Cyril et Florian se sont contentés de ramasser les raisins cultivés par le précédent propriétaire, pas franchement adepte du bio. Après une cure de désintoxication qui lui  a été bénéfique – avec un retour progressif d'une flore et d'une faune qui avaient disparu – le vignoble est désormais en conversion bio officielle. 


Lorsque l'ensemble des vignes offrira tout son potentiel, la maison P-U-R devrait avoir suffisamment de raisins pour ne plus avoir besoin de se fournir ailleurs. Cela ne veut pas dire que Swimming Poule ou Porc tout gai disparaîtront. Mais que toutes les cuvées seront 100 % Bel Avenir !


Pour l'instant, les bureaux et le chai (vinif/élevage/stockage)  n'occupent que la maison de droite. Celle de gauche est pour l'instant inutilisée alors qu'elle a incontestablement plus de cachet. Une fois rénovée, elle pourrait se transformer en gîte ou en hôtel. À suivre... 



Un ancien pressoir


Les cuves (béton et acier émaillé) sont celles d'origine


C'est celles que l'on trouve un peu partout dans la région. Elles conviennent très bien pour faire de la macération semi-carbonique de Gamay.


Là, c'est un peu moins classique ;-) Ces jarres en terre servent à l'élevage du Beaujolais rouge vieilles vignes et au Bourgogne blanc.  Le seul souci de ce contenant est une évaporation importante (il faut ouiller souvent ou les maintenir dans une atmosphère humide)/ 


Ces adorables tonnelets contiennent la micro-vendange 2017 de Gamaret.


On les aperçoit à droite des barriques de Bourgogne blanc 2017


La pièce de stockage de P-U-R/Bel Avenir

J'ai pu déguster les 2017 récemment mis en bouteille ou encore en élevage. C'est vraiment très bon, avec des textures douces/raffinées, une belle maturité de fruit et un sacré équilibre.

Mais, plus important encore, j'ai senti une équipe épanouie dans son nouveau lieu de vie et de travail. Et ça, c'est important pour produire les meilleurs vins possible. 

Vraiment, ce domaine a un bel avenir !


vendredi 13 juillet 2018

Quatre cuvées de Chardonnay signées Ganevat


Nous les attendions avec une certains impatience, car nous avions eu l'occasion de les déguster avant leur mise en bouteille : voici les Chardonnay 2015 "négoce" de Jean-François Ganevat. À ceux qui pourrait faire la moue en lisant "négoce", je dirais que :

- les raisins ont été achetés chez des vignerons reconnus. Ils sont issus de vignes âgées de 30 à 80 ans situées sur de grands terroirs jurassiens. 

- contrairement aux rouges "négoce", nous ne sommes pas sur des mélanges improbables de divers cépages provenant de plusieurs régions. Tous les vins sont 100 % Chardonnay et sont en AOP Côtes du Jura

- même si les différentes sont sans sulfites ajoutés – comme toutes les cuvées "domaine" de JF Ganevat – elles n'ont pas un profil "nature" si ce n'est un peu de gaz carbonique. Il n'est pas franchement dérangeant, même si c'est meilleur sans, et s'élimine facilement. 

- elles ont été élevées 30 mois sur lies fines – en barriques ou en cuve bois – ce qui n'est pas des plus courants dans le Jura... hormis chez Ganevat !

- les étiquettes sont celles du père d'Anne et Jean-François : classiques ...  mais faciles à poser sur une table ;-)

Je savais qu'il y avait un joli niveau ... mais j'ai eu un vrai choc à la dégustation ! Précisons que j'ai viré l'essentiel du gaz à l'ouverture, mais ça m'a pris 5 mn, pas 3 heures comme parfois. 


La Gravière 2015 (28.90 €)

Vignes de 60 ans sur marnes grises du Lias et marnes irisées

La robe est jaune paille, brillante.

Le nez est expressif, sur les fruits blancs mûrs légèrement beurrés et relevés de zeste d'agrume (mandarine plus que citron). Et un côté frais, crayeux.

La bouche est longiligne, tendue par une acidité traçante, inflexible qui se prolonge au-delà même de la finale. Elle est enrobée par une matière ronde, charnue, dominée par la pomme fraîche et la pulpe de citron.

La finale est tonique, dans un noble registre Triple A (Acidité, Amertume et Astringence) mêlant le coing, l'écorce de pomelo et la craie. C'est cette dernière, légèrement citronnée qui finit par l'emporter.


Les cèdres 2015 (28.90 €)

Vignes de 80 ans sur marno-calcaire

La robe est jaune paille, brillante.

Le nez est plutôt discret, dans un style réduit bourguignon (beurre/grillé/agrume confit). Avec l'aération, on part sur la pêche blanche, la pomme chaude et le yuzu.

La bouche est ronde, très ample, déployant une matière dense et mûre, fraîche, qui vous emplit tout le palais. Elle dégage une grande fraîcheur sans qu'il y ait besoin de la moindre acidité qui saille. L'équilibre général est superbe, dégageant une rare harmonie.

La finale est intense, avec une amertume coing/pomelo/quinquina  qui rappelle le chenin et une mâche tannique qui vous emmène à Corton-Charlemagne. Superbe.




La Pélerine 2015 (27.90 €)

Vignes de 1948 sur des marnes du Lias

La robe est or pâle, brillante.

Le nez est assez cochedurien, sur le sésame grillé, le pétard et  la poire mûre.

La bouche est élancée, avec une matière mûre, dense, au toucher moelleux, équilibrée par une fraîcheur revigorante. L'ensemble est aérien, digeste et classieux.

La finale est raccord, très finement mâchue,  avec une dominante du citron confit/beurré (=lemon curd) puis une rétro saline/crayeuse. Superbe bis.



Champs poids 2015 (27.90 €)

Vignes plantées en 1986 sur calcaire du Bajocien

La robe est jaune paille, brillante.

Le nez est très expressif, sur les fruits blancs et jaunes bien mûrs, le beurre noisette et les épices. Et puis la craie humide qui équilibre.

La bouche est ample, aérienne, enveloppante, qui vous envahit le palais et l'âme d'une matière mûre, gourmande, légèrement crayeuse et citronnée. L'ensemble allie classe et harmonie.

La finale est très expressive, avec du citron confit, de la craie, de la chair de pomelo. Purement jouissif !





jeudi 12 juillet 2018

Gourgonnier : oh, le Baux rosé !


Jusqu'à maintenant, nous n'avions pas référencé le Baux de Provence rosé du Mas de Gourgonnier. C'était une erreur, car il s'écarte totalement du rosé classique que les amateurs ont souvent bien raison de boycotter. Sans être aussi barré que le Tuilé de Saint-Jeannet, on est tout de même dans l'OVNI cher à Vins étonnants. Peut-être est-ce dû à son assemblage qui sort de l'ordinaire (Grenache, Syrah, Cinsault, Carignan, Mourvèdre et Cabernet Sauvignon) ? Peut-être à sa vinification (saignée  légère) ? Ou à son élevage en vieux foudres ?  En tout cas, voilà un vin qui vous fera aimer (enfin !) le rosé. 

La robe est "oeil de perdrix" (ou "grise", comme on dit des vins marocains).

Le nez est frais et expressif, sur des notes de pomelo rose, de sucre d'orge, de fleur séchée et d'épices.

La bouche est longiligne, tendue, avec une acidité totalement enrobée par une matière dense, vineuse, dotée d'un étonnant gras qui vous tapisse le palais. L'aromatique petits fruits rouges/minérale/ fumée m'évoque un blanc de noir champenois qui aurait perdu ses bulles.

La finale prolonge les sensations sans la moindre rupture : on retrouve la tension, le gras, l'aromatique. Puis apparaissent de beaux et toniques amers (écorce d'agrume) qui vous refont le palais en une fraction de seconde et donnent envie de se resservir immédiatement.


mercredi 11 juillet 2018

Quand j'pense à Fernand, je b...


... je biche, bien entendu !

Ce n'est pas si souvent qu'un vigneron dédie deux cuvées  à un confrère disparu. Le premier est Marc Parcé, le second Fernand Vaquer. Fernand II, devrais-je préciser, fils de Fernand 1er , créateur du Domaine Vaquer et grand joueur de rugby. Fernand Vaquer, donc, fut parmi les premiers vignerons du Roussillon à mettre son vin rouge en bouteilles. Car jusqu'alors, seul les vins mutés étaient jugés assez bons pour être commercialisés à la propriété. L'appellation Côtes du Roussillon n'a été reconnue par l'Inao qu'en 1977. Ses étiquettes portaient la mention VDQS "Roussillon dels Aspres" (créée en 1951). Mais surtout, il a soutenu les deux cépages traditionnels, le Carignan et le Maccabeu à une époque où l'on jugeait nécessaire de les "améliorer" avec la Syrah, la Roussanne ou la Marsanne. 

Comme l'écrit Marc Parcé,   "il y a rarement de « mauvais » cépages mais simplement une inadéquation entre le cépage, le terroir et le vigneron" (c'est bien trouvé, ça !). 

Le hasard fait bien les choses : nous venons de faire rentrer des cuvées vinifiées par Fernand Vaquer dans les années 80 (disponibles ICI). Pur Maccabeu pour les blancs, Carignan très majoritaire pour les rouges. Plus de 30 ans après leur mise en bouteille, on se rend compte qu'ils ont encore de très belles choses à dire – certainement plus que dans leur jeunesse, même. 

Après avoir dégusté ces deux cuvées "modestes" dédiées à Fernand, je me demande si à leur tour elles ne pourront pas tenir 30-40 ans. Car même si elles sont d'un abord facile et  ne sont pas des plus démonstratives, on sent qu'elles ne sont pas dénuées de fond et que le temps pourrait leur apporter une dimension supplémentaire. En tout cas, cela ne coûte pas trop cher de faire le test... 




100 % Maccabeu

La robe est or pâle, brillante.

Le nez est fin et complexe, mêlant le zeste d'agrume (oranger), le floral, le pierreux (ardoise chaude) et même le marin (embruns).

La bouche est ronde et ample, vous envahissant le palais d'une matière aérienne et intense – généreuse et "caillouteuse". L'équilibre est remarquable, très loin de l'archétype "vin blanc du sud".

La finale a une mâche bien crayeuse, finement citronnée y compris dans les amers de l'écorce, se prolongeant sur le salin. 'tain, que c'est bon  !




100 % Carignan

La robe est grenat sombre translucide, avec une pointe violacée.

Le nez est fin, gourmand, sur la  confiture de fruits noirs en train de mijoter, avec une touche d'épices douces et une pincée de benjoin.

La bouche est toute aussi fine, élancée, gagnant vite en ampleur : elle déploie alors une matière soyeuse dans un premier temps, un peu plus rustique dans un second, tout en restant souple et fruitée/épicée. L'ensemble dégage un charme des plus irrésistibles, non par sa beauté formelle, mais plutôt par la nostalgie qu'il génère :  on a cette sensation de boire un vin intemporel, en dehors des modes qui passent et trépassent.

La finale est finement mâchue  – avec cette accroche canaille – mêlant les fruits compotés, les notes ferreuses/sanguines et le cuir, et se prolonge sur les épices et la violette. Persiste cette impression de boire un p'tit vin qui délivre un grand message. C'est indicible, mais sacrément buvable 


mardi 10 juillet 2018

4 Pesnot en pleine coupe du monde !


Une palette de la Sénéchalière vient d'arriver par camion frigorifique. C'est plus prudent étant donné les températures actuelles, d'autant que les vins sont très peu sulfités. J'avais eu l'occasion de goûter ces cuvées à la Dive en février dernier. Mais entre temps, l'élevage sur lies s'est poursuivi. Puis les vins ont été mis en bouteilles. Il me paraissait plus professionnel de les déguster à nouveau, et si possible les 4 d'affilée, histoire d'avoir une vue d'ensemble. 

Trois sont issus du même cépage : le Melon de B... comme écrit Marc sur ses bouteilles (comme ils sont en vin de France, il est interdit de mentionner une AOP sur l'étiquette). La folle blanche, elle, est issue ... de vieilles vignes de Folle blanche (appelée Gros plant en Muscadet). Et vraiment vieilles : pas moins de 90 ans, même s'il y a bien sûr un peu de complantation.







La robe est jaune pâle, brillante, aux reflets verts./


Le nez est fin, profond, sur la pomme fraîche, la pulpe de citron et la pierre humide.

La bouche est des plus élancées,  avec une matière alliant fluidité aérienne et densité, douceur et minéralité. On est dans le "jus de cailloux" dans une version élégante/racée (le double effet schiste + vieilles vignes). 

La finale est marquée par l'écorce d'agrume (mix subtilement dosé d'amertume et d'astringence), se poursuivant sur des notes crayeuses à la vertu dessoiffante. 



La robe est proche, avec des reflets plus argentés. 

Le nez fait plus "nature", avec des notes de cidre et une pointe d'acidité volatile . Il faut dire que la mise est toute récente: le vin est encore chamboulé... 

La bouche est ronde, ample, harmonieuse, avec une matière souple et fraîche qui vous envahit le palais. Le tout est tendu par un fil acide quasi invisible et un très léger perlant. 

La finale est tonique, avec des amers bien présents (sans qu'ils soient oppressants) prolongé par des épices et une légère astringence. 


Miss Terre 2017 (14.90 €)

La robe est très proche. 

Le nez est plus mûr (pomme rôtie au beurre) et plus épicé.

La bouche est élancée comme la folle blanche, mais avec une matière plus riche, plus dense, plus charnue, tout en gardant une belle douceur tactile. L'équilibre général est superbe. 

La finale est ample, généreuse, avec une belle énergie. De la pure beauté liquide, avec des amers superbes et une pointe d'épices. Que c'est bon !...


13ème heure 2017 (26.50 €)

La robe est d'un doré intense, plus proche d'un liquoreux que d'un blanc sec. 

Le nez est mûr et concentré, sur les fruits blancs séchés (pomme et poires tapé·e·s) et les épices douces. 

La bouche est ronde, très ample, avec une matière dense et douce, presque voluptueuse, tout en gardant un bel équilibre. Le Melon de Bourgogne comme vous ne l'avez jamais bu ! Un léger filet de gaz apporte le tonus et la fraîcheur nécessaires.

La finale a un relief hors norme, avec des amers magnifiques, des notes salines, une foison d'épices. C'est à la fois baroque et profondément minéral. Hénaurme !

lundi 9 juillet 2018

Bergecrac : le plus glouglou des Bergerac !


Lors de mon passage au domaine en mai dernier, Vincent Alexis m'avait fait déguster les deux lots qui allaient être assemblés pour produire ce Bergecrac 2017. Chacun était prometteur – l'un apportant plus le fruit, l'autre la tonicité – et je me doutais qu'on allait se régaler. Restait à savoir si le vin allait faire la "maladie de la bouteille". À savoir être renfrogné durant 2-3 mois. C'est pour cela que je l'ai dégusté à peine arrivé, histoire d'indiquer si nécessaire de ne le boire qu'à partir de septembre prochain. Eh bien, pas du tout : il se boit déjà TRÈS BIEN maintenant. Je ne vois même pas comment il pourrait être meilleur plus tard. 

La robe est grenat sombre translucide. 

Le nez est fin, frais, sur les fruits noirs sauvages, le poivre et la feuille de cassis.  La bouche est ronde, ample, pleine de fruit, déroulant une matière souple, gourmande, avec un très léger perlant qui accentue la fraîcheur. Le tout est mené avec une énergie assez irrésistible. 

La finale dévoile une fine mâche canaille, entre fruits noirs et épices, et se prolonge sur le cassis légèrement poivré. Miam !

C'est en bio, non sulfité, et ça ne coûte que 7.70 € !!! 





vendredi 6 juillet 2018

100 % Slovenie


Il y a une quinzaine d'années, j'ai rencontré le même jour Eric Reppert et Jérôme Pérez grâce aux LPViades organisées par Philippe Rapiteau. (devenues ensuite les REncontres VEndéenne du VIN). Le site Vins étonnants et le forum La passion du vin sortaient alors tout juste de leurs langes. Depuis, ils ont fait beaucoup de chemin !... 

Entre temps, j'ai été embauché à Vins étonnants, et plus récemment, Jérôme est devenu vigneron en Slovénie à Jeruzalem (vous pourrez lire ICI toute l'aventure du Clos Veličane). Cela lui a donné l'occasion de boire des vins de ses confrères, non distribués en France. Il m'a demandé il y a quelques si cela pouvait intéresser Vins étonnants. Nous lui avons répondu par l'affirmative. Il nous alors envoyé des échantillons que nous avons dégustés avec curiosité. Nous en avons retenu la plupart. Avec de vrais coups de coeur, comme le Furmint Puklavek, le Riesling de Samo ou le Tempus rosé. 

Depuis quelques jours, ils sont parmi nous : faites-leur le meilleur accueil !





100 % Furmint

La robe est jaune très pâle. 

Le nez est très caillouteux » vivifié par une pointe de citron (à l’aveugle, on partirait sur Chablis ou Muscadet). 

La bouche allie ampleur et tension, avec une matière douce, aérienne, enveloppante, distillant des saveurs minérales/salines. C’est sobre, pur, élégant, dans un style cistercien (le vieillissement apportera probablement plus de complexité). 

La finale est intense, avec une mâche finement crayeuse et le retour du duo citron/caillou. Le tout est prolongé par une fine acidité pénétrante – doublée d’une subtile amertume – qui marque le dégustateur.




100 % Welschriesling

La robe est jaune paille, brillante.

Le nez fait très Roussanne, sur les fruits jaunes confits, le miel.

La bouche réussit à être mûre et fraîche, avec ce qu’il faut de tension. C’est charnu, intense, subtilement amer.

L’amertume se prolonge en finale sans jamais devenir pénible. Au contraire, elle évite de tomber dans lourdeur car on sent que c’est riche, bien mûr, épicé, avec toujours ces notes de fruits jaunes et de melon.




Riesling Aldebaran 2017, Vino Kupljen (13.50 €)

100 % Riesling

La robe est or pâle, brillante, avec de fines bulles qui s'évanouissent très rapidement.

Le nez est riche, exotique, sur l'ananas, la pêche rôtie, la citronnelle, avec un subtil arrière-fond épicé/beurré/vanillé. .

La bouche allie ampleur et tension, avec une fine acidité qui l'étire –  renforcée par un rafraîchissant perlant –   et une matière mûre, généreuse, enveloppante, à l'aromatique fruitée/épicée intense. Le tout est très bien équilibré, gourmand et tonique.

Cette tonicité gagne encore en force en finale, avec des superbes amers – écorce de mandarine, bigarade – qui épousent la citronnelle, le gingembre et le quinquina. Ça envoie fort, mais ça envoie bon !


Pinot Grigio n°3 2017 Puklavec (13.50 €)

100 % Pinot gris

La robe est d'un impressionnant or rose, avec là aussi de fines bulles qui disparaissent  rapidement.

Le nez est fin et intense, sur la liqueur de pêche/abricots, la poire confite, une légère fumée, le tout rafraîchi par des notes de bonbon acidulé. 

La bouche est élancée, plus tendue par un léger perlant que par l'acidité, avec une matière ronde, mûre, gourmande, et un fruit frais et croquant. On retrouve aussi la fumée en arrière-plan, signature du cépage. L'ensemble dégage une tonicité harmonieuse. 

Cette dernière se poursuit en finale avec toujours cette "tension perlante" soulignée par de nobles amers (orange confite) et une fine astringence, se prolongeant sur le pomelo rose et des notes crayeuses. Un pinot gris vraiment étonnant !



100 % Furmint

La robe est d’un or intense.

Le nez est très beau, sur la poire, le miel et une profondeur minérale.

La bouche est ronde, charnue, dense, presque onctueuse, avec une grande fraîcheur et une sacrée tension. 

La finale classieuse est légèrement mâchue, avec de nobles amers (écorce d'agrume) et des épices. Excellent !



Tempus rosé brut (18.00 €)

100 % Blaufränkisch

La robe est pétale de rose saumonée avec un fin cordon de bulles.

Le nez est interpellant, sur la rose, les petits fruits rouges, les épices.

La bouche est à la fois ronde et tendue, avec une matière fraîche, fruitée, gourmande, des bulles fines, toniques, appétante (éclatantes !) et ce qu’il faut de vinosité. Le tout est très bien équilibré.

La finale est nette, délicieusement astringente, avec toujours du fruit et de la vinosité. Juste dosage. Très bien !

jeudi 5 juillet 2018

Match de poules !


L'effet millésime sur les vins rouges de la Pépière est particulièrement marqué. Il faut dire que nous sommes en "zone limite" en terme de maturité. La moindre variation du climat estival aura un impact sur la qualité finale des vins . Le Côt et le Cabernet-Franc réagissent différemment.  Une année, le premier s'en sort mieux. Une autre année, c'est le second qui tire les marrons du feu. 

D'où l'utilité de les goûter lorsque nous les recevons au printemps suivant. Sur le millésime 2015, le Cabernet Franc se goûtait mieux (mais le Côt avait un joli potentiel). Sur le 2016, le Côt se montrait plus abordable que son "adversaire du jour". Et en 2017, donc ? Nous allons le voir maintenant... 





La robe est violacée translucide, très légèrement trouble.

Le nez a du peps, dominé par le cassis frais, complété par la feuille de cassis. Un peu de poivre blanc, aussi.

La bouche est ronde, ample, soyeuse, soutenue par une acidité tonique (mais pas agressive). Le fruit est éclatant et gourmand, avec la petite touche végétale qui apporte de la fraîcheur et de la profondeur.

La finale est finement mâchue, avec toujours ce mix cassis fruit & feuille qui se prolonge sur touche amère/épicée.



La Pépie Côt 2017 (7.20 €)

La robe translucide est entre le grenat et le pourpre.

Le nez est plutôt discret, sur le bonbon aux  fruits noirs, avec quelques épices.

La bouche se montre d'abord bien perlante, nécessitant un secouage dynamique et renouvelé. Une fois dégazée, elle est élancée, avec une tension bien marquée reposant plus sur l'amertume que l'acidité  – rarement rencontré cela – et une matière souple au fruit plus épicé que la cuvée précédente.

La finale poursuit dans la souplesse, mais aussi dans l'amertume : celle-ci se renforce sans jamais être agressive et se prolonge assez longuement, complétée par les fruits noirs et les épices.

PS : deux jours après ouverture, le vin a gagné en rondeur et en harmonie, avec une amertume moins présente et mieux fondue. Si vous voulez boire ce vin le jour même, un bon carafage énergique est indispensable !