mardi 17 septembre 2019

Je rêvais d'un autre monde : Barou l'a fait !


Lorsque j'avais repéré les vins du domaine Barou à Millésime Bio en janvier 2017, le millésime 2015 venait tout juste de sortir. Chez la plupart des producteurs rhodaniens, cela donnait des vins puissants, concentrés, assez lourds "C'est 2015", me disaient les vignerons... Le Saint-Joseph de Barou contrastait alors  par sa finesse et son élégance. Une semaine plus tard, il était référencé sur le site. 

Si je vous parle de cela, c'est que je crains que beaucoup de vins de 2018 ressemblent aux 2015 "en pire". Et là encore, Barou tire son épingle du jeu avec son Autre monde 2018. Certes, il est plus concentré que le 2015, mais l'équilibre du vin est absolument admirable, et vous inciterait à en boire des quantités déraisonnables – si vous n'aviez aucun self control, évidemment. 

La robe est pourpre sombre translucide.

Le nez est plutôt discret, sur le coulis de fruits noirs, une touche de framboise, une pincée de poivre et une pointe de lard fumé.

La bouche est ronde, de grande ampleur, déroulant majestueusement  une matière dense et mûre, fraîche et profonde, intensément minérale. Il y a un peu de gaz carbonique, mais pour une fois, il est le bienvenu : il apporte du relief et du "piquant". L'équilibre général est vraiment top, réussissant à rendre digeste un vin  concentré (mais pas lourd pour un sou).

La finale prolonge tout cela sans rompre le charme, avec encore plus de fraîcheur, de croquant, de fruit, et cette touche savoureuse de tapenade mâtinée de violette poivrée, signant la syrah septentrionale.  Mais aussi une touche mentholée qui renforce l'impression de fraîcheur. Un régal à l'état pur !  



Vendanges au domaine Champ des Soeurs


Les premiers raisins rouges

Voici plus d'un mois que les vendanges ont débuté, tous les blancs sont en cave et les premiers raisins rouges sont cueillis. 
La chaleur des dernières semaines s'est estompée, le thermomètre oscille maintenant entre 17 et 25°C. Le vent du nord a assaini le vignoble après les 20mm de pluie de la semaine dernière. Les raisins sont particulièrement beaux, ce sont maintenant les cuvées Bel Amant et La Tina que nous allons récolter. Il nous reste encore une dizaine de jours de vendanges.
L'ennemi le plus sournois est désormais la fatigue. Il ne faut certes pas lâcher mais un instant d’inattention peut être irréparable. Le plaisir, la joie, un brin de folie et les amis compensent pour l'instant ces trous d'air et nous permettent de passer au dessus de biens des problèmes.
Pour ceux qui le peuvent, venez goûter les jus au domaine avec les enfants. C'est toujours un instant magique de voir les plus petits tendre leur verre et le boire d'un trait. Je ne leur donne pas d’alcool, juste du jus de raisin frais, de Grenache ou de Carignan. Ce sont des souvenirs qui les accompagneront souvent toute leur vie.
À la prochaine


Laurent Maynadier

lundi 16 septembre 2019

Pignier 2018 : Poulsard ou Trousseau ?


Si nous avions déjà reçu le Poulsard 2018 de Pignier il y a quelques mois, le Trousseau est une nouveauté. Comme le domaine a eu la gentillesse de nous mettre une bouteille de chaque en échantillon, j'ai eu l'idée de les boire côte à côte, histoire de voir la différence. Sur d'autres millésimes, cela tenait surtout à une aromatique légèrement différente, mais sur 2018, c'est carrément deux mondes. Il suffit de regarder les robes sur la photo ci-dessus pour s'en rendre compte. La contre-étiquette, aussi : l'un titre 12.5 % d'alcool, l'autre 14 %. Je vous laisse deviner... 

Je précise que j'ai carafé/secoué les deux bouteilles, car elles contenaient du gaz carbonique. Mes notes ont été prises après cette aération énergique. 



Trousseau 2018 (24.90 €)

La robe est grenat sombre translucide.

Le nez  gourmand évoque la framboise et la mûre – version coulis – et les épices douces.

La bouche est ronde, ample, avec une matière dense au toucher soyeux qui vous tapisse le palais. Le fruit est bien présent, sous une forme bien mûre – sans tomber dans le surmûr – rafraîchie par un trait vert (rafle ?).

La finale est finement mâchue, avec un retour de la framboise et des épices. On enchaîne direct sur l'orange sanguine, qui apporte du peps et une belle amertume, avant de se prolonger sur sur des notes florales.


Poulsard 2018 (20.50 €)

La robe est claire, entre le grenat et le vermillon.

Le nez est un peu réduit/fermentaire, mais on sent derrière de la griotte, de l'agrume, de la framboise et du poivre. Puis arrivent des notes élégantes sur la fumée et le floral.

La bouche est sphérique, déployant avec grâce  une matière soyeuse et aérienne, caressante, exprimant un fruit pur et frais. Puis elle gagne un peu en densité et en allonge, vous filant un uppercut au fond de la gorge.

La finale est tonique et savoureuse, finement astringente, avec un fruit pétulant, vibrant, puis un chouette  mix rose fanée /orange sanguine qui vous fait penser à un vin d'E. Reynaud, prolongé par des notes poivrées

Personnellement, j'ai une grosse préférence pour le Poulsard, plus fin et aérien. Le Trousseau plaira à ceux qui trouvent que les rouges jurassiens manquent souvent de matière et de richesse : ils devraient être aux anges !

vendredi 13 septembre 2019

Domaine de l'Enclos : Chablis ou Petit Chablis ?


Pour l'instant, nous n'avons reçu que le Chablis et le Petit Chablis 2018 du Domaine de l'Enclos. Les premiers et grands crus ne seront disponibles que le mois prochain. Mais déjà, la tendance est donnée : ce n'est pas cette année que Romain et Damien Bouchard vont rentrer dans le rang et produire des vins qui ressemblent aux Chablis "traditionnels". Et je n'ose parler du Petit Chablis, carrément à l'antipode du genre, avec ses 14 % d'alcool. Le chiffre sur l'étiquette pourrait faire peur, mais en fait, c'est sacrément bien équilibré, sans la moindre note exotique. Pour les deux cuvées, nous sommes plus sur un style "Côte de Beaune" que "Mâconnais". 


J'en profite pour vous mettre une photo des vignes du Petit Chablis qui offre un joli point de vue sur Fourchaume (de mémoire). Quand on sait qu'elles ont pas loin de 40 ans, on ne peut pas dire qu'elles ont été bodybuildées aux engrais chimiques... 





Petit Chablis 2018 (14.90 €)

La robe est jaune paille, brillante.

Le nez est expressif, sur les fruits blancs mûrs (pomme, poire, coing), voire même la pomme tapée, l'agrume confit et le miel.

La bouche est ronde, ample, pulpeuse, avec l'impression de croquer dans le raisin frais, et un très bel équilibre au vu de la richesse de la matière. Celle-ci est dense, mûre, veloutée, avec un côté vineux rappelant certains champagnes.

La finale est intense, concentrée, avec une mâche crayeuse et un retour sur la pomme et le coing, une légère touche beurrée en bonus, suivie de notes citronnées nous baladant entre amertume et astringence, pour finir sur une touche fraîche et nette.  Un beau numéro d'équilibrisme !



Chablis 2018 (18.00 €)

La robe est jaune paille, brillante (pour l'instant, pas de différence...)

Le nez fait encore plus mûr que son petit frère – alors qu'il fait 1% d'alcool en moins – sur la pomme et le coing longuement confits au beurre, faisant plus penser à un Vouvray demi-sec qu'à un Chablis.

La bouche a plus d'ampleur et d'allonge, avec une matière plus aérienne et digeste – tout en déposant un subtil film gras sur les parois du palais. L'ensemble est tendu par une acidité arachnéenne, soutenue par un léger filet de gaz carbonique. Même si la maturité est évidente, c'est un sentiment de fraîcheur qui prédomine (très loin du traditionnel style chablisien, toutefois).

La finale élégante  prolonge cette impression, mêlant la pomme chaude au lemon curd, avec un prolongement sur de nobles amers (écorce d'agrume, quinquina) et des notes salines/crayeuses/épicées.

mercredi 11 septembre 2019

Un plant B de folie !


La Folle blanche a eu son heure de gloire avant l'apparition du phylloxera. Non greffée, elle était beaucoup moins sensible aux maladies. Alors qu'elle était la reine de Cognac, elle a dû céder son  trône à l'Ugni blanc, moins fragile... et beaucoup plus productif. Aujourd'hui, elle doit se contenter de jouer les seconds rôle * en pays nantais sous le pseudo de Gros plant. Faut dire que là-bas,  ils ne sont pas très exigeants : pour obtenir l'AOP, les vins doivent titrer entre 8.5 et 11 % d'alcool, avec la possibilité de chaptaliser. Vous comprenez : c'est tellement dur d'avoir naturellement un vin à 11 % d'alcool qu'un coup de pouce est le bienvenu !

Conscient que leur Plant B, vinifié sans soufre, ne rentrait pas trop dans la case habituelle du Gros plant, le domaine Bonnet-Huteau a choisi de suite de le commercialiser en Vin de France. Mais quand bien même il eût voulu, il n'aurait point pu : le vin titre 12 % !  Cette option était donc pertinente, d'autant que c'est tellement bon que ça ne mérite pas d'avoir l'AOP, plus dévalorisante qu'autre chose.

Pour moi, ce vin est LE prototype de ce que doit être la minéralité : beaucoup l'attribuent à des vins acides et tranchants, sans fruitComme le vin est inexpressif, on dit qu'il est minéral, et hopla ! Ici, l'acidité est imperceptible, et pourtant le minéral est omniprésent, me rappelant certaines eaux très chargées que j'ai pu boire en station thermale.

La robe est jaune très pâle aux reflets argentés. 

Le nez fin et frais évoque la groseille à maquereau, le citron pressé et le silex frappé. La bouche est à la fois ample et élancée, avec une matière dense, vineuse et sacrément minéral qui vous tapisse le palais,  tout en affichant une tension dynamique : ça trace droit et loin. 

La finale est intense et tonique, avec une belle mâche et  une salinité rarement rencontrée qui vous immerge totalement, accompagnée par la groseille et le citron. Émotion garantie !

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* Elle existe toujours sur Cognac et Armagnac, mais réservée à des cuvées d'exception


mardi 10 septembre 2019

Chakana : (re)découvrez l'Argentine !


Nous n'avions plus la possibilité de référencer les vins de la bodega Aniello qui faisait des vins formidables en Patagonie. D'une certaine façon, son importateur français s'est racheté en nous proposant ceux de Chakana. Ce domaine créé en 2002 est situé dans la plus classique région de Mendoza. Mais l'altitude élevée des vignobles – entre 950 et 1100 m – apporte un équilibre et une fraîcheur que l'on ne trouve pas souvent dans les vins argentin, grâce entre autres à une forte amplitude thermique entre le jour et la nuit. Par ailleurs, le domaine s'est converti à la biodynamie à  partir de 2012 et ses vins sont certifiés Demeter depuis 2014. Il fait un usage modéré du SO2, voire n'en utilise pas dans certaines cuvées. 

L'arrivée de ces trois vins est donc l'occasion de (re)découvrir les vins argentins, et de dépasser les clichés de vins lourds, très "travaillés" oenologiquement. On en est vraiment à l'antipode ! L'occasion aussi de découvrir deux cépages : le  Torrontés (blanc)  et la Bonarda (noire). Cette dernière provient de l'arc alpin et se trouve être la Douce noire qu'ont commencée à replanter des vignerons savoyards. Le monde est petit....


Torrontés 2018 (15.95 €)

100 % Torrontés - Sol sablonneux sur calcaire - 1100 m d'altitude

La robe est jaune très pâle, brillante.

Le nez est très sexy sans être vulgaire, sur la fleur d'oranger, la violette et l'abricot mûr.

La bouche est élancée, tendue par un fil invisible, et déployant une matière pulpeuse et fraîche, digeste, mêlant les notes florales et minérales.

La finale est plus intense et concentrée, avec une fine mâche et un retour de l'abricot et de la violette, pour se conclure sur le jasmin et des notes salines/crayeuses persistantes.


Sobrenatural 2018 (11.95 €)

100 % Bonarda. Sol sablo-limoneux sur socle  calcaire - 960 m d'altitude- Sans sulfites ajoutés

La robe est pourpre sombre translucide.

Le nez est frais et discret, sur les fruits noirs et des notes fermentaires.

La bouche est ronde, fraîche, fruitée, reposant sur une acidité tonique et une matière friande à l'accroche canaille.

La finale monte encore d'un cran dans la fraîcheur,  le fruit et l'accroche canaille, sur la myrtille et la cassis, et une persistance affirmée sur des notes crayeuses.




100 % Malbec. Sol calcaire - 960 m d'altitude - Vinification et élevage en cuve  béton

La robe est grenat sombre translucide aux reflets violacés.

Le nez est gourmand, sur le coulis de fruits noirs et les épices douces, avec une pointée lactée.

La bouche est ronde, ample, veloutée, avec une matière à la chair dense, fruitée, aux accents minéraux affirmés.

La finale poursuit dans cette minéralité, tout en affichant un fruit savoureux, avec une persistance sur des notes plus confites/épicées contrebalancées par le crayeux.

vendredi 6 septembre 2019

Pécharmant : time, it needs time.. *


Oui, encore un vin de Barouillet... Allez, je vous parle de celui-ci, et après, je vous laisse tranquille durant quelques mois. Je ne vais pas y aller par 4 chemins : ce Pécharmant 2017 est le meilleur que Vincent Alexis ait produit depuis que je le connais (le Pécharmant. Mais Vincent Alexis, ça marche aussi, en fait). Mais ne vous précipitez dessus que pour l'acheter, pas pour le boire. Vous risqueriez d'être déçus. Car ce que j'aime dans ce vin, c'est son potentiel. Pour l'heure, les deux Cab's (Sauv' et Franc) affichent leur mine austère, mais quand ils vont se réveiller (on va dire à partir de 2025), je pense que ça va faire mal.  À 10.50 € la bouteille, l'immobilisation financière n'est pas réservée au CSP+.  Et je prends le pari que ce vin n'aura rien à envier à une jolie quille de la rive gauche (je vais aussi en mettre 6 de côté. Comme ça, je ferai aussi l'expérience). 

La robe est  grenat sombre translucide aux reflets légèrement violacés.

Le nez est plutôt austère, sur les fruits noirs (cassis, prunelle), le poivron passé sous le grill et la feuille de menthe froissée.

La bouche est élancée, tendue par un fil invisible que l'on ne devine que par la matière soyeuse qui l'enrobe. Là aussi, c'est austère, mais à la façon d'une toile de Soulages : pureté, élégance, profondeur.


Et comme les toiles peintes par Soulages il y a plusieurs décennies, cela devrait vieillir admirablement. L'aromatique va  certainement partir sur la truffe, la boîte à cigare, le bois précieux... tout en gardant cette structure fine et élégante.

La finale dévoile une mâche crayeuse sur le cassis, le poivre et le graphite, et persiste sur le cèdre et le menthol. On n'est toujours pas dans le fun, mais se projeter il faut.  "Time, it needs time" chantait le poète...*

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* la personne qui trouve d'où ça vient sans googliser a gagné ...  ma considération et une bébête qui pique ;-)


jeudi 5 septembre 2019

Top moumout' !


Je vous ai déjà parlé de deux muscadets 2018 de la Pépière : le Sèvre et Maine et les Briords. Je les avais trouvé moins vifs que d'ordinaire, mais  présentant tout de même une bonne fraîcheur. On va dire que c'est un peu la même chose avec Les Gras Moutons, si ce n'est que je le trouve plus "prêt à boire" que ses deux camarades. Dès aujourd'hui, c'est une p'tite bombe. On peut même se demander s'il pourra être meilleur plus tard*. 

La robe est jaune pâle aux reflets argentés.

Le nez est gourmand, sur l'ananas frais, la pomme chaude beurrée et la fleur d'acacia (enfin le faux).

La bouche est ronde, (très) ample, éclatante de fraîcheur, éparpillant dans le moindre recoin de votre palais une matière croquante, friande, exprimant un fruit bien mûr – mais pas trop. Un très léger perlant apparaît avec l'aération et le réchauffement, renforçant encore l'impression de fraîcheur. L'équilibre général est juste parfait, même si des esprits grincheux trouveront qu'il n'a pas le mordant d'un Muscadet de comptoir. On peut seulement lui reprocher sa gourmandise et sa buvabilité,  n'incitant pas vraiment à être raisonnable. 

La finale tonique mêle subtilement l'amertume et l'astringence du citron, sans la moindre agressivité. L'astringence finit par l'emporter, avec une mâche finement crayeuse, soulignée par des notes salines persistantes.

On a dépassé maintenant de peu (50ct)  la barre des 10 €, mais franchement, je ne connais pas beaucoup de vins blancs qui présentent autant de qualité à ce prix. Il ne faut pas hésiter trop longtemps, car nous n'en recevons pas des quantités illimitées... 

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* Je suis persuadé en fait du contraire : encore faut-il ne pas y toucher jusqu'en 2030, ce qui demande une volonté presque inhumaine. 






mercredi 4 septembre 2019

Vinus maximus !


Lorsqu'un vin est présenté par Vincent Pousson, je ne vois pas trop l'utilité de le paraphraser : non seulement je n'écrirai jamais aussi bien que lui, mais j'avoue ma connaissance limitée du domaine Borie de Maurel, avec qui il est profondément lié. Je lui laisse donc la parole : 

"Maxime, c’est la puissance contenue, la force intérieure, une noblesse sans affectation. Taiseux mais formidablement profond, structuré mais incroyablement velouté, le mourvèdre, enfant du Levant, pendant méditerranéen du cabernet-sauvignon, compose intégralement cette cuvée. Mais pour que ce cépage sorte de son mutisme pour exprimer toute son énergie, il faut qu’il rencontre un terroir à sa mesure ; en l’occurrence, un cirque d’argiles fines et sableuses lové dans les garrigues, exposé sud-ouest et posé sur un lit épais de roches gréseuses concassées. Il lui fallait aussi de vieilles vignes, maintenues à très bas rendements, une vendange manuelle avec égrappage, une longue cuvaison de 20 à 45 jours."

Pour la dégustation, je reprends la main, parce qu'il faut bien que je bosse un peu. Et puis mon avis est spécifique au millésime (2016) alors que l'avis de Vincent est plus général. 

La robe est pourpre violacé très sombre, faisant songer à nos encriers de l'école primaire – oui, j'ai appris à écrire avec une plume ... vite remplacée par un Bic. 

Le nez a ce côté "brun ténébreux", mêlant sans ostentation le coulis de cassis, le graphite, l'encre (encore) et le Cachou– vraiment régressif, ce Maxime !. En tout cas, dès le nez, la promesse poussonienne est tenue : il y a de la profondeur, de la force intérieure et du taiseux. 

La bouche est de grande ampleur, déroulant – presque gravement, sans se précipiter – une matière dense au toucher soyeux qui prend possession de tout votre palais.Elle est mue par une énergie semblant venir des profondeurs de la terre – tellurique, en un adjectif–  et qui vous submerge progressivement, vous noyant de bonheur. 

La finale est puissante et concentrée, avec une mâche savoureuse autour du cassis et de la réglisse, et une longue persistance  sur des notes salines et résineuses (garrigue). 

Du  très bel ouvrage, à la fois sobre et majestueux, et une lecture du mourvèdre que je n'ai que rarement rencontré, plus dense qu'un Enclos du Terrasse d'Élise, mais beaucoup plus sensuel que la plupart des Bandols.

Et le prix, allez-vous me demander ? Eh bien, ce n'est pas spécialement donné (19.50 €). Mais je pense que ça les vaut largement. Peu de vins de ce prix offrent autant de plaisir et de sensations.  Il les vaudra encore plus si vous l'encavez quelques années : la palette tertiaire promet d'être magnifique. On devrait alors avoir quelque chose qui ressemble à un grand vin .

PS : rien que 15 h plus tard, le nez offre plus de complexité, avec l 'arrivée de la violette et de la truffe, et un cassis qui se présente plus confit.


mardi 3 septembre 2019

LBV, plusieurs mois après l'ouverture


J'ai vaguement fait allusion à ce vin lors de mon précédent billet. Je n'ai pas ouvert cette bouteille ces derniers jours .... mais au mois de mai. Ou d'avril, je ne sais plus trop. Ça fait longtemps, quoi... Mon idée de départ était de faire, deux ans après sa sortie, un point sur ce LBV 2015. J'espérais qu'il avait évolué depuis 2017, et gagné en complexité (qu'il fasse moins "bombasse"). En fait, pas du tout : j'aurais pu faire un copié-collé de que j'avais écrit en 2017.  J'avais donc refermé la bouteille, et laissée dans un coin ... jusqu'à vendredi dernier. Nous étions en train de faire déguster des vins à un client. Et j'ai aperçu ce LBV planqué dans son coin. "Et si on goûtait ça ? ai-je proposé. J'ai d'abord servi de cobaye, et vu ma mine réjouie, les autres en ont voulu aussi :-)

La robe est d'un or intense (mais pas plus qu'à l'ouverture – pas de trace d'oxydation).

Le nez est tout intense, et d'une complexité folle : agrumes confits, pralin, miel, caramel au beurre salé, crème brûlée, pain grillé... On ne se lasse pas de le humer; et de le humer encore. 

La bouche allie ampleur et tension, avec une matière mûre/riche  au toucher au moelleux qui se fait aérienne et enveloppante, et une fine acidité quasi imperceptible qui trace loin et droit. Cet ensemble harmonieux envoie malgré tout du lourd, car il est d'une grande puissance aromatique – sur les notes perçues au nez, avec une dominante des notes caramélisées, grillées et pâtissières.

La finale est un résumé du reste en plus concentré encore, avec un retour intense de l'agrume confit pour rafraîchir et tonifier tout ça, et une persistance sur la crème catalane et la brioche toastée.  D'la bombe !



vendredi 30 août 2019

Bergecrac blanc : une grande réussite !


Ce matin, j'avais prévu de vous parler d'une bouteille que j'ai ouverte au printemps dernier ... et que j 'ai bue hier : elle était meilleure au bout de 4 mois ! Et puis, à 9h05 du matin, une palette provenant du Ch. Barouillet est arrivée, avec à son bord le Bergecrac 2018 – il y avait aussi le Pécharmant 2017, mais je vous en parlerai une autre fois. À peine photographiée pour la fiche du site, la bouteille a été placée au frigo une vingtaine de minutes, puis ouverte. Cette cuvée étant l'un des blancs les plus populaires du site – faut dire qu'à 8.50 €, c'est une affaire –  je ne peux pas ne pas le déguster. Est-ce l'effet millésime ? Est-ce le savoir-faire toujours grandissant de Vincent Alexis ? Toujours est-il que c'est certainement le meilleur Bergecrac blanc que j'aie jamais bu !

La robe est or clair, brillante. 

Le nez évoque la pomme chaude, les fruits exotiques (ananas/passion), tout en étant rafraîchi par le zeste d'agrume et une pointe terpénique/résineuse. 

La bouche est vive, élancée, tonifiée par une fine acidité et un subtil perlant, avec une matière ronde, à la chair croquante/friande, alliant gourmandise et digestibilité. Le genre de vin que l'on boirait jusqu'au bout de la nuit (mais raisonnable vous serez...).

Le meilleur reste à venir dans la très belle finale qui réunit le meilleur de la Loire et du Sud-Ouest : on a l'amertume inimitable du chenin, le toucher crayeux du calcaire bergeracois, le pomelo/fruit de la passion du sauvignon, et toujours ce bon goût de pomme chaude, légèrement beurrée, pour finir longuement sur des notes salines/crayeuses/épicées. On se régale !

Alors certes, les quantités allouées sont nettement plus importantes que les cuvées domaine de  Ganevat ou de Pierre Ménard. Mais nous finissons toujours par manquer de Bergecrac 2018 au bout de quelques mois. Ne reportez donc pas trop longtemps votre projet d'achat, sous peine de le regretter (à raison !). 



jeudi 29 août 2019

La potion de Marcel : involontaire hommage au Bordelais ?


J'avais prévu de vous parler hier de cette Potion de Marcel, et non des deux Cantina di Torra. Problème :  lorsque je l'ai ouvert avant-hier à 16h30,  j'ai trouvé qu'il était totalement fermé. Il  n'était pas possible d'en dire quelque chose de valable. J'ai donc laissé la bouteille s'aérer durant 24 h dans la zone la plus fraîche de l'entrepôt (14 ° C) sans la reboucher. Hier à 16h30, je la récupère et met le nez au-dessus du goulot : on dirait un Bordeaux de la rive gauche (dominante cabernet sauvignon) alors que cette cuvée est théoriquement à l'antithèse de ce qui se fait entre Léognan et Saint-Estèphe : il doit y avoir une douzaine de cépages, blancs, gris et rouges, joyeusement assemblés dans la même amphore, peaux incluses. On devrait être dans le baroque, le tout-fou. Eh bien non, pas du tout. Ce vin dégage du sérieux, du grave(s), même. Sans doute trop pour certains qui ont une vision fun du vin. Perso, j'aime beaucoup, mais je reconnais avoir eu le palais déformé par les GCC médocains ;-)

La robe est grenat sombre translucide aux reflets légèrement évolués.

Le nez est fin, frais, profond, sur le cassis, le cèdre et la cendre, avec une pointe de graphite et de menthol.

La bouche est élancée,  comme étirée par un fil invisible, déployant une matière d'une impressionnante concentration, tout en jouant l'élégance grâce à sa fraîcheur aromatique et à ses tanins polis par le temps et l'élevage. L'ensemble est harmonieux, dans un style très cistercien qui ravira les esthètes et risquera d'emm... les autres.

La finale poursuit dans la même dynamique tout en accentuant les tanins, mais aussi la fraîcheur mentholée, avec un come-back expressif du cassis et du cèdre, suivi d'une belle persistance sur le cigare et la menthe. 

Allez, je regoûte une dernière fois maintenant à 10 h du mat', avant de publier ce billet (dur métier...) : le nez gagne en expressivité, avec plus de fruits noirs (cerise, myrtille) et même un peu de floral. La bouche a gagné en ampleur, en soyeux, et en souplesse. Le fruit se fait plus gourmand. Les tanins sont plus discrets en finale, avec une palette aromatique plus fondue (avec un peu moins de caractère). Un client l'a goûté une heure plus tard : il a adoré le nez et beaucoup aimé la bouche (sans savoir ce qu'il était en train de boire).

Donc, au final, selon le vin que vous voulez avoir, il faut l'aérer plus ou moins longtemps. Un carafage accélérera les choses, mais j'aime bien donner du temps au temps, comme disait un président du siècle dernier. 


mercredi 28 août 2019

Cantina di Torra : deux lectures du même terroir


Il y a deux ans, je vous avais  parlé du Cantina di Torra blanc 2016 dont la température de service n'était pas évidente à gérer du fait de son degré élevé. À l'époque, le rouge ne se goûtait pas très bien. J'avais préféré ne pas l'évoquer. Les 2018 reçus il y a peu, même s'ils gagneront à vieillir 3 à 5 ans, sont déjà accessibles. Les degrés sont nettement plus raisonnables (12.4 % pour le blanc, 12.7 % pour le rouge) et je ne peux que vous inciter à reproduire l'expérience que j'ai faite hier : à savoir les boire côte à côte, en n'hésitant pas à passer de l'un à l'autre, et inversement. Non seulement les deux le supportent sans problème, mais l'opération leur est bénéfique. 

J'avais démarré par le rouge, car le blanc faisait un court séjour au frigo. Sur le moment, je ne l'ai pas trop compris, ne le trouvant pas en place, avec des tanins qui ressortaient un peu trop à mon goût. Et puis j'ai goûté le blanc : j'ai été surpris par la densité crayeuse de la matière, assez rare pour un "non orange", mais c'est tellement harmonieux; évident, que ça passe tout seul. Une fois mon commentaire écrit, je suis repassé au rouge ... et j'ai en fait retrouvé exactement la même structure que le blanc : ce que je prenais pour des tanins mal intégrés était la "minéralité crayeuse" du vin. Les ressemblances ne s'arrêtaient pas là : on retrouvait dans les deux des notes de résine et de garrigue, probablement dues à la flore locale dont les essences sont volatiles. En repassant de l'un à l'autre, on voyait bien qu'ils parlaient du même lieu, du même millésime, les cépage devenant presque secondaires*. Une fois que vous avez intégré cette grille de lecture, votre rapport avec ces deux vins se modifie, et vous y prenez beaucoup plus de plaisir, qu'il soit physique ou intellectuel. 




100 % Vermentino

La robe est jaune paille, brillante.

Le nez est fin, aérien, sur les fruits blancs mûrs, la fleur d'acacia et le lemon curd.

La bouche est ronde, enveloppante, déployant une matière à la chair dense, finement astringente, reprenant l'aromatique perçue au nez, complétée par des notes plus minérales. Il s'en dégage une force tranquille, une zénitude, avec cette impression que le temps se ralentit, allant presque jusqu'à s'arrêter.

La finale gagne encore en concentration et en intensité, avec une – belle –  amertume qui se renforce, sur des notes de citron et de résine, avec l'impression prolongée de sucer une craie...



100 % Nielluciu

La robe est grenat translucide, aux reflets violacés.

Le nez est plutôt discret, sur des notes de fruits rouges confits, de garrigue et d'eucalyptus.

La bouche est élancée, étirée par une très fine – mais intense– acidité qui fait office de colonne vertébrale ... et de moteur. La matière est ronde,  ample, veloutée, avec le même toucher crayeux./astringent que le blanc, et un fruit élégant, également disputé par le minéral.

La finale, à l'instar du blanc, gagne en concentration et intensité, avec un crayeux encore plus marqué et un fruit pur, vibrant qui monte crescendo et persiste sur des notes acidulées et résineuses (entre griotte, citron et ciste).

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*Cela, je l'avais déjà constaté grâce à des producteurs bourguignons qui avaient eu l'intelligence de garder quelques parcelles de pinot noir à Chassagne-Montrachet : lorsque vous passiez du blanc au rouge issu de la même parcelle, vous étiez frappé par leurs ressemblances  

mardi 27 août 2019

Quelle couleur pour votre Tracteur ?


L'année dernière, nous n'avions reçu que les Tracteurs rouge et blanc de Thomas Finot. Cette année, le rosé vient compléter la gamme chromatique [en fait,  il en avait déjà produit en 2016, mais n'avait pas pu réitérer en 2017 à cause du gel printanier]. Les assemblages 2018 diffèrent de 2017, particulièrement pour le blanc : on passe de 60 % Chardonnay, 30 % Pinot gris, 10 % Jacquère à 80% Jacquère et 20 % Chardonnay. Autant dire que le profil est assez différent, et plus typé "vins des Alpes". En rouge, le Merlot et le Gamay cèdent du terrain au Pinot noir et au Persan, sans disparaître toutefois. Enfin bref, même si les étiquettes sont les mêmes que l'année dernière, nous n'avons pas du tout affaire aux mêmes vins (qui étaient très sympas, au demeurant). 

Il ne reste plus qu'à enfiler la combinaison, et à chevaucher le(s) tracteur(s). 



80% Jacquère et 20 % Chardonnay

La robe est jaune pâle, brillante. 

Le nez est gourmand, sur la pomme fraîche, avec une touche miellée et une légère pointe fumée. 

La bouche est ronde, fraîche, désaltérante, avec une matière friande, digeste, limpide, et une fine acidité apportant une juste tension. 

Celle-ci ressort un peu plus en finale, soulignée par une amertume tonique et une délicieuse astrigence, sur des notes fruitées (pomme) et salines/épicées. 

Un profil très savoyard dans la fraîcheur et la digestibilité, arrondi par le Chardonnay. Super rapport qualité/prix !



100 % Gamay

La robe est entre le pétale de rose et l'oeil de perdrix. 

Le nez n'est pas très causant (réduction ?), hormis des notes tourbées/fumées qui évoquent un Islay. Une fois aéré, ces notes disparaissent, laissant place à la gelée de groseille et aux épices.

La bouche est ronde, de belle ampleur, avec une matière pulpeuse et croquante, digeste (10.5 % d'alcool !),  toujours sur cette aromatique fumée, complétée par la griotte. 

 La finale est finement mâchue, dominée par  la cerise acidulée, avec une persistance agréable sur le noyau. 

Un rosé assez atypique, tout sauf gnangnan, sans la moindre note amylique ... qui pourrait plaire à ceux qui détestent normalement les rosé !



35 % Gamay, 35 % Pinot noir, 20 % Persan, 10 % Merlot

La robe est grenat translucide. 

Le nez est très expressif, sur des notes fruitées (framboise, cerise), florales (pivoine, violette) et épicées (poivre, cannelle).  La bouche est ronde, ample, avec une matière fine et soyeuse, et un léger perlant en arrière-plan qui amène acidité et  fraîcheur. Si l'on élimine celui-ci (secouage énérgique), le vin devient plus élégant et aérien – mais moins canaille. Dans les deux cas, le fruit est pur et omniprésent, soutenu par des arômes de noyau de cerise. 

La finale est savoureuse, avec une intensification de la matière, du fruit et des épices,  un retour de la framboise et du poivre, et une persistance sur le noyau (ben oui, encore). 

Un bien joli vin,  qui ne se contente pas d'être gourmand : il a de belles choses à raconter grâce à un assemblage assez unique en son genre. Là aussi, super rapport qualité/prix !


lundi 26 août 2019

Thévenet : Morgon ou Morgon ?



Jean-Paul et Charly Thévenet font partie d'un groupement de producteurs "bio" avec qui nous travaillons  très régulièrement. Cela nous permet de commander juste quelques cartons, histoire de voir si les clients sont intéressés ... ou non. Et puis de goûter, tant qu'à faire – même si je préfère le faire avant de les référencer. Mais la vie n'est pas toujours aussi simple. 

Le domaine n'est pas certifié bio, tout en expliquant un peu partout qu'ils n'utilisent aucun produit de synthèse dans les vignes ni d'intrants au chai. Nous sommes prêts à les croire, mais nous n'ajouterons pas comme certains confrères un logo bio dans les fiches des vins. Les cavistes ne sont des certificateurs.

J'ai donc goûté les deux cuvées vendredi après-midi. Au moment de l'ouverture, je n'ai pas plus été enthousiasmé que cela. Mais deux heures plus tard, le  "Vieilles vignes" était totalement transcendé – ma description date de ce moment-là.  Quant au Morgon, je n'ai pas constaté  de suite une évolution. Par contre, trois jours plus tard, il avait très positivement changé – même si le vin de départ était loin d'être mauvais, hein. 



Morgon 2018 (16.50 €)

La robe est grenat translucide tirant vers le violacé. 

Le nez est fin, sur la cerise et la framboise, avec une pointe amylique et un trait de vert (rafle). La bouche est ronde, ample, avec une matière plutôt fine qui vous accroche le palais d'une façon enjoleuse. Le fruit est bien présent, sous une forme agréablement patinée – qui repose des vins plus primaires – accompagné par le noyau et les épices.  

On retrouve l'accroche en finale d'une manière plus soutenue, soulignée par des tanins mûrs : loin d'être agressif, cela vous fait claquer la langue de plaisir, avec ce goût de reviens-y... 

Regoûté le lundi matin, le vin a perdu ses notes amyliques. La bouche est maintenant soyeuse, sans accroche, avec plus de tension et de "minéralité". Y a du vin !



La robe est grenat translucide. 

Le nez est élégant, sur des notes de fleurs et d'encens, de cerise bourguignonne, et une pointe de tabac blond. 

La bouche est à la fois ample et élancée, avec une matière soyeuse qui vous enveloppe sensuellement le palais, et une tension surgie de nulle part qui vous embarque et ne vous lâche plus. Les deux cohabitent magnifiquement, amenant le dégustateur dans une félicité rapidement contagieuse – vous voudriez le faire goûter à la terre entière ! 

Cette tension se poursuit en finale sans le moindre relâchement, avec une matière qui se resserre fugitivement avant d'entamer une expansion qui vous donne une idée de l'infini – et  une élégance toute en dentelle. Le Gamay dans ce qu'il peut avoir de plus classe. Je crois que je vais en encaver,  de celui-là !

vendredi 23 août 2019

Reder : un sacré trio !


Il y a quelques jours sont revenus les vins d'un domaine historique de Vins étonnants, les Hautes-Terres de Comberousse. Ils font une jolie piqûre de rappel sur ce qu'était la mission initiale de notre site :  proposer des vins qui sortent de l'ordinaire, que ce soit par les cépages utilisés ou les vinifications. Par exemple, le Grigri est issu à 100 % de l'Aramon gris, un cépage quasi-disparu Quant aux blancs, on ne sait pas trop comment Paul Reder s'y prend, mais ils ne ressemblent pas du tout aux vins languedociens habituels : on se balade plutôt entre Jura et Roussillon (rancio sec). Enfin, voilà, vous êtes prévenus : si vous êtes à la recherche de vins classiques et rassurants, passez votre chemin. Nous sommes aujourd'hui dans l'extra-ordinaire.


Grigri 2016 (7.90 €)

100 % Aramon gris (sélection massale)

La robe, pas vraiment rassurante, est entre le vermillon tuilé et l'orangé, légèrement trouble. 

Le nez est appétant, sur la griotte fraîche et la grenadine, et une pincée d'épices. 

La bouche est ronde, fraîche, avec une très fine acidité amenant du peps,  et un fruit éclatant, vibrant – griotte à donf  – qui illumine votre journée. 

La finale prolonge le plaisir, renforcée par une astringence canaille et acidulée, toujours sur la griotte fraîche. Que c'est bon !

Il peut se boire pour lui-même ou accompagner un pique-nique ou casse-croûte, avec salades,  cochonnailles, pizzas...  


Sauvagine 2016 (8.90 €)

75% de Grenache Blanc, 25% de Rolle 

La robe est dorée, brillante. 

Le nez est intense, sur la pâte de coing, la pomme séchée, la noix grillée et le fénugrec (sotolon power !). 

La bouche est ronde, charnue, pulpeuse, soutenue par une fraîcheur étonnamment tonique pour un "vin du sud", avec toujours cette palette aromatique oxydative "ménagée". 

La finale Triple A+ peut faire penser à un vin orange par son Astringence et son Amertume marquées (on croque dans l'écorce de citron) et une Acidité qui se prolonge longuement, soutenue par une palanquée d'épices et la noix grillée. 

Ce vin sera parfait avec un tajine, un couscous de la mer, des pâtes dures, voire seul en digestif en fin de repas.



Roucaillat 2016 (12.95 €)

50 % Roussanne, 25 % Rolle et 25 % Grenache Blanc

La robe est or pâle, trouble si l'on oublie de stocker la bouteille debout 24 h avant de l'ouvrir (il y a du dépôt...). 

Le nez est fin, atypique sur l'arachide grillée, la pomme séchée et le curry. La bouche est vive, tendue, avec une acidité percutante – mais pas agressive – qui trace sévère. Elle est enrobée d'une matière ample, à la fois dense et digeste, alliant l'acidulé et l'astringence du citron à des notes finement oxydatives [ à ce stade, on partirait à l'aveugle sur un savagnin jurassien). 

La finale est dominée par l'acidité qui poursuit son chemin, renforcée par des amers (quinquina, pomelo), sur un fond d'agrume frais et d'épices grillés. 

À utiliser comme un vin du jura oxydatif, en utilisant une partie de la bouteille pour la sauce : coq au Roucaillat, boîte chaude au Roucaillat, vieux comté...  


jeudi 22 août 2019

Tout Meyer, ou presque


S'il est des vignerons qui produisent d'année en année des vins qui se ressemblent plus ou moins – il y a l'effet millésime, tout de même – Patrick Meyer a le don de surprendre : on ne sait jamais trop ce que l'on va avoir dans les bouteilles, même si les noms des cuvées restent les mêmes. Comme le style est plutôt borderline, on va dire, le problème est de savoir si l'on est du bon ou du mauvais côté de la force. Au vu des différentes cuvées dégustées, je dirais que 2018 est une année très réussie pour le domaine, retrouvant un style que  j'avais beaucoup apprécié il y a 4-5 ans. 

Voici donc la revue des différentes cuvées...



La robe est jaune paille brillante, avec des fines bulles éparses. 

Le nez est gourmand, sur les fruits blancs mûrs (pomme, poire, coing), l'écorce d'orange séchée et les épices. La bouche est ronde, éclatante de fraîcheur, alliant une matière finement amère et désaltérante à des bulles toniques et crépitantes. L'aromatique est subtilement oxydative, rappelant certaines cuvées champenoises. 

La finale est énergique, dans un registre Triple A : fine Acidité traçante, Amertume et Astringence de l'écorce de citron, avec une persistance sur le coing, la pomme chaude et les épices. 


Nature 2018 (10.95 €)

La robe est jaune paille, légèrement trouble. 

 Le nez est aérien, sur la pomme tapée, le cidre, et une pointe de  fumée. 

La bouche est ronde, croquante, avec une matière dense et charnue, finement tannique, marquée par les fruits blancs rôtis au beurre. 

La finale gagne encore en tannicité – sans devenir dure –  sous la forme d'une mâche crayeuse, et exalte la pomme chaude et les épices qui persistent agréablement.  



La robe est or pâle, brillante. 
Le nez est expressif, sur l'agrume confit, la pomme chaude et une pointe de volatile qui apporte de la fraîcheur et de la tonicité. 

La bouche est vive et longiligne, tendue par une acidité traçante qui se prolonge au-delà même de la finale. Elle est enrobée d'une matière ronde et mûre à la chair dense, partagée entre le fruit (pomme, coing) et les saveurs plus minérales. 

Ces dernières s'intensifient en finale – notes crayeuses et salines –  tout en n'abandonnant pas les fruits blancs, avec toujours l'acidité en fil conducteur, soulignée par une astringence évoquant l'écorce d'agrume. 



La robe est dorée, légèrement trouble. 

Le nez est puissant et profond, mêlant l'écorce d'orange, les fruits exotiques séchés (ananas, mangue) et la pierre chauffée au soleil. 

La bouche est élancée, tendue par un fil invisible et déployant une matière dense et mûre, tapissante. Elle est d'une grande intensité aromatique, dans le registre perçu au nez, immergeant totalement le dégustateur dans des notes exotiques et minérales. 

La finale prolonge les sensations sans le moindre-à coup, se contentant juste d'intensifier l'amertume (quinquina, bigarade) et l'astringence (pomelo, citron), rendant le vin plus salivant et appelant une nouvelle gorgée.



La robe est d'un or intense, translucide et brillante. 

Le nez est très expressif, sur l'abricot sec, la mirabelle confite, le miel et une touche résineuse. La bouche est ronde, charnue, avec une matière dense, pulpeuse, d'une grande puissance aromatique, mais aussi pleine de fraîcheur et de sève (et toujours ce côté résineux). 

La finale est intense, tonique et tannique, avec ce mix fruits jaunes secs/confits et de notes résineuses. Un vin passionnant et très interpellant !



Le nez est vif, sur la griotte confite, la quetsche et une pointe d'acidité volatile. 

La bouche est à la fois ronde et tendue, avec une fine acidité qui étire le vin, et une matière charnue, veloutée, légèrement tannique, au fruit bien expressif (volatile peu présente, pour le coup). 

La finale possède une mâche gourmande, finement crayeuse, sur des notes de cerise confite et d'épices et une persistance saline. 



La robe est d'un or intense, très légèrement trouble. 

Le nez est tout aussi intense, sur des notes muscatées, florales (rose, jasmin) et épicées (souk oriental). La bouche est élancée, avec une matière mûre, aérienne, au toucher moelleux qui vous enveloppe le palais. L'aromatique  muscatée/florale est omniprésente, tout en réussissant à ne pas en faire trop. 

La finale  mêle subtilement fine astringence et noble amertume, sur des notes de rose et d'abricot sec, et une persistance sur les épices 



La robe est d'un or intense, brillante. 

Le nez est fin, profond, sur les fruits jaunes confits, la rose et les épices douces. La bouche est ronde, ample, aérienne, avec une matière douce, évanescente – à la limite du gazeux comme sait si bien le faire Patrick Meyer – vous donnant plus l'impression d'être immergé dans le vin que de le boire. L'aromatique est à l'unisson, toute en délicatesse. 

La finale, même si si elle plus affirmée, reste dans un registre suffisamment subtil, aérien, pour ne pas rompre le charme, avec une grande palette d'épices et de fleurs séchées qui persiste, histoire de vous rappeler que vous n'avez pas rêvé. 


LouLou 2018 (16.50 €)

La robe est entre le vieux rose et le grenat, légèrement trouble. 

À l'ouverture, le vin est réduit, demandant un carafage énergique de quelques minutes. Après avoir laissé reposé ensuite la carafe durant un quart d'heure, le nez est très fin, sur des notes florales (pivoine, rose fanée), de petits fruits rouges confits , d'orange sanguine et de sous-bois automnal.  

La bouche est ronde, très ample, avec une matière douce, aérienne, enveloppante, qui transforme votre palais en cocon rassurant. Elle exprime un fruit d'une grande pureté qui vous envahit totalement, avec ce sentiment d'immersion déjà ressenti avec les Pucelles. 

La finale pinotante (cerise, rose, poivre, humus) est plus terrienne, avec une légère accroche canaille qui vous fait retourner dans le monde réel,  mais elle est d'une telle gourmandise que vous n'aspirez qu'à la prochaine gorgée. 



La robe est grenat légèrement trouble. 

Le nez est réduit au départ, puis s'ouvre sur la cerise, la rose et la terre fraîchement retournée. 

La bouche est ronde, ample, caressante, avec une matière très finement veloutée et un fruit croquant et pur. Signalons un léger perlant qui disparaît à l'aération. 

La finale est finement mâchue, sur la griotte fraîche, l'orange sanguine et les épices.