mercredi 17 septembre 2014

L'espagne comme vous ne l'avez jamais bue


D'une façon générale, le Français est persuadé que tous les vins du Sud de l'Europe sont trop riches pour son palais délicat. En fait, ce n'est quasiment jamais le cas avec les vins italiens – y compris les plus méridionaux comme ceux de Sicile – et loin d'être systématique en Espagne (mais tout de même nettement moins rare qu'en Italie). Avec le cépage Mencia cultivé dans la région de León, nous sommes à l'antithèse totale de l'image que l'on a du vin espagnol. Contrairement à ce qui se fait dans la Rioja ou en Ribera del Duero, les longs élevages en fûts de chêne américain sont peu fréquents. Au contraire, on y  pratique plutôt des élevages courts en cuve pour préserver le fruit et la fraîcheur. Et ce cépage, cultivé sur des sols schisteux/sableux à 500-700 m d'altitude n'en manque pas. Bref, au risque de me faire houspiller par les puristes, on pourrait dire que le Mencia – qui est aussi bien un cépage qu'une appellation –  est un peu le "Bourgogne" espagnol (sauf que c'est meilleur. Aïe, pas frapper)


Grégory Perez (à gauche) est natif de Bordeaux. Il a rencontré sur les bancs de l'école d'oenologie Eduardo Garcia, le fils du vinificateur de Vega Sicilia, Mariano Garcia. Au début des années 2000, il collabore avec ce dernier pour produire le must de l'appellation Bierzo, Paixar. On est alors à l'époque des vins sur-concentrés et boisés. Le jeune oenologue finit par s'en lasser et décide d'acheter 5 ha en Bierzo pour produire son propre vin, avec l'idée de privilégier le fruit et l'expression des cépages locaux (levures indigènes, cuve, travail des sols).



La cuvée Brezo est issue de raisins qu'il a acheté chez des voisins et qu'il a vinifiés (afin d'avoir un plus gros volume de vins à vendre). Elle provient de vignes âgées de 30 à 60 ans, sur des sols schisteux et sablo-argileux à 550 m d'altitude. Elle est vinifiée et élevée sur lies en cuve inox. 

Robe violacée sombre, plutôt opaque.

Le nez est réduit à l'ouverture. On ne peut pas dire que ça sente mauvais, mais on n'éprouve aucune plaisir mettre le nez au dessus du verre. Donc pour une fois, j'ai carafé. Au bout de trois heures, il avait changé du tout au tout : cerise noire, noyau, havane, pain (de campagne) grillé, terre fraîchement retournée (style Bourgogne)

La bouche est d'une grande ampleur, véritablement sphérique, avec un fruit d'une grande évidence, une matière soyeuse et sensuelle, de la tonicité, et surtout une p... de fraîcheur (sans que l'acidité se ressente).

La finale est gourmande, sur un mélange de cerise et de terre, très finement mâchue, persistant longtemps sur des notés épicées et minérales.

Une bien belle découverte que ce Brezo. Ca donne vraiment envie de connaître le reste de la gamme :-)