mardi 19 juin 2018

Cinsault seriously cool : la patience finit par (bien) payer !


Ce Cinsault by Waterkloof * est un vin qui a demandé beaucoup de patience. J'aurais dû m'en douter : c'était marqué Seriously cool sur l'étiquette. Il faut en effet être seriously cool pour ne pas benner la bouteille au bout de plusieurs dizaines d'heures de mutisme. J'vous raconte

Je l'ai donc ouvert mardi 12 juin, en même temps que le Pinot noir patagonien et le f...  Merlot américain dont je vous parlais ICI. Au départ, j'avais prévu un trio. Mais ce Cinsault était tellement inexpressif au nez que j'ai du me contenter d'un duel. Ceci dit,  un p'tit quelque chose me faisait pressentir qu'avec le temps, tout s'épanouit (oui, c'est presque du Ferré).  

Le lendemain, ce n'est guère mieux, même si le nez est déjà un peu plus expressif. Mais en bouche, s'il y a bien une attaque et une finale plutôt sympathiques, c'est le vide sidéral entre les deux.

Le surlendemain, miracle.  Le vin s'est enfin ouvert. Le nez est non seulement complexe, mais part sur une aromatique incroyable que je n'ai jamais senti dans un vin La bouche est ciselée, avec de la tension et de la délicatesse. La finale est encore plus incroyable. Mais je vous laisse découvrir...


La robe est grenat bien translucide, aux reflets légèrement évolués.

Le nez est fin et intense sur l'orange cloutée aux clous de girofle et le Grand Marnier (yesss !)

La bouche est longiligne, hyper-tendue – mais pas raide – à peine enrobée d'une matière très fine, fraîche, limite impalpable, plus gazeuse que liquide.

La finale tonique prolonge sans rupture la tension perçue en bouche. Elle est très marquée par l'écorce d'orange confite et les épices, avec un beau mariage amertume/astringence. Le tout persiste longuement, avec l'impression d'avoir bu un Grand-Marnier, le sucre et l'alcool en moins. 

Bref, un vin à l'aromatique totalement dingue : vous vous demandez ce que vous êtes en train de boire. Si vous avez à votre disposition, c'est le style de bouteille à servir en verres noirs, histoire de ne pas se laisser influencer par la robe. 

Reste à savoir comment vous y prendre si vous achetez cette bouteille. Si vous voulez le servir le jour de l'ouverture, je pense qu'en le carafant le matin pour le soir (quitte à secouer un peu la bouteille si ça n'a pas évolué à 18h00), ça doit pouvoir le faire. Sinon, deux jours à l'avance en épaulant, je peux témoigner : ça le fait !

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* Certains doivent se demander ce que fait du Cinsault en Afrique du Sud. Eh bien sachez qu'il y est présent depuis plus d'un siècle sous le nom d'Hermitage. Il a joué un rôle central dans la viticulture locale : les vignerons avaient essayé d'implanter le Pinot noir en Afrique du Sud, avec des résultats guère satisfaisants. Le Pr Abraham Perold a alors tenté un croisement avec le Cinsault, et ça a beaucoup mieux fonctionné : le Pinotage est devenu le cépage rouge emblématique de l'Afrique du Sud.