jeudi 16 juin 2016

Bordaxuria : et si c'était vraiment le plus grand blanc du Sud-Ouest ?


Tout a commencé par une boutade. Je vous raconte. Eric R, enthousiasmé par la réussite de l'Irouléguy rouge du domaine Bordatto (épuisé en deux jours !) s'est amouraché de cette belle appellation pyrénéenne. Du coup, il a acheté sur la même plate-forme de producteurs un autre Irouléguy : le blanc 2015 du domaine Bordaxuria. On le reçoit mardi dernier. Je crée de suite la fiche pour le site. Au moment où je vois le prix – vraiment calculé au minimum que l'on puisse faire – je ressens comme un oups : 19,90 € pour un vin blanc sec d'un domaine totalement inconnu, cela ne va pas être facile à vendre... 

Reste une étape que je ne déteste pas, j'avoue : le déguster. Au moment d'ouvrir la bouteille, je lâche à mon chef : "j'ai vraiment intérêt à trouver que c'est le plus grand blanc du Sud-Ouest, car sinon, on risque de le garder longtemps..."

J'en verse dans le verre. La robe est d'un bel or brillant.

De suite, je suis séduit par son nez  fin, intense et profond, sur des notes de mangue, d'ananas, de poire au sirop, avec un  fond minéral (pierre humide). Ça commence plutôt bien, cette affaire.

La bouche est élancée, tendue – sans la moindre raideur ou acidité saillante – enrobée par une matière qui réussit à être en même temps dense et aérienne, et j'oserais dire centrifuge et centripète – rarement ressenti ça sur un vin. L'ensemble trace sévère, mais sans que ce soit d'agressif. Au contraire, le temps semble suspendu, irréel. Rien ne pourrait mieux résumer ce vin que le slogan inventé par Séguéla pour Mitterrand en 1981 : la force tranquille.

La finale est intense, avec une mâche finement crayeuse très savoureuse, avec un retour sur les fruits exotiques et plus encore sur des notes salines qui prolongent longuement le vin.

Franchement, bluffé je suis ! Ce vin est véritablement une petite merveille d'équilibre qui a TOUT : la puissance, la finesse, la profondeur et la légèreté, le charme sans être ostentatoire. Le plus incroyable dans cette histoire est qu'il n'est pas produit par des vieux briscards de l'œnologie sur un terroir prestigieux, mais par des p'tits jeunes qui ont fait leur première vinification... en 2014 ! Le talent, ça ne se fabrique pas : on l'a ou on l'a pas.

Brice Robelet et Ellori Reca - Photo Sud-Ouest
Je serais curieux de comparer ce vin à l'Hegoxuri d'Arretxea, histoire de le comparer à un mythe de la région (dommage, je n'en ai plus en cave). Je n'ai aucune certitude que le Bordaxuria sortirait vainqueur de la confrontation. Mais si c'était le cas, je n'en serais pas surpris. 

Quoiqu'il en soit, je pense que ce vin mérite d'être dégusté par tout amateur de vins blancs qui se respecte. Cela devrait le sortir de la torpeur dans lequel il a parfois l'impression de plonger...

PS : nous l'avons regoûté 24 h plus tard, avec de l'aération ... et du recul. Toujours autant séduit, voire même encore plus. J'adore ce vin !...



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