mardi 16 juillet 2013

Baco : le goût de l'interdit


Le Baco noir a été conçu au début du XXème siècle comme une solution au phylloxera : plutôt que de faire une greffe d'une vigne française sur un pied américain, pourquoi pas faire un croisement entre un cépage américain (Vitis Riparia) avec un cépage français (Folle blanche, cépage de Cognac) ? C'est que l'on a appelé un hybride producteur direct. Et comme le monsieur qui a eu cette idée s'appelait François Baco (en photo ci-contre) le cépage a pris son nom. Notons qu'il existe un Baco Blanc qui s'appelle précisément Maurice Baco, nom du fils de François, mort prématurément.

Le déclin du Baco noir a démarré dans les années 30 lors de la naissance des AOC. On considérait qu'il donnait des vins trop typés (foxés) qui trahissaient leur terroir d'origine. Par ailleurs, on a découvert que les vins issus d'hybrides contenaient un peu de méthanol, dangereux pour la santé. En fait, tout le monde s'accorde à dire que les quantités de méthanol sont si faibles qu'elles ne présentent pas de danger. Mais quand on veut tuer un chien, on dit qu'il a la rage...

Dans les années 50, un décret européen a signé définitivement la fin des hybrides. Il ne subsiste que quelques vieilles vignes increvables. Seul le Baco blanc continue à être autorisé dans l'AOC Armagnac. Il faut noter que l'on s'intéresse de nouveaux aux hybrides aujourd'hui, car ils sont résistants à toutes les maladies et n'ont pas besoin d'être traités. 

Le vin dont nous parlons aujourd'hui provient donc de vignes cultivées dans la région du Forez. Les Mondon ont compris que pour éviter les arômes "foxés", il fallait récolter le raisin en surmaturité. Ceci dit, l'on n'obtient qu'un vin à 13° d'alcool. 

La robe est pourpre sombre.

Le nez est raffiné, très gourmand, évoquant la cerise noire bien mûre, la quetsche, avec une touche de noyau, de cacao et d'épices

La bouche est ronde, douce, aux tannins soyeux, avec un fruit d'une grande pureté. On ne peut être que bluffé par l'équilibre et le naturel de ce vin. Une certaine forme de perfection.

La finale est  savoureuse, épicée, nette, avec une légère amertume non dérangeante.

Franchement un régal. Servez-le à l'aveugle : vous risquez d'épater vos invités avec ce Baco (11.50 €). 


3 commentaires: