mardi 26 août 2014

Clos Louie, vestige de l'âme bordelaise


Tout a commencé par un mail reçu dans notre boîte pro. Il nous était proposé de réserver en primeur un vin issu de vignes préphylloxériques situées en  Côtes de Castillon. Cela est tellement rare dans cette région ravagé à la fin du XIXème siècle par le maudit insecte que nous avons répondu OK, sans même goûter.


Il se trouve que je passais à proximité de Castillon lors de mes vacances très studieuses. J'ai donc proposé aux propriétaires, Pascal et Sophie Lucin-Douteau, de passer les voir pour en savoir un peu plus. Lorsque Monsieur m'a indiqué où le domaine de Clos Louie se situait, je me suis de suite retrouvé en terre connue. Il était à deux pas de châteaux que j'avais maintes fois visités pour écrire mon livre sur Saint-Emilion. 


Si le domaine est en Côtes de Castillon, pardon, en "Castillon Côtes de Bordeaux", il est fait à quelques centaines de mètres l'appellation Saint-Emilion, avec deux voisins aux vins qui tiennent la route : Valandraud et Fleur Cardinale.

Mais les vignes que je vois ici ne sont pas celles du fameux Clos Louie. Cette parcelle – essentiellement du  Cabernet Franc – sert à élaborer le "petit vin " de la propriété qui, je le verrai plus tard, n'a pas grand chose de petit...


Pascal Lucin m'emmène en voiture jusqu'à la parcelle préphylloxérique. Elle se situe plus au nord, sur la commune de Saint-Philippe d'Aiguilhe (à côté de l'Aiguilhe de Stefan von Neipperg). Aussi loin que l'on remonte dans les archives, celle-ci a toujours appartenu à sa famille.


Ce qui frappe dans celle-ci, en sus de l'aspect  vénérable de certains pieds,  c'est la complantation des différents cépages. Pas moins de cinq : Merlot, Malbec, Cabernet Franc, Cabernet Sauvignon et Carmenère (eh oui, ce cépage populaire au Chili est d'origine bordelaise). On pourrait croire que c'est un casse-tête lors des vendanges pour ramasser chacun à sa maturité optimale. En fait, non : ils sont tous ramassé en même temps, et ma foi, ça donne un très bon résultat ;-)


Une autre caractéristique de ces vignes est le caractère "lâche" des grappes. Les baies ne se touchent que très peu les unes les autres, ce qui facilitent la circulation de l'air et limite la pourriture.


Bien sûr, tous les pieds n'ont pas 150 ans... Il faut de temps en temps remplacer ceux qui meurent. Les plants proviennent d'une sélection massale de cette parcelle, soit en pied franc direct – étant donné qu'elle le n'a jamais été dévastée par le phylloxera, tout porte à croire qu'il n'a pas réussi à s'y implanter – soit sur des porte-greffes qualitatifs. Le domaine est officiellement en bio et utilise des préparations biodynamiques.


Le chai jouxte la maison. Le faible volume de la production totale nécessite une installation minimale. Quelques cuves en béton brut et des demi-muids pour l'élevage du Clos Louie.


Le Clos Louie 2012 que nous avions réservé n'était pas encore disponible à la propriété. J'ai par contre  pu déguster Louison et Léopoldine 2012 (le nom des deux enfants que vous voyez ci-dessus et qui sont déjà très intéressés par la chose vinique). Un vin qui explose de fruit et de fraîcheur, avec une finesse et une tension impressionnantes. Un véritable coup de coeur qui devrait pouvoir réconcilier les bordophobes avec les vins la région – en tout cas celui-ci.

Puis j'ai dégusté le Clos Louie 2007, histoire de voir comment le vin évolue dans le temps. Eh bien superbement, il faut le dire. Un nez fin et complexe dominé par la truffe et les notes  florales, et une bouche fraîche et soyeuse de belle densité. Pour moi supérieur à pas mal de 1ers GCC de Saint-Emilion que j'ai pu boire dans ce millésime. J'avais de suite demandé d'en rajouter à la commande en cours, mais ils oublié de nous les envoyer. Grrrr...

Puis on est passé à Clos Louie 2009. Au départ, ça fait un peu too much et trop mûr. Mais en fait, avec l'aération, l'équilibre et la fraîcheur reviennent, donnant alors un p... de bon vin, plus concentré et viril que le précédent, promis à une longue garde (là, il n'y en a pas à vendre...)


Et donc, hier, nos vins réservés sont enfin arrivés ! J'ai tout de même résisté quatre heures avant d'ouvrir la caisse de Clos Louie 2012 pour vous dire à quoi il ressemble. Au nez, c'est fin et délicat, entre crème de mûre, tabac et épices, avec une touche de violette. En bouche, c'est ample et aérien, avec une matière soyeuse, caressante, gagnant crescendo en densité et en salinité, et aboutissant une finale à la mâche  savoureuse, épicée. Bref, il se goûte déjà très bien, mais c'est un peu gâchis de le boire maintenant car il gagnera beaucoup en complexité en vieillissant (cf le 2007 décrit plus haut).

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