vendredi 1 mars 2013

J'ai bu un vin de sang froid...



Plus que le fait même de boire du vin, ce sont les expériences et les enseignements que l'on en tire qui sont passionnants. J'ai choisi cette cuvée Sang froid parce que je me suis dit que ça ferait une bonne accroche pour le blog, et puis parce que Floréal Roméro, le Don Quichotte du Gers, mérite d'être soutenu. 

Pourquoi Sang Froid, me direz-vous? Parce qu'il existe une autre cuvée appelée Sang chaud évoquant Sancho Panza, l'écuyer et compagnon de fortune de qui vous savez. Car Floréal est un descendant du grand Cervantes. Exploitant le filon donquichottesque jusqu'au bout, notre vigneron a appelé son rosé Sang Clair et son vin doux Dulcinée (son autre cuvée Ar Garedig étant une traduction bretonne de Dulcinée). 

Pour les dégustations de ce blog, j'essaie de me tenir à un principe : ne pas regarder la fiche du vin sur le site,  pour ne connaître ni son assemblage ni le prix auquel il est vendu. Plus ça va, plus c'est difficile, car je connais de mieux en mieux la gamme, mais quand c'est possible, ça me permet d'être plus objectif sur le vin dégusté.

Sur ce vin-là, je me souvenais que c'était soit du Merlot, soit du Tannat, mais je ne savais plus lequel des deux (dans ma tête, c'était plutôt Tannat, car le caractère du  Merlot me faisait l'associer plus à Sang chaud qu'à Sang froid). 

Au départ, je m'inquiète un peu, car le vin sent vraiment l'écurie. Je ne peux m'empêcher de penser au dernier dessin de Dominique Lizambard que nous avons publié :


Plus sérieusement, je me demande s'il n'y a pas des Brett's  dans ce vin. Ce qui m'embête un peu, car c'est un vrai défaut qui ne fait que s'aggraver dans le temps. Il y en avait beaucoup dans les Madiran des années 90, au point où cette odeur était devenue une typicité officielle de l'appellation (je parle de Madiran, car dans ma tête, je bois un vin à base de Tannat, le cépage de cette appellation).

En bouche, il y a un beau fruit ... et donc de l'espoir *. C'est peut-être tout simplement de la réduction... Je laisse donc le vin tranquillement respirer durant 24 h (sans bouchon, y a pas de bébêtes en ce moment...).

Le lendemain, j'y retourne et là, surprise : le cheval s'est envolé !... C'est pas du bœuf qui le remplace, mais un joli cassis (à la fois le fruit et le bourgeon), souligné par une touche poivrée/poivronnée (pyrazine, dirait un œnologue). Du coup, je sens une parenté avec le Cabernet-Franc, et je me dis que finalement, ça doit être la cuvée à base de Merlot **.

La bouche est d'un beau volume, avec une matière dense et des tannins solides mais bien mûrs (pas d'astringence). Il y a un fruit expressif et de la fraîcheur à revendre.

La finale est puissante sans être dure, avec un "trait de vert" évoquant la rafle du raisin

Il est certain qu'à l'aveugle total, je ne serais jamais parti sur du Merlot, mais plutôt sur un Cabernet, Franc ou Sauvignon, car il n'a pas la rondeur et la douceur habituelle de ce cépage. Ici, on est sur une version plutôt virile, puissante, très Sud-Ouest dans l'esprit. On l'imagine bien avec une belle pièce de viande grillée ou un confit de canard. Pour le prix (8.20 €), c'est vraiment très bien.



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* alors que les vins contaminés par les brett's ont aussi le goût d'écurie, un vin réduit au nez ne l'est pas en bouche.
** le Merlot est issu du croisement entre le Cabernet Franc et la Magdeleine Noire des Charentes

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