mardi 26 novembre 2019

Vent d'Est, vent d'Ouest : vers où se tourner ?


En avril dernier, lors de l'arrivée des vins du Domaine de Cabrol, j'avais  évoqué le Vent d'Est 2016 et le Vent d'Ouest 2015. Six mois plus tard, ces deux millésimes ne sont plus disponibles. Les deux cuvées sont  désormais sur 2017. Cela me semble plus juste et plus facile de les comparer, car les raisins qui les composent ont vécu les mêmes épisodes climatiques et présentent des maturités proches (a priori un peu plus poussées qu'en 2016). Je leur trouve plus de points communs qu'en avril. Et en même temps, dirait un marcheur célèbre, leurs différences ressortent encore plus. 



Vent d'Ouest 2017  (12.50 €)

cabernet-sauvignon 60%, grenache 30% et syrah 10%

La robe est pourpre sombre,  quasi opaque.

Le nez fait "brun ténébreux", sur le cassis, la ronce, le graphite et la suie.

La bouche est longiligne, tendue par un fil invisible, avec une matière dense et veloutée  réussissant à être aérienne, pleine de fruit et de fraîcheur (aromatique), tout en adoptant un style très sobre – très médocain dans l'esprit.

La finale est intense, très concentrée, avec des tanins plus présents – mais déjà bien intégrés – et un fruit (cassis) encore plus démonstratif, renforcé des notes mentholées et une touche d'élevage noble – pain grillés, café, épices douces.

C'est déjà très bon, mais il faudrait l'attendre idéalement au moins cinq ans pour que le cabernet sauvignon déploie toute sa palette aromatique tertiaire. On devrait alors avoir affaire à un superbe vin.


Vent d'Est 2017 (16.00 €)

syrah 60% et cabernet-franc 40%

La pourpre est grenat sombre aux  reflets violacés,  quasi opaque.

Le nez est très expressif, complexe, charmeur, sur la liqueur de fruits rouges et noirs, le lard fumé, la violette, la vanille, le poivre blanc, l'olive noire confite...

La bouche est très ample, enveloppante, déployant une matière à la chair d'abord fine et sensuelle, puis de plus en plus dense et profonde : on s'enfonce dans la terre jusqu'à atteindre le socle rocheux. La tension est assurée par une grande fraîcheur aromatique, assez proche de celle de Vent d'Est, si ce n'est que le cassis et le menthol sont complétés par le poivre cubèbe et l'écorce d'agrume. 

La finale commence d'abord par tout concentrer en un point minuscule avant de nous faire un big bang du tonnerre de dieu avec dans le désordre le cassis, la fumée, le menthol, le poivre, l'agrume, la réglisse, l'olive noire... C'est l'agrume et le menthol qui assurent le (superbe) finish, sous un fond de notes fumées. C'est long, très très long...

Un vin plus exubérant et riche que le 2016. Ce dernier pouvait nous emmener en Rhône Nord. Là, on est clairement dans le Languedoc, même si l'aromatique est plutôt atypique pour un vin de la région. Ce vin est une sorte de bête sauvage fascinante qui demandera du temps pour être domptée. 

Pour l'heure, si on recherche du spectaculaire, le Vent d'Est est conseillé. Même si sur une belle côte de boeuf, le Vent d'Ouest devrait produire son petit effet. Mais dans quelques années, je les recomparerais  avec plaisir : le match risquerait d'être beaucoup plus serré... 

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