vendredi 14 septembre 2012

Vin bio, biodynamique, nature... Comment s'y retrouver ? (1)


Le bio, on en rencontre de plus en plus, que ce soit dans votre grande surface préférée ou votre coiffeur (il y a des shampooings et des teintures bio). Parfois, vous découvrez l'étrange terme biodynamique en vous demandant bien ce que les vins issus de ce mode de culture peuvent avoir de plus. Et puis sont apparus plus récemment les vins dits "nature". Qu'est-ce qui les différencie (ou non) des vins bio ? Vins Etonnants qui propose le plus vaste choix de vins bio (et "nature" ) sur la toile française va essayer de répondre à ces questions.

1 - le vin bio, ça n'existait pas ... 

... jusqu'en février 2012, date à laquelle les différents pays européens se sont mis enfin d'accord sur une législation commune sur la vinification (ça bloquait essentiellement sur le plafond maximum de dioxyde de soufre autorisé). Avant l'application de ce nouveau règlement, seul les méthodes culturales étaient contrôlées. C'est pour cela que l'on pouvait trouver sur les bouteilles cette mention pas très sexy : vin issu de raisins de l'agriculture biologique. 

Ceci dit, les vignerons sérieux n'avaient pas attendu l'Europe pour se fixer un cahier des charges non officiel (comme celui du FNIVAB). Mais il est vrai qu'ils ne pouvaient (et ne peuvent toujours) pas communiquer dessus, vu qu'il n'est pas reconnu par Bruxelles.

Si la plupart des viticulteurs se réjouissent que le vin bio existe enfin, pas mal estiment que le nouveau cahier des charges est laxiste, et plutôt destiné aux industriels du vin qu'au petit producteur (voir le texte officiel ICI). Ceux-là continueront donc à suivre un règlement non officiel plus exigeant, en espérant qu'il sera reconnu un jour. 

À vue d'étiquette, il n'est pas forcément évident de distinguer le bio "laxiste" du bio "exigeant", si ce n'est par le prix proposé. Si vous trouvez un vin bio à 3 €, il est probable qu'il a fallu tirer un maximum sur les coûts de revient, ce qui n'est pas forcément compatible avec une démarche bio "traditionnelle". 




2 - quelle est la différence entre bio et biodynamie ?

La première chose à savoir, c'est qu'un domaine en biodynamie (=BD) est forcément en bio. Car il n'y a que ce dernier mode de culture qui est reconnu officiellement. Un domaine en BD doit donc déposer préalablement un dossier auprès de l'administration pour passer en bio (ce qui demandera 3 ans de reconversion). Et d'autre part devenir adhérent de l'une des deux associations promouvant la BD : Demeter ou Biodyvin. Il devra suivre le cahier des charges de l'association choisie (disponibles sur leur site) et sera contrôlé pour vérifier qu'il est bien respecté.

Un domaine en BD est donc contrôlé deux fois : une fois par un organisme de certification officiel (comme ECOCERT ou QUALITE FRANCE), et une autre fois par DEMETER ou BIODYVIN. Ces derniers peuvent externaliser leur contrôle en le confiant aux organismes préalablement cités qui font alors une pierre deux coups : en une seule visite, ils font un contrôle officiel (le bio), et un non officiel (la BD).

Il est donc important de souligner qu'un domaine qui s'annonce en BD et qui ne vous montre pas son certificat BIO n'est rien de moins qu'un charlatan.

Bon, ça, c'est le côté certification. Mais quelle est la différence sur le terrain ?

Un domaine en bio s'engage à ne pas utiliser de pesticides de synthèse. A savoir, pas de fongicide, pas d'herbicide, pas d'insecticide. Et puis pas non plus d'engrais dits "minéraux". Que de l'organique : fumier, compost, guano.... Il utilise comme produit phytosanitaire de la bouillie bordelaise (cuivre + chaux), du soufre, et quelques autres produits comme le BT (bactérie qui s'attaque aux vers de la grappe). S'il est "naturel", le cuivre n'est pas sans danger pour la vie dans le sol. Les producteurs BIO sont donc contrôlés sur les quantités annuelles de cuivre utilisé (5 kg / an sur une moyenne de 5 ans – l'idée étant que toutes les années ne se ressemblent pas : les années pluvieuses, on peut en consommer plus, et les années sèches, nettement moins)

Par contre, il ne s'engage pas à travailler les sols (il peut se contenter de tondre) ou à bichonner ses vignes. Le BIO n'est donc pas une garantie qualitative, mais juste une promesse de ne pas utiliser de produits de synthèse. Ce point est très important : il signifie qu'un vigneron "non BIO" qui passe beaucoup de temps à s'occuper de ses vignes peut avoir un résultat qualitatif très supérieur à un BIO qui fait le minimum syndical. Le bio n'est en aucun cas une promesse de produire un vin de qualité (c'est écrit nulle part sur le cahier des charges). Soulignons aussi qu'il n'est pas non plus une promesse d'un vin produit sans trace de pesticides de synthèse. Le producteur ne vit pas sous une cloche à l'abri du monde extérieur. Et comme 95 % du monde agricole n'est pas en BIO, et que ce type de produit est très volatile, on ne peut exclure que des vins "bio" en contiennent.

52 - préparats biodynamiques

Un domaine en biodynamie doit d'une part suivre les règles régissant le BIO (voir supra) mais en plus suivre un cahier des charges biodynamiques (disponibles sur les sites cités plus haut). Il devra utiliser des préparations biodynamiques (à base de plantes, de quartz, de bouse de vache...) qui seront diluées dans de l'eau ou des tisanes et dynamisées (voir ICI des images éloquentes) avant d'être pulvérisées dans les vignes. Nous sommes dans un esprit proche de l'homéopathie, avec cette même idée de stimuler les forces de vie de la plante. Les doses utilisées sont souvent très faibles : par exemple 4 g par hectare pour la  préparation 501 (silice de quartz). Ajoutons que le vigneron doit respecter pour ses traitements – et si possible pour l'ensemble de ses travaux – un calendrier planétaire (= un calendrier lunaire qui prend en compte le mouvement des planètes).



En général, si les vignerons en BD font bien leur travail, ils utilisent des quantités de soufre et de cuivre très inférieures aux BIO. De ce fait, il faut une vigilance accrue, plus d'observation, car une simple erreur ne pardonne pas : vous pouvez rapidement perdre une bonne partie de votre récolte. Il faut donc reconnaître à la BD qu'un véritable lien se crée entre le vigneron et sa vigne, ce qui peut à terme améliorer la qualité du vin.
Je ne discuterai pas ici du "pouvoir" (ou non) des préparations BD. Ce que je sais, c'est que des domaines comme Leflaive ou la Romanée Conti ont testé en parallèle le BIO et la BD pendant plusieurs années, et ont constaté un plus pour la BD. Ils ont donc converti entièrement leur vignoble à la BD. Il faut donc croire que ça marche. 

Signalons enfin que le cahier des charges de Demeter et de Biodyvin incluent les vinifications, et sont beaucoup plus stricts que l'européen cité plus haut.

Nous vous conseillons d'aller sur le site de Terres des Chardons qui explique bien leur démarche.

Quelques vignerons en biodynamie : Zind-Humbrecht, Ganevat, Champ des Treilles, Terre des Chardons, Château Gaillard (LE pionnier), Clos Puy Arnaud...

Dans une deuxième partie, nous parlerons des vins "nature".


1 commentaire:

  1. Thierry Fargeaudoux14 septembre 2012 à 13:23


    Une chouette BD qui illustre bien la biodynamie entre autre ...

    Les ignorants d'Etienne Davodeau
    Récit d'une initiation croisée

    Un vigneron chez Jean-Pierre Gibrat ou chez Emmanuel Guibert, et un auteur de bande dessinée dans la vigne : mais qui sont-ils ? Deux ignorants ! Comment, pourquoi, et pour qui faire des livres ou du vin ? Les réponses à ces questions forment le récit vivant et joyeux d’une initiation croisée.



    Par un beau temps d'hiver, deux individus, bonnets sur la tête, sécateur en main, taillent une vigne. L'un a le geste et la parole assurés. L'autre, plus emprunté, regarde le premier, cherche à comprendre « ce qui relie ce type à sa vigne », et s'étonne de « la singulière fusion entre un individu et un morceau de rocher battu par les vents ».
    Le premier est vigneron, le second auteur de bandes dessinées.
    Pendant un an, Étienne Davodeau a goûté aux joies de la taille, du décavaillonnage, de la tonnellerie ou encore s'est interrogé sur la biodynamie.
    Richard Leroy, de son côté, a lu des bandes dessinées choisies par Étienne, a rencontré des auteurs, s'est rendu dans des festivals, est allé chez un imprimeur, s'est penché sur la planche à dessin d'Étienne...
    Étienne et Richard échangent leurs savoirs et savoir-faire, mettent en évidence les points que ces pratiques (artistiques et vigneronnes) peuvent avoir en commun ; et ils sont plus nombreux qu'on ne pourrait l'envisager de prime abord...


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