vendredi 30 novembre 2012

Accords mets et vins : les fromages (3ème partie)

Le marathon des fromages est loin d'être terminé. Après voir vu les fromages frais, de chèvre, les croûtes fleuries, les pâtes pressées non cuites, nous allons passer aux ...

Pâtes pressées cuites



La plupart du temps, ce sont les vins blancs qui vont le mieux avec ces fromages. Certainement pour des raisins d'alliance aromatiques (arômes communs, comme la noisette, le beurre ... ou la croûte de fromage), mais aussi parce qu'ils ont un taux d'humidité plus faible, et donc un taux de matière grasse plus élevé. La fraîcheur d'un vin blanc est donc la bienvenue pour apporter un équilibre gustatif.



Beaufort : un Chardonnay un peu riche qui embaume la noisette ira à merveille avec le Beaufort (comme un Pouilly-Loché, par ex). On peut aussi imaginer un Champagne à dominante ou 100 % Chardonnay (comme la Vigne d'Antan) qui pourrait faire un mariage remarquable, surtout si le Beaufort a un peu d'âge.



Comté : bon, là forcément, on pense à un accord régional avec les vins du Jura. Le choix variera en fonction de l'âge du fromage. 

S'il est jeune et fruité, un Chardonnay ou un Savagnin ouillés peuvent convenir, ou un vin légèrement oxydatif (comme la Fauquette pour ceux qui connaissent).

S'il est un peu plus âgé (18-24 mois), vous pouvez pouvez prendre un côtes du Jura un peu plus oxydatif ou un Chardonnay ouillé de caractère, genre les Graviers de Tissot. Ou tiens, pourquoi pas son BBF ?

Si vous avez la chance d'avoir un Comté encore plus âgé, vous pouvez sortir le Vin jaune. S'il quelques années de bouteilles, c'est encore meilleur ! 

Un champagne assez ancien ou à tendance oxydative (genre Substance de Selosse) peuvent aussi faire merveille.

Et surtout, servez vos vins aux alentours de 15°. L'accord se fera beaucoup mieux qu'avec des vins frais qui paraîtront plus acides.

Emmental : demande un vin plus tonique et plus fruité que les deux précédent. On peut alors sortir du Jura  : en ardèche (Swimming Poule), ou en Languedoc (Charmille blanc, Roucaillat...)

Parmesan : ce fromage très concentré, granuleux, salé, réclame des vins qui ont du répondant, alliant gras, fraîcheur et intensité aromatique. Le sucre résiduel n'est pas un problème : il est compensé par le salé du fromage.

Par exemple, un Chardonnay en vendange tardive oxydatif : Delphine de Margon.

Ou un vin issus des très vieilles vignes de Grenache gris complétées par du Terret et du Macabeu : l'Inattendu du Clos de Gravillas.

On peut aussi tenter une vendange tardive de Mourvèdre très longuement élevée en fûts  (une dizaine d'années !)  : Patience et longueur de temps.

Ou alors des Rancio, qu'ils soient issus de Clairette ou d'un assemblage de Grenache, Merlot et Cabernet Sauvignon (si, si, ça existe).

Il peut être aussi tentant d'essayer un vin de paille de Poulsard, Audace, qui est proche de l'esprit des Recioto de Valpolicella qui accompagnent le Parmesan à merveille.

mercredi 28 novembre 2012

... et ce n'est qu'un début !


Hier, nous avons franchi le cap des 20.000 pages lues. Pour un blog démarré mi-septembre, c'est pas trop mal ;-) Notre but est de vous informer sans vous ennuyer. Nous espérons qu'il est atteint et que vous prenez plaisir à nous lire.

Tous vos commentaires sont les bienvenus, mais pas seulement. Si vous avez aimé une bouteille, visité un de nos producteurs, envie de faire partager vos expérience, notre blog vous est totalement ouvert. 

Si vous avez des questions à poser sur un sujet ou un accord à faire pour les fêtes, n'hésitez pas : on vous répondra en en faisant profiter tout le monde !

Merci en tout cas pour votre fidélité, et à très bientôt

Les Éric's

mardi 27 novembre 2012

Le Cabernet et le Merlot ne sont pas une fatalité dans le Bordelais

Buveurs, buveuses, on vous ment, on vous spolie. Depuis des décennies la classe place bordelaise vous fait croire que vous n'avez le choix qu'entre l'austère Cabernet et le grassouillet Merlot. Ou le mélange des deux. Il existe en fait des alternatives pour échapper à cette dictature du goût. Quelques vignerons courageux, tels des Astérix modernes, font de la résistance en persévérant à cultiver des cépages présents dans la région depuis des siècles.


L'un deux est Thierry Bos, photographié devant un pied de Carmenère. Vous voulez parler de ce cépage chilien qui taille des croupières aux vins français ? Oui, je parle bien de ce cépage, mais il n'est pas plus chilien que Christophe Colomb est colombien. Il est Bordelais, nomdidiou, et couramment planté dans la région avant que ne s'abatte le phylloxera. Il donne des vins plutôt riches, épicés, manquant de structure. Il gagne donc à être assemblé.

Thierry Bos cultive aussi un autre cépage planté dix fois plus en Amérique du Sud qu'en France : l'Auxerrois de Cahors, que le Chevalier de Malbec popularisa dans le Bordelais au XVIIIème siècle. Un siècle plus tard, il représentait 90 % de l'encépagement des Côtes de Bourg et était même présent au Château Latour à Pauillac. Là aussi, le phylloxera lui fut fatal. Une fois greffé, sa qualité était beaucoup moins satisfaisante, et il fut quasiment abandonné. Contrairement au Carmenère, il donne des vins structurés, avec des notes fruitées et florales, parfois un peu rudes.

Et comme l'homme a de la suite dans les idées, il a offert l'asile à un troisième réfugié : le Petit Verdot. Lui aussi était une star au XIXème sur les palus de la Gironde, quasiment au prix des plus grands crus classés du Médoc. Lui, c'est les bateaux à vapeur qui ont mis fin à son règne : les vins n'avaient plus besoin de tenir aussi longtemps dans les cales des navires, et on leur alors préféré des boissons de fillettes. Ce cépage donne des vins puissants, sombres, avec une belle trame acide, avec des arômes floraux, fruités et très épicés. 

Le château de Bouillerot fait partie des fournisseurs historiques de Vins étonnants, puisque notre site commercialisa le premier ballon d'essai de Thierry Bos qui était un assemblage 2/3 Merlot 1/3 Carmenère (en 2003). L'année suivante, le pas décisif était franchi : ce fut 1/3 Carmenère 1/3 Malbec 1/3 Petit Verdot. Et depuis, l'assemblage n'a pas changé d'un iota. Il faut dire qu'il permet d'avoir un équilibre harmonieux, exaltant les caractères complémentaires des différents protagonistes.


Il y eu des années où il fallait être patient pour pouvoir savourer cette cuvée à son optimum. Sur ce millésime 2010, il s'avère déjà très séducteur.

La robe est rouge sombre, avec des reflets pourpres. Le nez est expressif dès l'ouverture de la bouteille, fleurant bon la crème fruits noirs (mûre et de myrtille), la violette et les épices chaudes. Bouche ronde, au fruité intense, avec une matière dense, charnue, et des tannins veloutés. Mais surtout une fraîcheur qui apparaît dès l'attaque pour persister jusqu'à la finale, à la mâche gourmande et épicée. 

Un vin parfait accompagner la cuisine du Sud-Ouest (magrets, confits), ou une épaisse côte de boeuf grillée. Sachant qu'à 8.10 €, je ne connais pas beaucoup de vins de ce niveau.



Perso, je l'ai testé sur une cuisse de pintade et des pommes de terres sautées. C'était impec !


Cheeeerrrs !!!

Accords mets et vins : les fromages (2ème partie)

Après les fromages de chèvre et les pâtes molles à croûtes fleurie, continuons avec la grande famille des...

Pâtes pressées non cuites


Cette famille est immense et regroupe des fromages très différents : Cantal, Gouda, Mimolette, Morbier, Ossau-Iraty, Reblochon, Saint-Nectaire, Salers, Tomme de Savoie... Certains vont très bien avec les rouges, d'autres avec les blancs, voire certains avec des vins doux. Bref va falloir voir cela au cas par cas...


Cantal, Salers : ils peuvent se prêter à beaucoup de mariage, et permettent d'utiliser des vins de caractère, blancs comme rouges, de préférence non boisés. En blanc : VDP Blanc des CavarodesPithos blanco,    RkatsitelliDolmen... En rouge: MarcillacRasduCep d'Antan, Coteaux du Vendômois...

Gouda : s'il est plutôt vieux, on peut reprendre les vins blancs cités dans le paragraphe précédent, voire même des vouvray demi-secs, ou un Colombard en vendange tardives (Maëva). S'il est jeune, on peut prendre des vins blancs rond et fruités (100 nomsTradition blanc de Gourgonnier) et des rouges fruités, ronds et légèrement épices (BBQFruit de Syrah...)

Mimolette : à part la couleur, il n'y a pas de grosses différences avec le gouda. Il est une étrange tradition dans la bourgeoisie bordelaise d'accompagner la mimolette des rouges locaux (ils boivent bien aussi Yquem avec des huîtres). Ca ne m'a jamais convaincu. Par contre, j'ai été enthousiasmé par le mariage d'une vieille mimolette avec un Rivesaltes ambré. On a pas ça en boutique, mais on a des choses du même style : OxytanClairette "rancio"Suzanne (en écoutant Léonard Cohen, tant qu'à faire...)

Morbier : pas un fromage facile. La pâte est moelleuse, presque soyeuse, mais le goût est bien typé. Très casse-gueule pour les rouges (tenter éventuellement un accord régional avec un Poulsard). En blanc, je tenterais aussi en priorité les vins locaux, de préférence avec une matière assez riche, car sinon le fromage risque de les faire paraître "maigres", et pas oxydatif (c'est pas du vieux comté...) : Marnes bleuesChardonnay de Messagelin. Mais vous pouvez aussi tenter un Savennières.

Ossau-Iraty : là aussi, j'aurais tendance à privilégier les accords "locaux", en privilégiant les vins du Sud-Ouest, qu'ils soient blancs ou rouge. On peut carrément tenter un vin rouge muté sur le fruit. 
Produits près des Pyrénées (orientales), les vins du domaine Arcadie devraient bien coller, en blanc comme en rouge.

Reblochon : pas forcément facile non plus, car même s'il n'est pas puissant, il a une matière très onctueuse qui peut avoir un effet désastreux sur les vins, particulièrement les rouges. Si vous y tenez tout de même, prenez-en un sans tannins, avec du fruit : TrousseauCôtes du Forez... En blanc, on peut partir sur un chardonnay, qu'il soit de Bourgogne (Saint-Véran) ou du Jura (Florine). Si vous le farcissez aux truffes (ou aux morilles), un vin jaune est envisageable. 

Saint-Nectaire : je ne sais plus qui de Senderens ou d'Olivier Poussier préconisa l'alliance du Bordeaux et du Saint-Nectaire. Toujours est-il qu'elle est maintenant bien connue. Je l'ai testée et approuvée à multiples reprises. Et fait essayer à plus de 150 personnes lorsque je faisais des cours de dégustation. C'était assez spectaculaire : un Bordeaux sur le fruit, assez banal bu seul, devenait très bon lorsqu'il était accompagné de Saint-Nectaire. J'avais également fait une expérience intéressante chez un amateur de vins qui avait servi un Montrose 1993. Ce grand cru d'un millésime faible vacillait sur ses bases lorsqu'il était dégusté avec la fameuse mimolette. Dès que vous mangiez du Saint-Nectaire, il s'améliorait d'une façon remarquable. 


Allez savoir pourquoi, mais l'effet Saint-Nectaire ne fonctionne pas avec tous les vins rouges. Lors des soirées vins/fromage que j'animais, je servais juste après le Saint-Nectaire avec un Côtes du Rhône. Le vin ne nuisait pas au fromage, mais ne l'améliorait pas non plus. 

Sachez tout de même que si vous servez un Saint-Nectaire avec un rouge en général, ce ne sera pas la cata. 

Tomme de Savoie : si le Saint-Nectaire n'améliorait pas le Côtes du Rhône, la tomme de Savoie qui était servie juste après faisait un superbe accord. C'était presque aussi spectaculaire que Saint-Nectaire/Bordeaux. Et j'avoue que j'étais le premier surpris car je ne m'y attendais pas.  Je parle d'un Côtes du Rhône relativement léger (comme celui-ci), sur le fruit et les épices. Pas dit que cela fonctionne aussi bien sur un vin plus puissant comme un Châteauneuf, quoi que je ne pense pas que le fromage puisse lui nuire. Vous pouvez aussi tenter l'accord régional avec un Chautagne.

La plupart des vins blancs doivent aussi pas trop mal se marier avec, tant qu'ils ne sont pas trop acides ou trop typés.

A suivre...








lundi 26 novembre 2012

Accords mets et vins: les fromages (1ère partie)

S'il y a bien un sujet qui divise les amateurs de vins, c'est celui qui concerne les accords avec les fromages. Nous allons voir qu'aucun vin n'est à éliminer. Il faut juste lui trouver le bon compagnon. 

Les fromages frais


Qu'ils soient de chèvre ou de vache ne change pas grand chose. L'important, c'est qu'ils contiennent plus d'eau que les autres fromages et qu'ils sont moins fort en goût. Eh bien, pour les vins qui vont avec, c'est un peu la même chose. Ils peuvent être blancs, rouges ou rosés, avec du fruit, de la fraîcheur et de la rondeur. 

En blanc : Bordeaux blanc "vin passion", Muscadet Gras Mouton, Sylvaner, Savoie Autrement, Sens du fruit blanc...

En rosé : Bourgogne Coup d'éclat, Languedoc Charmille rosé, Clauzes de Jo...

En rouge : Harmonie 2009, Saint-Nicolas de Bourgueil l'Hurluberlu, Enclos de la croix rouge, le rouge qui tache, Irancy, Côtes d'Auxerre...

Les chèvres affinés


On change de registre : il y a moins d'humidité, et plus de goût. Pour le coup, il n'y a que les vins blancs qui peuvent non seulement leur résister, mais un faire un très joli accord (je veux dire par là que les deux protagonistes en sortent tous les deux grandis). Il faut qu'ils aient une belle acidité, et qu'ils n'aient pas vu le bois (même si les chèvres aiment monter dans les arbres...)





Pâtes molles à croûte fleurie 


Encore plus que les chèvres affinés, ce sont des Red-Killers. Même si le mariage rouge/camembert appartient quasiment au patrimoine de l'humanité, il faut vraiment n'avoir aucune pitié pour le pôvre vin rouge pour lui faire subir pareil sort. Les plus beaux mariages se font avec les "bulles", qu'elles soient à base de raisins ou de pommes. En effet,camembert fermier et cidre de caractère s'entendent à merveille. 

Cidres : Zangs 2010

Bulles : Zéro Brut Nature (Camembert), Murgiers (Camembert), Crémant indigène (Neuchâtel), Vignes Beugneux (Chaource), Grand Cru Mailly (Chaource), Petraea (Brillat-Savarin)...

On peut aussi imaginer des blancs associant une belle matière avec une bonne acidité


Nota : si les fromages sont forts, seul un cidre tout aussi puissant peut s'en sortir.

À suivre...

vendredi 23 novembre 2012

Ganevat : les 2010 arrivent...


Les vins de Ganevat, c'est un peu notre Beaujolais nouveau à nous. Vous les attendiez avec (beaucoup)  d'impatience. Ils viennent de partir de chez Fanfan et seront chez  nous en milieu de semaine prochaine. Nous  commencerons à les expédier à partir de mercredi. 

Il n'y a pas de limite en quantités achetées par bouteille sauf sur les magnums (1 par personne) car nous n'en avons que très peu. 

jeudi 22 novembre 2012

Si tu ne vas pas à Lédogar, les deux gars viennent à toi !


A gauche Mathieu, à droite Xavier

Les Corbières, c'est un peu loin de nos locaux d'Ambazac. Il n'est donc pas aisé de s'y rendre régulièrement pour garder le contact avec la famille Lédogar, fournisseuse historique de Vins étonnants. Par contre, Ambazac est proche de l'autoroute A 20 qu'empruntent les gens du Sud pour monter à Paris. Et c'est ainsi que Mathieu et Xavier Lédogar ont toqué à notre porte hier midi. 



Après avoir déchargé quelques cartons, nous sommes allés au restaurant, le Clos des cèdres, situé idéalement à un kilomètre de l'autoroute, ce qui nous permis de discuter longuement en mangeant  de très bons plats.

Rillettes aux deux saumons, baies roses et herbes
(la sauce à l'aneth était divine !)

Pris par la discussion, j'ai omis de photographier les cotelettes d'agneau, qui étaient d'une tendreté exceptionnelle. Elles étaient accompagnées d'un vin que nous vendons à Vins étonnants : Samorëns 2009 de Ferraton. Une fois qu'il a pris un peu l'air, il est vraiment bon : bien fruité et épicé, avec une matière souple, d'une grande buvabilité. 

La vision du millésime 2012 par les frères Lédogar laisserait rêveur beaucoup de viticulteurs français. Ils n'ont fait en tout et pour tout qu'un traitement au cuivre durant toute la saison ! 


Financier aux amandes et sorbet à l'abricot

Grâce à la cuvée compagnon, nous savions que Mathieu avait été aspirant compagnon, mais ignorions la branche. Il était en fait dans la mécanique, ce qui est bien utile lorsque l'on travaille sur un domaine agricole.

Là, nos deux amis profitaient de la période un peu "creuse" entre la fin des vinifications et le début de la taille pour aller visiter des cavistes et des restaurateurs. Ce qui est sûr, c'est que les bouchons parisiens vont leur paraître exotiques par rapport au calme des Corbières ;-)

Merci à eux pour leur visite !

mercredi 21 novembre 2012

Les quatre forment un Thou

Je vous parlais hier de la très belle Cuvée Guilhouret du Clos Thou. Voici son lieu de naissance :


Je m'étais arrêté quelques minutes près des vignes du Clos Thou lors d'une escapade à Jurançon en 2010, histoire de prendre quelques photos paysagères. Entre autres des terrasses qui dominent la Chapelle de Rousse.  Allez, je suis sympa : je vous fais un petit zoom car ça vaut le coup d'oeil !


À l'époque, je vivais dans l'ignorance, ne sachant pas que le Clos Thou avait des rapports qualité/prix incroyables. Sinon, je m'y serais arrêté plus longuement…



L'assemblage de la cuvée Guilhouret est le suivant : 

50 % Gros Manseng, 
30 % Petit Courbu et Camarelet (certainement complantés)
20 % Petit Manseng. 

Si le Manseng, qu'il soit gros ou petit, est classique en Jurançon, les deux autres cépages le sont moins. Commençons par un illustre inconnu...


Camarelet (de Lasseube) : cépage rarissime, puisqu'il n'y en aurait officiellement plus que 1 ha en France !!!  Il est malgré tout dans liste des cépages autorisés de l'appellation Jurançon (parce que j'imagine qu'il y en des pieds ici et là dans les vignes et qu'il serait dommage de ne pas les vendanger). Il est bourré de qualités, particulièrement aromatiques, mais il a un "petit" défaut : il ne produit apparemment que des fleurs femelles rendant la reproduction difficile (beaucoup de coulure). À force de perdre des récoltes, les vignerons ont donc fini par l'abandonner.

(bibi)

Petit courbu : même s'il ne dépasse que rarement les 30 % dans les assemblages, le Petit Courbu est beaucoup plus présent dans les assemblages des Jurançon, et plus encore dans les Pacherenc de Vic Bilh et les Côtes de Saint-Mont. Lui, son défaut est d'avoir des baies très serrées les unes contre les autres (même si ma photo ne le montre pas...).Aussi, lorsqu'une baie est touchée par la pourriture grise, elle a tendance à contaminer rapidement ses voisines. C'est pour cela qu'il est avant tout réservé aux assemblages des vins blancs secs à qui il apporte de la finesse tout en étant moins acide que les deux Manseng.

Le Petit Courbu est ce que les ampélographes appellent un cépage "primitif", ce qui veut dire qu'il est très proche des variétés de vignes poussant à l'état sauvage (en l'occurrence, les lambrusques pyrénéennes).


Le terme Manseng peut être considéré comme un "titre de noblesse", puisque cela viendrait de Manse, la maison du maître, par opposition à Bordalès, la maison du métayer. Contrairement à qui a pu être écrit, ces cépages blancs ne descendraient pas Manseng Noir qui fait partie de la famille du Tannat. Il existe par contre des mutation génétiques du Gros Manseng (GM) : le GM Meunier, le GM à queue rouge, le GM à feuilles brillantes...

Gros Manseng : la vedette locale n'a que des qualités, y compris de faire des rendements plus élevés que ses petits camarades. Il ne supporte pas trop la pourriture. Il est donc le cépage majoritaire des blancs secs du secteur à qui il apporte des arômes de fruits exotiques et d'agrumes. Son acidité importante, même lorsqu'il est bien mûr, permet d'avoir des vins toujours bien équilibrés.

(bibi)

Petit Manseng : ses grappes et ses baies sont plus petites que celles du Gros Manseng. Ses rendements sont plus faibles. Sa peau est beaucoup plus épaisse et résistante au botrytis. C'est donc par passerillage  que les raisins se concentrent pour donner des liquoreux exceptionnels.

mardi 20 novembre 2012

Jurançon Guilhouret 2011 : une merveille à la portée de t(h)ous !


Cela faisait quelques temps que je lisais sur le forum La passion du vin des compte-rendus enthousiastes sur le blanc sec du Clos de Thou. Il se trouve que l'on en vend à Vins Étonnants. À force de passer quotidiennement devant les cartons, on finit par craquer et en ouvrir une bouteille. Et voilà ce que ça donne...

Rien que la  belle robe d'un or intense et lumineux est une invitation au plaisir. Le désir s'accroît encore lorsqu'on pense son nez au dessus du verre :  les arômes sont riches et intenses, à la limite de l'exubérance,  évoquant plus un vin liquoreux qu'un blanc sec. Tout le panier de fruits exotiques y passe : mangue, ananas, fruit de la passion... soulignés comme il se doit par un soupçon de noix de coco et de vanille.

La bouche est très ample, avec une attaque tonique et fraîche. La matière est dense et soyeuse, sans une once de lourdeur, avec un équilibre superlatif. La finale est franche et nette, avec une belle amertume que l'on retrouve dans l'écorce d'orange.

Cette alliance de la maturité et de la fraîcheur permettent à ce vin de se marier avec beaucoup de plats très différents : foie gras mi-cuit, gambas " thaï ", curry de lotte, fromages à pâte persillée pas trop forts (fourme d'ambert), dessert à base de mangue ou d'ananas…

Lorsque j'avais évoqué le Charmille blanc, j'avais imaginé qu'il puisse être l'un des meilleurs rapports qualité/prix au monde. Je ne me déjuge pas, car à 5.50 €, il me paraît difficile de faire mieux. Mais avec ce Guilhouret, on monte de plusieurs crans : il est certes plus cher (10 €) mais il en remonterait à des vins beaucoup plus onéreux. Pour un prix relativement modeste, il pourra accompagner avec brio vos menus de fêtes et éblouir vos invités (lunettes de soleil conseillées ! ).

Demain, on fera un t(h)our dans les Pyrénées pour découvrir les quatre cépages qui composent ce vin.

lundi 19 novembre 2012

Quand un Brésilien vous fait le grand numéro...


Bon, allez, ce n'est pas de Jesus Luz dont je vais vous parler aujourd'hui, mais comme la photo d'Eric nu a fait un tabac il y a une dizaine de jours, je me suis dit que l'ex-boyfriend de Madonna illustrerait à merveille un article sur un beau Brésilien. 


C'est un client belge d'Eric qui lui a donné quelques échantillons afin que voir si  cela pouvait nous intéresser. Déjà, l'origine peut avoir quelque chose d'étonnant, car nous ne trouvons que fort peu de vins brésiliens en France. Mais en plus, la Casa Valduga est allé chercher des cépages improbables créés par l'INRA dans les années 50, et qui ont fait un bide dans leur pays d'origine.

Par exemple, l'Arinarnoa,  croisement entre le Merlot et le Petit Verdot, n'est cultivé que sur 148 hectares en France. Autant dire rien. Il faut dire que mis entre de mauvaises mains, ça ne donne pas grand chose de terrible. Nous en avons fait l'expérience avec Eric lors d'un récent marché bio où une productrice charentaise nous avait fait déguster sa production. Sa cuvée à base d'Arinarnoa était on va dire "la plus intéressante" de la gamme, mais tout de même pas franchement excitante.

Je ramène donc cette bouteille d'Arinarnoa 2007 à la maison pour savoir ce qu'elle a dans le bide. Honnêtement, je ne sais pas trop à quoi m'attendre. Allez, je débouche, mets le nez au-dessus du goulot ... et déjà, ça sent très bon. C'est plutôt bien parti. Je verse dans le verre : la robe est sombre,encore violacée, ne faisant pas ses 5 ans d'âge. 

Et au nez, ben... c'est une petite merveille ! En tout cas pour moi, amateur de grands vins bordelais. Des beaux fruits mûrs juste comme il faut, un peu de cèdre, du moka, une profusion d'épices et une p... de fraîcheur (pour les deux derniers, c'est l'effet "Petit Verdot" de l'Arinarnoa). L'élevage est présent, mais c'est du beau, du noble, et très bien fondu avec les arômes du vin.

En bouche, il y a l'ampleur et la rondeur du merlot avec la superbe fraîcheur du Petit Verdot qui apporte l'élan et la tension au vin qui ne faiblit pas une seconde jusqu'à la finale expressive et épicée. Les tannins sont là, denses et mûrs, sans rien qui ne dépasse. Bref, aussi bien foutu que Jesus Luz ;-)

Il est probable que Pierre-Marcel Durquéty, le papa de l'Arinarnoa, soit aujourd'hui décédé. Car je crois qu'il aurait été fier de son bébé en dégustant ce vin. 

Ce domaine produit aussi un 100% Marselan, également crée par P-M D, et qui est un croisement entre le Cabernet-Sauvignon et le Grenache noir. Nous ne l'avons pas eu en échantillon, mais ça doit être aussi quelque chose.

Tout ça pour vous dire qu'il est probable que l'on craque prochainement sur ces vins. Nous vous tiendrons évidemment au courant lorsque nous les aurons...



dimanche 18 novembre 2012

Quelques nouvelles du domaine Laherte




Je pourrais paraphraser la newsletter du domaine Laherte en changeant quelques mots par ci par là et en repiquant les photos, mais je n'en vois pas trop l'intérêt. Vous pourrez donc la lire intégralement ICI.

Vous verrez : ça donne vraiment envie de faire le déplacement à Chavot pour déguster sur fût  les 2012. Lorsqu'ils seront en bouteilles, ce sera trop tard ;-)

vendredi 16 novembre 2012

Ceci n'est pas un Beaujolais Nouveau...



... mais n'en reste pas moins un vin 100 % Gamay produit en 2012 dans la région beaujolaise par Christian Ducroux, vigneron en Régnié (non, ça ne dépend pas de la principauté de Monaco).

Le vignoble est en biodynamie et les sols travaillés à l'aide de chevaux pour ne pas tasser les sols.

S'il est mis en bouteille précocement, c'est avant tout du VIN qui peut tenir beaucoup plus longtemps que les bibines en vente depuis hier. Il est d'ailleurs conseillé de bien l'aérer avant de le consommer avec des cochonnailles ou une p'tite potée qui vous réchauffera le corps et l'âme.

On est tout de même dans la buvabilité maximum, puisqu'il ne dépasse pas les 11°, ce qui devient rare de nos jours... Le prix est plutôt léger, lui aussi : 8.90 €.

Nous avons reçu dans la même commande un autre vin de France : Patience. Comme Prologue, c'est un Régnié qui n'en a pas l'appellation. Il faut dire qu'il regroupe toutes les presses des vins produits du domaine, qui reposent ensuite longuement en fûts de chêne (non neufs) pour se décanter et s'arrondir (d'où ... patience).

 Nous avons donc là un Gamay plus concentré et intense qu'à l'ordinaire,  qui devrait être taillé pour une longue garde. Nous vous en reparlerons prochainement...

jeudi 15 novembre 2012

Bojo 2012: en vente libre à partir d'aujourd'hui


Cela faisait des semaines que certains d'entre vous tentaient vainement de nous soudoyer afin d'obtenir avant l'heure dite quelques bouteilles de ce divin nectar. Nous étions bien sûr inflexibles, ne pouvant nous permettre d'enfreindre la loi. Déjà que nous vendons plein de vins plus que limite, à commencer par  Anticonstitutionnellement ... 

Ben ça y est : les claviers et les cartes bleues peuvent maintenant chauffer : il est libre à la vente, notre Beaujolais nouveau 2012, garanti sans goût de banane ni soufre ajouté, et seulement 10.85° d'alcool !

Ayant eu la chance de le goûter en avant-première, voici à quoi il ressemble : la robe est entre le rouge griotte et le rose framboise. Le nez est fin, fruité, gourmand sans être vulgaire, avec cette note incontournable de "bonbon anglais" due à la fermentation semi-carbonique, mais aussi un peu de poivre blanc. 

La bouche est toute en rondeur, avec un côté frais et croquant, très "jus de fruit", le sucre en moins. La légère mâche de la finale lui apporte une touche salivante qui évite toute lourdeur et lassitude. 

On va pas vous le faire passer pour le vin du siècle – il y va de notre crédibilité – mais ce vin peut vous permettre de vous plier aux rites sociaux saisonniers en y prenant du plaisir, tout en évitant le SO2 et les pesticides. Ne nous remerciez pas : on adore rendre service !

PS : 48 h après l'ouverture, il est encore meilleur, avec plus d'éclat, de profondeur et de fruit, et sans une trace d'oxydation. Comme quoi, le sans-soufre peut tenir à l'air...

mercredi 14 novembre 2012

Notre richesse, c'est vous !



Depuis bientôt 10 ans que nous existons, vous êtes des milliers à être venus sur Vins étonnants et à  nous avoir fait confiance. Beaucoup d'entre vous ont conseillé notre site à des amis, qui eux même, etc. 

Au fil des années, nous avons conservé vos témoignages de soutien et de remerciement. Nous avons décidé de les publier dans une rubrique ad hoc du site. Ca se passe ICI.

Celle-ci sera remise à jour régulièrement au fur et à mesure que vos commentaires nous parviendrons.

Extraits :

"Bien reçu ma commande ce matin. La livraison est de plus en plus rapide!! Arriverez-vous un jour à livrer avant la commande? C'est un défi! :o)"


"j'ai recu la caisse panachée et j'ai bu le Provignage de Marionnet. C'est un tres grand bon vin, un des meilleurs blanc de ma vie."

"Un grand merci à vous qui nous faites rever un peu sur le nectar des Dieux autrement que par l'approche marketing qui nous étouffe !"

Un grand merci à vous aussi !!!

Eric B. & Eric R.





lundi 12 novembre 2012

Accords mets et vins (4) : les gibiers


Après les produits de la mer, les volailles et les viandes,  voici quelques conseils concernant des accords avec le gibier. 

Le lièvre



Lièvre à la Royale

Si l'on reste en France, deux cépages me semblent convenir à merveille : la Syrah (plutôt Rhône septentrionale : Cornas, HermitageCôte Rôtie) et le Mourvèdre (Bandol, quelques Languedoc comme Inverso, Métempsycose ou le Bois du roi, un Roussillon type Astérolide). Certains Châteauneuf  peuvent aussi convenir, mais pourquoi pas aussi les Amidyves d'Olivier B ? Si on va en Italie, je verrais bien un Brunello di Montalcino. Dernière possibilité : une Mondeuse un peu évoluée de Michel Grisard.

Après, selon les sauces, l'accompagnement, l'âge et le sexe de l'animal, il faudra des vins plus ou moins puissants ou plus ou moins évolués.

Biche et chevreuil


Mon préliminaire concerne la cuisson : je conseille vivement de cuire le gibier à basse-température car cela évite le durcissement de la chair, et vous avez une viande tendre sans avoir besoin de faire de marinade. Du coup, vous pouvez servir des vins plus léger que la tradition l'exige, d'autant qu'on ne fait maintenant plus "faisander" la viande.

Je partage l'avis d'Olivier Poussier sur les accords avec le gibier : ces viandes gagnent à être consommées avec des vins sur le fruit et non des Châteauneuf antédiluviens comme ce fut longtemps conseillé. Cela fait un accord beaucoup plus excitant et gourmand. J'ai un faible pour la Mondeuse  aux saveurs de fruits noirs et d'épices (servie plus jeune qu'avec le lièvre). C'est gourmand au possible, avec une matière charnue qui se fond parfaitement avec celle de la biche. 

On peut aussi imaginer un Crozes Hermitage sur le fruit, un Hautes-Côtes de Beaune,  un  Barbera italien, ou certains vins du Languedoc comme l'Impertinent ou Demoiselle Claire.

Sanglier


Ici cuit à basse température (Christophe Hay, Maison d'à côté)

J'en ai rarement préparé, mais déjà mangé à plusieurs reprises. Je le vois bien avec des Rhônes de 5-7 ans d'âge, des Châteauneufs évidemment, un Très Longue Macération de Duperé et Barrera, certains vins du Sud à la trame riche et puissante (Garsinde, Collioure rouge, Carignan 1903 ) ou pourquoi pas l'incroyable Longo Maï ?

dimanche 11 novembre 2012

Mas de Gourgonnier blanc : baux et bon à la fois



Nous avons reçu il y a peu les vins du Mas de Gourgonnier, un pionnier de la bio en Baux de Provence. J'étais assez curieux de découvrir leur blanc. Sur l'étiquette ne figure pas la récente AOC Baux de Provence blanc (née en 2009), car il contient du Sauvignon dans son assemblage (mais aussi du Rolle et du Grenache blanc). Or, les seuls cépages autorisés sont la Clairette, le Rolle et le Grenache blanc, complétés accessoirement de Roussanne, Ugni blanc et Bourboulenc. Du coup, ce blanc continue à porter les couleurs des Coteaux d'Aix, comme cela se fait depuis près de 30 ans. 



C'est peut-être c…, mais déjà la forme de la bouteille vous envoie un signal comme quoi vous allez vous régaler. Bon, c'est à double tranchant. Parce que si vous êtes déçu, vous allez l'être doublement. Un coup à balancer la bouteille à travers la cuisine dans la mauvaise poubelle de recyclage.

Allez, on verse dans le verre (à 15° –  la température idéale). La robe a une belle couleur paille, brillante.

Le nez est fin, subtil, sur la pomme un peu chaude (cet odeur inimitable du cellier où vous avez stocké votre récolte de pomme en début d'automne), la poire mûre, l'amande fraîche ... avec une touche d'anis (ça, c'est parce que je sais que c'est un vin du Sud. Et un vin du Sud sent forcément l'anis – c'est fou ce que  Ricard a réussi à nous mettre dans la tête...)

La bouche est toute en rondeur, avec une attaque d'une grande netteté, un toucher de bouche soyeux, et surtout une fraîcheur limpide, pure, revigorante (ou régénérante, j'hésite).

Et on en reste pas là : la fin est savoureuse, vibrante, avec ces gourmandes saveurs de fruits et d'épices qui persistent longuement. 

Bon, vous l'aurez compris : je l'aime beaucoup, ce vin. Il n'a pourtant rien d'exceptionnel : pas de nez renversant, de bouche explosive, de minéralité intense, de finale saline... Et pourtant, il a un charme dont ne se lasse pas, une personnalité attachante. Essayez, vous comprendrez...