lundi 14 mars 2016

Si la Sénéchalière m'était contée...


Il n'existe que peu de reportages sur le domaine de la Sénéchalière. Et pourtant, il mérite d'être connu autant pour ses vins que pour son propriétaire, Marc Pesnot. Âgé aujourd'hui d'une soixantaine d'années, il garde l'enthousiasme d'un jeunot de vingt ans, l'expérience en plus.

Ses vins font souvent un court passage à Vins étonnants, car il exporte 80 % de sa production à l'export, principalement au Japon et aux Etats-Unis. On en reçoit souvent une palette au printemps ... et c'est fini jusqu'à l'année suivante.


Au départ producteur conventionnel de Muscadet, il découvre il y a une vingtaine d'années les vins d'Overnoy,  Lapierre et Gramenon. Ces vin purs et digestes l'émerveillent. Il finit par se lancer à son tour dans la "naturalité" en 2001. Depuis, il ne cesse de progresser, et ce n'est sûrement pas fini.... 


Il y a une grande variété de schistes sur le domaine : beiges, bruns, rouges, bleus, et d'autres encore incrustés de micas. On trouve aussi des galets éoliens (polis par le vent).


La terre est fine, souple, facile à travailler, et elle a une bonne odeur d'humus. En sous-sol, on retrouve du schiste, puis de l'argile.



Les vignes de Melon de Bourgogne destinées à la Bohème sont "jeunes" : juste une trentaine d'années...  


Les vignes de Folle blanche destinées à ... Folle Blanche ont 90 ans. Afin de ne pas trop les épuiser, elles sont taillées court : juste six yeux. Et surtout, "elles sont en liberté"  pour reprendre l'expression de Marc. Traduisez : elles ne sont plus contraintes par des fils de palissage. Cela est rendu possible par le port érigé des rameaux. S'il était plus lâche, ce serait l'anarchie. Les pieds font penser à des gobelets en deux dimensions, dans le sens du rang.


La taille courte est possible avec ce cépage car les premiers bourgeons sont fructifères, ce qui n'est pas le cas avec le Melon de Bourgogne (qui ressemble en cela au Cabernet Franc). Ce dernier doit donc être taillé en Guyot.

L'absence de palissage limite les maladies, car l'air circule beaucoup mieux à travers le feuillage, facilitant l'élimination de l'humidité.

Le remplacement des pieds se fait par une sélection massale du domaine.  Il est préférable de replanter des jeunes vignes au milieu des vieilles, car la concurrence dans le sol est nettement plus importante. Cela limite naturellement leur vigueur... et donne tout de suite des bons raisins !

Autrefois, on plantait souvent le Melon de Bourgogne en haut de coteau et la Folle blanche en bas de pente où les sols étaient plus riches (et donc moins qualitatifs). Cela peut expliquer pour ce cépage  n'a pas trop bonne réputation.

Soulignons que cela n'a pas été le cas à la Sénéchalière où les deux cépages ont été traités avec le même respect (et ils le rendent bien au propriétaire). 


Les vignes destinées à Miss Terre et Nuitage sont à peu près du même âge.

Il y a un aussi un peu d'Abouriou, planté depuis des lustres. Après avoir goûté celui d'Elian da Ros, Marc s'est dit qu'il ne pouvait plus présenter son vin rouge issu de ce cépage, un peu trop rustique. Il est réservé à sa consommation personnelle du vigneron et de ses amis.


Les vignes nouvellement plantées ont cinq ans alors qu'elles en paraissent deux. Et même les plus âgées sont moins impressionnantes que celles vues précédemment.


Il faut dire que de ce côté de la route, la roche est beaucoup plus affleurante.

Le schiste beige est riche en micas. Toutes ces pierres mettent à mal les pièces mécaniques destinées au travail du sol.



Les bourgeons commencent à pointer leur nez. Il faut espérer qu'il ne gèlera plus fortement d'ici le mois de mai. Ceci dit, lorsque l'on voit à quelques mètres des vignes du mimosa sauvage, on se dit que le climat est plutôt clément dans le secteur.

Un peu plus loin, des parcelles qu'il a reprises à un jeune il y a quelques années. Essentiellement du Melon, mais aussi une très très vieille parcelle de Folle blanche. Sauvées in extremis :  s'il ne les avait pas achetées, elles auraient été arrachées et vouées au maraichage. La conversion en bio est finie.

Le vignoble est donc passé de 14 à 20 hectares.  Marc n'a pas augmenté son personnel ... mais a acheté un tracteur supplémentaire. Sur le domaine, il y a trois personnes qui taillent, une autre qui partage son temps entre  la vigne qu'à la cave. Et puis Louis, qui fait office de maître de chai.



"Non, la taille, ce n 'est pas ennuyeux" me dit  Marc. D'autant que tout le monde s'est formé à la taille Poussart qui privilégie les flux de sève, limitant les maladies du bois.  Cela demande un  peu plus de réflexion "mais les résultats se sont vus presque tout de suite." 

Tout le vignoble est d'un seul tenant, autour des bâtiments, sans autre vigneron à proximité. Cela facilite la démarche en bio, l'organisation du travail et permet aussi de ramener très rapidement les raisins vendangés au chai.

Ceux ci sont chargés dans le pressoir sans éraflage. Ils vont y rester ... douze heures, avec une pression très douce. Un baptême de l'air pour le moût naissant.

Conscient des risques d'oxydation, Marc a réfléchi à la meilleure façon d'inerter le pressoir avec une bâche et du gaz carbonique, sans que cela coûte une fortune.


J'ai pu déguster les cuvées qui vont être embouteillées dans les jours qui viennent. Avec une amélioration technique : le balayage sur goulot par du gaz inerte avant le remplissage. Comme cela, le peu de S02 qui est ajouté devrait pouvoir être efficace plus longtemps.

Bohème 2015 : nez bien mûr sur les fruits blancs, le beurre et le miel. La bouche est ronde, savoureuse, très fraîche sans que l'acidité soit agressive. La finale est saline C'est très (trop ? non jamais trop) gourmand.


Miss Terre 2015 : plus concentrée et séveuse que Bohème, avec la même fraîcheur pas agressive.

Folle Blanche 2015 : énergique, traçante (le schissste!) avec une  matière dense, minérale (vignes quasi centenaires). D'la bombe, quoi ! Typique ce qu'aiment les Japonais, car idéal avec les poissons gras.

Nuitage 2015 est encore en cours de fermentation. Contrairement à Miss terre, les raisins subissent une macération carbonique de 18  heures. La vendange du  matin est placée à mi-journée dans une  cuve saturée de gaz carbonique et y reste jusqu'au lendemain matin, avant d'être mise au pressoir.

La pellicule d'un raisin fraîchement cueilli est résistante à la pression. Au bout de 18 heures, elle est devenue beaucoup plus lâche et perméable, libérant des flavones et d'autres molécules aromatiques.

Le peu bavard Melon devient alors beaucoup plus causant, quitte à déstabiliser un peu les dégustateurs.


Je finis par l'assemblage destiné à produire le pétillant naturel  Chapeau Melon (50 % Nuitage/ 50 % Miss Terre, avec 20 g/l de sucres résiduels) : c'est tendre, gourmand, légèrement perlant, avec un beau fruit expressif. Par contre, le sucre fait que l'on se lasse plus rapidement.

Marc aimerait élever ses vins un peu plus longtemps en foudre de bois, puis en bouteille, avant de les vendre, histoire qu'il se complexifient. Par contre, il faudrait augmenter les prix. Y aurait-il des clients prêts à suivre ? Peut-être. En tout cas, on ne peut que constater une montée en gamme des vins du Muscadet, avec des cuvées dépassant aujourd'hui les 15 €, ce qui aurait été difficilement imaginable il y a peu encore.



Louis, qui s'est beaucoup activé dans la cave pendant que nous papotions...



Merci à Marc pour la belle et longue visite



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire