mercredi 29 juin 2016

La suite dans les idées : l'émotion inattendue


La plus belle émotion n'est celle que l'on n'attend pas. Et là, je me suis fait sacrément avoir. J'avais goûté cette Suite dans les idées en février dernier en compagnie de Michel Guiraud, son géniteur. Et le vin ne ressemblait pas à celui-ci. Il est probable que ce n'était pas du 2011 : il devait faire déguster un millésime plus récent à Vinisud. Il était donc encore un peu engoncé dans son élevage, même si l'on sentait un grand potentiel. Car il faut le dire : cette cuvée majoritairement Mourvèdre sur schistes est la plus belle du domaine.

Oui, donc, je me suis bien fait avoir. Je m'attendais à un vin plutôt vigoureux, dans la force de l'âge, et je suis tombé sur Audrey Hepburn délicatement parfumé au Jicky de Guerlain. Une beauté troublante, évanescente, en train de basculer de la maturité la plus aboutie ... vers la vieillesse inéluctable. Exactement ce que François Mitjavile appelle la décadence. Comme il aime le dire, la décadence, c'est la splendeur ultime de Rome avant sa dégringolade. 

Cette Suite dans les idées est totalement décadente. Et donc attachante, émouvante, car on sent que sa beauté est en train de se faner. Et ça la rend plus belle encore. Il faut par contre en  profiter dès aujourd'hui, car il est probable que dans un an, la vieillesse aura pris le dessus. On passera alors à Katharine, à l'époque de La maison du lac. Audrey, elle, est restée éternellement jeune.

La robe est grenat translucide avec des reflets d'évolution.

Le nez est très fin, aérien, quasi-envoûtant, sur le bonbon au cassis (pas Kréma, hein), la violette et le cuir de Russie.

La bouche est ample, douce, soyeuse, d'une grande légèreté, mais néanmoins tendue par un fil invisible (ou la main délicate d'un ange ?). On pourrait plus parler d'ambiance que de matière : on a l'impression de voir resurgir un monde de raffinement un peu désuet, genre Orient-Express dans sa période fastueuse. La nostalgie pointe son nez. Mais rien de triste là-dedans. Au contraire, c'est plutôt des larmes de bonheur qui tentent une percée (victorieuse ?).

La finale plus terrienne vous ramène à la réalité sans trop vous brusquer, avec toujours ce cassis, lui aussi d'un autre temps, et une nuée d'épices et de bois précieux. Et puis, ça se resserre, s'intensifie pour encore plus s'élargir – presque – violemment dans le palais. Avant de s'éteindre, paisiblement.

Il en reste juste une quinzaine de bouteilles. Il est probable que l'on passe ensuite à un autre millésime...   




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