mardi 20 novembre 2018

Extra Libre ou Extra Libre, le retour !


En octobre 2017, j'avais confronté Le Cèdre Extra Libre 2015 avec le Château du Cèdre Extra Libre 2016. Nous retrouvons un an plus tard les même cuvées, avec un décalage des millésimes, à savoir  Le Cèdre Extra Libre 2016 avec le Château du Cèdre Extra Libre 2017.

Lorsqu'on les déguste, on finirait par l'oublier, mais les deux cuvées sont sans sulfites ajoutés. Lorsqu'on voit le niveau de pureté et de précision, on se dit que d'autres producteurs ont encore du boulot devant eux...




La robe est pourpre très sombre, à la limite de l'opacité.

Le nez est des plus tentateurs, sur la crème de mûre relevée d'épices et d'une pointe de benjoin. La bouche est à la fois ample et élancée, avec une matière  dense et veloutée, charnelle, et une tension qui étire et allège le vin. Le fruit noir est et la fraîcheur sont omniprésents.

La finale possède une mâche gourmande, avec toujours cette crème de  mûre savoureuse, une touche crayeuse rappelant le terroir d'origine, et une belle persistance sur le poivre blanc et les épices douces. 




La robe est encore plus sombre : on dirait vraiment de l'encre.

Au nez, ouf, ça ne sent pas l'encre : est-ce l'effet millésime ou la vinif de la cuvée, mais il y a plus de finesse et de fraîcheur que le vin précédent. On est plus sur de la cerise noire, la myrtille, des notes sanguines, tout en gardant les épices. Et puis une touche de cèdre (c'est peut-être psychologique ...)

La bouche est plus élancée et tendue que le Château 2017, plus racée, on va dire. La matière paraît plus fine, tout en ayant plus de fond et d'assise. On est plus sur le séveux que le velouté. Et il y a du minéral, dirait l'autre. On lèche le caillou. Le premier est une friandise. Là, c'est du vin. 

La finale est un peu plus serrée – c'est encore un bébé – mais là encore, l'intensité et la minéralité montent d'un cran, voire de plusieurs. Vous vous en prenez plein la poire, avec l'impression que le vin explose en bouche, triplant de volume. Ou quadruplant, difficile à mesurer. En tout cas, l'impression finale – jouissive, il faut le reconnaître – est d'avoir un vin très ample et très aérien,  semblant n'avoir aucune limite (et certainement pas votre paroi buccale). Futur grand vin ? 



lundi 19 novembre 2018

Crozes les 4 vents : classe et gourmandise !


Je vous ai parlé il y a peu des Pitchounettes, le "petit" Crozes  produit par deux sœurs : Nancy et Lucie. J'avais écrit alors que je serais curieux de goûter les cuvées supérieures   En voici déjà une,  portant en toute simplicité le nom du domaine : Les 4 Vents. Elle est du millésime 2016, ce qui n'est pas pour me déplaire : les équilibres sont très réussis, avec une maturité tout en finesse. Et ce n'est pas cette cuvée qui me fera changer d'avis ! 

La robe est grenat très sombre, mais translucide.

Le nez est superbe, plus proche d'un parfum que d'un vin, sur la crème de fruits noirs, l'encens, le bois précieux.

La bouche est très ample, enveloppante, avec une matière (dense et ) soyeuse  qui vous envahit la palais. L'ensemble est frais, profond, très bien équilibré, réussissant à être à la fois classieux et gourmand.

La finale est savoureuse, finement mâchue, avec un retour sur la crème de fruits noirs, mais aussi des notes de lard fumé/poivré et une pointe de violette. Puis viennent les épices et une touche saline. Du nez jusqu'aux dernières sensations en bouche, on est vraiment sur du bel ouvrage ! Rien à redire donc pour le prix : 18.50 €.



samedi 17 novembre 2018

Idée cadeau :coffret calendrier de l'Avent (ou d'après)


Un cadeau original qui permet de découvrir 24 cuvées du catalogue Vins Etonnants format Vinottes 2cl en rouge, blanc, liquoreux, françaises et étrangères. 

Privilégiez plutôt un petit verre INAO pour les déguster. 

vendredi 16 novembre 2018

Visite au domaine de l'Enclos



J'étais jeudi et vendredi dernier à Reims pour préparer ce repas. J'en ai profité pour rendre visite à Benoit Tarlant. Et en redescendant, je suis passé par Chablis pour visiter le Domaine de l'Enclos que nous avons référencé tout récemment. 

En fait, nous avions déjà travaillé antérieurement avec le Domaine Romain Bouchard  sur les millésimes 2013 et 2014 (6 hectares en bio) avant que le domaine familial ne soit vendu à Albert Bichot. Celui-ci a racheté avant tout la marque et les stocks. Mais Romain et son frère Damien ont réussi à conserver une grande partie des vignes :  le domaine de l'Enclos qui rassemble le tout fait aujourd'hui 29 hectares (les 6 de Romain déjà en bio + 23 en conversion depuis 2015). 


Dès que je suis  arrivé le samedi à 14h00, Romain m'a emmené dans sa fourgonnette pour une longue visite des parcelles (1h30). Connaissant très peu Chablis, ce fut absolument passionnant, même si le temps gris/pluvieux n'a pas permis de sortir de la voiture et de prendre beaucoup de photos.

Celle du dessus montre les vignes située en appellation Petit Chablis, avec une vue sur Fourchaume.  Cela permet de constater que même les moins qualitatives du domaine ne sont pas bodybuildées aux engrais : les bois sont très fins et les rendements très raisonnables. 



Le chai nouvellement construit  a été inauguré avec les vendanges 2016. L'avantage de partir de zéro est de le faire exactement comme vous en aviez rêvé : pas moins de trois pressoirs alimentés par des tapis convoyeurs. Cela permet de traiter plusieurs lots de raisins dans un laps de temps très court sans que ceux-ci ne doivent attendre son tour (les 29 ha sont vendangés en une dizaine de jours). Le pressurage est très doux, donnant des jus clairs qui s'écoulent via des drains verticaux. 


Puis ils descendent par gravité dans les cuves inox situées à l'étage inférieur. 


Le jus arrive par partie basse de la cuve afin de limiter brassage et oxydation. 


En fin de fermentation, une partie des vins des 1ers et Grands Crus est entonnée dans des demi-muids de 500 l pour démarrer l'élevage. La fermentation malolactique est ici systématique, même sur le Petit Chablis.

Toute la climatisation du chai et de la maison est assurée par la géothermie. De l'eau à 14 °C est puisée à 30 m de profondeur, puis restituée à la même température. 


Nous passons à la dégustation :

Petit Chablis 2017 (dans la prochaine commande - il sera à 13 € ) : la robe est jaune paille. Le nez évoque le beurre chaud légèrement citronné, avec une touche de craie en arrière-plan. La bouche est avant tout fraîche et éclatante, pour gagner ensuite en rondeur croquante. La langue est titillée par un léger filet de gaz carbonique très agréable. La finale a une mâche fine et crayeuse, légèrement citronnée. Quelle belle entrée de gamme !

Chablis 2017 (18 €) :  le nez est plutôt plus discret, même si l'on retrouve les même marqueurs aromatique. Pour l'instant, c'est la craie qui l'emporte sur le beurre et le citron. La bouche est élancée, avec une matière ronde et dense, élégante, qui vous emmène plus en Côtes de Beaune qu'à Chablis. La finale démarre par un  léger gras qui pourrait faire croire à une fin molle. Mais une demi-seconde plus tard, une astringence très pomelo arrive à la rescousse, apportant le peps nécessaire, mais aussi un côté salivant très agréable, avec une belle persistance sur le citron (là, on est à Chablis)

Chablis 1er Cru Beauroy 2016 (24.00 €) : le nez est plus expressif, mêlant le minéral (cailloux, craie) à la pomme rôtie au beurre. La bouche est ample, aérienne, avec une superbe acidité ciselée, toute en filigrane, qui étire élégamment le vin et trace jusqu'en finale. On retrouve une mâche crayeuse, mais avec plus de noblesse et d'intensité que les vins précédents. 

Chablis Vau de Vey 1er Cru 2016 (24.00 €) : le nez est plus minéral que Beauroy, très marqué par le "caillou chaud". La bouche gagne encore en ampleur, mais surtout en densité et en gras. Un fin perlant apporte  ce qu'il faut de peps (en fait, Romain me dit que sur le papier, Vau de Vey est plus acide que Beauroy, mais que la matière est tellement dense qu'on ne le perçoit pas). La finale est proche de Beauroy, mais dans un style plus rond, et un beurré/citronné un peu plus marqué.

La Fourchaume 1er Cru 2016 (32.00 €) : le nez est marqué par l'agrume confit et des notes terpéniques. A l'aveugle, on pourrait partir en Alsace. La bouche est longiligne, évoquant une lame d'acier qui vous inonde de fraîcheur. Immersion totale. La finale poursuit dans la même dynamique, avec plus d'intensité et de persistance que les deux 1ers crus précédents. 

Hélas, je m'arrête là : les bouteilles de Grand Cru sont trop rares pour être dégustées....  

Merci à Romain pour son accueil !


jeudi 15 novembre 2018

Le Barranco nouveau est arrivé


C'est toujours un moment rare de déguster de vins de Barranco Oscuro car c'est une plongée totale dans l'inconnu.  Même le cépage le plus "banal" comme le Sauvignon prend une dimension inattendue du fait d'un terroir exceptionnel : sols de schiste à l'extrême sud de l'Espagne ... à 1300 m d'altitude, donnant des amplitudes thermiques hors normes. À cela s'ajoute une vinification sans le moindre intrant, mais malgré tout "traditionnelle" : on n'est pas sur une carbo standardisante qui vous fait ressembler un Carignan à un Gamay. 


Salvaje Bianco 2017 (19.90 €)

100% Sauvignon

La robe est jaune paille légèrement trouble. 

Le nez est intense et complexe sur le coing, la tarte tatin et la poire séchée, et une note résineuse/terpénique qui apporte de la niaque et de la fraîcheur. 

La bouche est de belle ampleur, déployant une matière dense et mûre, à la limite du tannique, et tendue par une acidité éclatante – mais pas du tout agressive. 

La finale est tonique, franche, avec un mélange  d'amertume – écorce d'orange – et d'astringence crayeuse, soulignée et prolongée par une acidité "rayon laser'. Peut-être pas un grand vin, mais on n'en est pas loin.  


Varetùo 2017 (14.00 €)

100 % Tempranillo

La robe est grenat sombre bien translucide. 

Le nez est assez discret, sur les fruits rouges épicés, avec une pointe de volatile qui le tonifie.  

La bouche est longiligne, tendue par une acidité hyper-traçante, enrobée par une matière fine, soyeuse, avec un fruit bien mûr – mais pas trop – et une touche résino-balsamique qui évoque la Toscane. 

La finale prolonge la bouche sans le moindre à-coup. Il y a juste un surplus de densité, un renforcement du résino-balsamique et cette superbe acidité qui continue à tracer. Superbe !

(le vin, comme le suivant, a besoin d'être dégazé - Le plus simple est de le faire en carafe)


La Familia 2014 (19.90 €)

Cabernet Franc et Cabernet Sauvignon

La robe est grenat très sombre, limite opaque. 

Le nez est intense sur les fruit noirs confits, les épices, et une touche séveuse/balsamique (eucalyptus, ciste, menthol). On pourrait alors s'attendre à un vin lourdaud ... ou à un vin muté du Roussillon.  

En en fait, pas du tout (vive les 1300 m d'altitude) : la bouche est élancée, avec une tension qui ne vous lâche plus, et une matière dense/moelleuse/confite– qui correspond bien au nez. Une bouche paradoxale des plus enthousiasmantes pour peu que l'on soit aware

La finale poursuit dans la même veine sans discontinuer – avec juste  des tanins un peu plus marqués –  et une relance fougueuse sur le cassis, le menthol et le poivre cubèbe. Waoooh effect !



Pinot noir

La robe est grenat translucide aux reflets tuilés. 

Le nez est intense, sur le sous-bois, les fruits compotés, le cuir, la "vieille fûtaille" comme on peut l'avoir sur les Barolo hors d'âge. 

La bouche est tendue, tonique, avec une matière d'abord fine, puis gagnant en densité, toujours sur cette aromatique "décadente". 

La finale est plus terrienne, tannique, avec un retour du cuir et des fruits compotés, et une belle persistance sur les épices douces. J'suis moins fan ... mais ça peut plaire ;-)

mercredi 14 novembre 2018

Regnier-David : un challenger à Saumur



Je fréquente l'univers des vins bio depuis 1992, et je n'avais jusqu'il y a peu jamais entendu parler du domaine Regnier-David. Je ne semble pas être le seul. Amusez-vous à le chercher sur la toile : on frôle le néant, mise à part quelques sites anglophones. Il se permet même de ne pas avoir de site internet. Et pourtant, ses vins semblent se vendre sans problème puisque les millésimes disponibles sont 2016 et 2017. L'export doit y être pour beaucoup. 

Le domaine est un pionnier du bio en Loire : le père de l'actuel producteur s'est converti en 1994 alors que c'était loin d'être tendance. Jean-François Regnier l'a rejoint en 2002 à l'âge de 20 ans. En 2006, il se forme à la biodynamie pour améliorer encore plus la qualité des sols, du vignoble ... et donc des vins. 

Les vins, je les ai donc découverts en février dernier à Renaissance des appellations (Angers). Dès les premières  cuvées servies, j'ai tout de suite accroché. Et plus on montait en gamme, plus je trouvais ça bon ! Seuls les vins issus de Gamay et Grolleau ne m'ont pas plus botté que ça. 

Il a  fallu  ensuite que je réussisse à convaincre le chef de les référencer alors qu'il ne les avait pas goûtés. Après un long travail de lobbying, il a fini par céder. Les voilà donc parmi nous depuis quelques jours. Veuillez leur faire bon accueil :-)





100 % Chenin - Vinifié en cuve ciment - Elevé en vieilles barriques

La robe est or pâle. 

Le nez est fin, élégant, sur les fruits blancs (poire, reinette, coing), le miel de châtaignier, le beurre légèrement fumé et une pointe d'épices. 

La bouche est élancée, avec une fine acidité traçante qui plaira aux amateurs de rieslings mosellans, et une matière mûre à la chair dense et mâchue. 

La finale est tonique, avec un renforcement de la mâche qui devient crayeuse et un mix amertume/astringence rappelant l'écorce de pomelo. Puis l'on retourne vers le coing et le miel, avec cette acidité qui n'en finit pas de tracer. 

C'est déjà très bon maintenant, mais il est à parier que sera encore meilleur d'ici 3-5 ans. 




Parcelle de Chenin de 1 ha planté en 2000 
(sélection massale du vignoble Huet)
Vinifié en cuve ciment - Elevé en vieilles barriques

La robe est jaune paille, brillante.  

Le  nez est intense, bien mûr, pouvant  laisser penser que l'on est sur un vin demi-sec, voire doux : gelée de coing, pomme tapée, miel d'acacia, écorce d'orange.... 

La bouche infirme direct cette première impression : on est sur un vin longiligne à la tension vibrante ... et sec de chez sec. L'acidité est plus discrète que sur la cuvée Vertinières, mais elle est certainement aussi élevée. Elle est juste mieux fondue dans une matière ronde, mûre, moelleuse, finement amère. 

La finale est puissante, sans aucune concession, sur le Triple A dont je ne me lasse pas  : Acidité qui vous déchire voluptueusement le palais ;  Amertume de l'agrume qui vous fait grimacer de plaisir ; et Astringence qui vous dessoiffe direct et vous donne envie de passer de suite à la gorgée suivante. Avec le coing confit en ligne directrice. Le Chenin comme on aime !



100 % Cabernet-Franc

La robe est grenat translucide. 

Le nez frais est très cab' de Loire, sur le cassis (fruit et feuille), le poivron rouge, le poivre, et la touche de menthol syndicale.  

La bouche est élancée, fraîche et tonique, avec une matière soyeuse, d'une grande pureté de fruit. L'équilibre est proche du parfait (on dit proche, car le parfait effraie les gens, mais en fait, c'est parfait). 

La finale légèrement mâchue poursuit dans le registre du fruit et de la fraîcheur, avec un cassis d'une belle pureté si ce n'est une pincée de poivre. 


Saumur Le Paradis 2017 (11.90 €)

100 % Cabernet-Franc

La robe est grenat sombre, mais translucide. 

Le nez est franc, expressif, sur le cassis et la ronce, avec un joli "trait de vert" qui amène de la fraîcheur. 

La bouche  allie ampleur et tension, avec une fine acidité qui étire le vin autant qu'elle peut, et une matière charnue, veloutée au fruit croquant/juteux, bourré de fraîcheur. 

La finale dévoile une mâche élégamment crayeuse, avec toujours le fruit mis en avant, et ce "trait de vert" qui fait son come-back, sans en faire trop. 




100 % Cabernet-Franc

La robe est grenat sombre tirant vers le pourpre, limite translucide. 

Le nez est frais et aérien, avec un cassis plus subtil/éthéré que les "petites" cuvées du domaine et une touche plus minérale (craie humide). 

La bouche est ronde, ample, veloutée, avec une matière charnelle qui vous tapisse le palais. Le fruit est omniprésent. La fraîcheur aussi. 

La finale est raccord, avec juste un supplément de mâche, mais toujours ce cassis d'une grande pureté. À attendre sereinement pour qu'il se complexifie.



90 % Cabernet-Franc et 10 % Cabernet-Sauvignon

La robe est grenat sombre translucide. 

Le nez est  fin, aérien, mêlant le cassis à des notes plus végétales, voire racinaires (gentiane), tout en restant dans l'élégance. Avec l'aération, elles disparaissent pour laisser place à des notes terriennes (humus, truffe noire). 

La bouche est plus dense que les autres cuvées du domaine, avec une matière plus trapue, concentrée. Mais elle ne perd pas en fruit et en allonge, tout en ayant une plus grande complexité aromatique. 

La finale est plus tannique, tout en exprimant un cassis ultra-frais, plein de peps, prolongé par le menthol et le poivre. Devrait être superbe dans une dizaine d'années.




100 % Chenin 

La robe est d'un or intense, avec des larmes sur les parois du verre. 

Le nez est riche, intense, mêlant le coing confit à des notes plus "champignonnées" (truffe noire), mais aussi à  l'agrume confit et l'encaustique. 

La bouche est élancée, déployant une matière séveuse/moelleuse de belle intensité soutenue par une fraîcheur "cheninesque". 

La finale est savoureuse, sur la truffe et le coing confit, avec l'amertume de l'orange confite qui équilibre les sucres résiduels. La persistance se fait essentiellement sur la truffe, tout en restant sur un registre élégant. 

mardi 13 novembre 2018

Les primeurs ... en primeur !


Cette année, nous avons augmenté le nombre de primeurs par rapport aux millésimes précédents. Pas moins de 4 régions sont représentées, même si deux cuvées sont en vin de France. Cela devrait permettre à chacun de trouver un vin nouveau 2018 à son goût, pour peu que la chose l'intéresse. Je comprends que l'on puisse préférer les vins qui ont plus de "bouteille", comme on dit (et pour cause : c'est mon cas).  

À noter que TOUS sont sans sulfites ajoutés. Cela ne veut pas dire qu'ils ne vous feront pas mal au crâne si vous en abusez, contrairement  à ce que voudrait laisser croire une certaine propagande. Car ils contiennent entre 12 et 14.5 % d'alcool selon les cuvées. Modération, donc !




100 % Gamay, 14.5  % Alc.Vol.

La robe translucide est entre le grenat et le pourpre. 

Le nez est expressif, sur la crème de mûre, les épices douces et des notes lactées. La bouche est ronde, enveloppante, avec une matière dense à la chair veloutée. C'est pour le moins généreux, mais ça reste étonnamment équilibré, avec un fruit à la juste maturité. 

La finale est pleine d'entrain, avec une fine astringence et des notes de prune, de noyau et d'épices. 





100 % Grolleau, 12 % Alc.Vol.


La robe est pourpre translucide. 

Le nez est à l'ouverture un peu réduit, avec des notes fumées/racinaires un peu trop marquées. Elles s'atténuent avec l'aération, laissant place à la pivoine, à la cerise et aux  notes sanguines. 

La bouche est ronde, ample, soyeuse, avec une matière très fine qui glissssee tel Brise d'Aunis. On est sur une cerise très pure ... mais tout de même poivrée, comme doit l'être un Grolleau. 

La finale accroche un peu, dans un style canaille, avec un poivre qui s'accentue et un gros goût de revienzy... 




100 % Gamay, 12.5  % Alc.Vol.

La robe est grenat bien translucide. Le nez en finesse mêle les fleurs (violette, pivoine) au "bonbon anglais", avec une touche ferreuse et une pincée de poivre blanc. 

La bouche est ample, aérienne, finement tendue, avec une matière souple au toucher doux, caressant. Le fruit fait plutôt dans la sobriété, laissant la place au minéral/salin. 

La finale est vive, agréablement salivante, avec un retour du floral, et une agréable persistance sur le sanguin/épicé. 



100 % Gamay, 13  % Alc.Vol.

La robe est pourpre sombre, limite opaque. 

Le nez est explosif, sur la violette, le poivre fumé et des notes amyliques (agréables). La bouche est ronde, fraîche, pulpeuse, avec une matière étonnamment dense et mûre pour un "primeur". Cela reste néanmoins frais et équilibré. 

La finale est mâchue, savoureuse, avec un retour de la violette et du poivre, et un prolongement sur des notes salines. 



100 % Gamay, 12.5  % Alc.Vol.

La robe est pourpre sombre légèrement trouble.  

Le nez est expressif, dominé par les notes lactées/caramélisées (ça fait caramel au beurre), avec des fruits noirs mûrs en arrière-plan. Avec l'aération, les rapports s'inversent. 

La bouche est éclatante de fraîcheur, avec de l'allonge et une matière soyeuse/friande, pleine de fruit. 

La finale est gourmande et enlevée, accrochant juste ce qu'il faut pour que l'on devienne...  accro !



Caladoc et Syrah,  12.5  % Alc.Vol.

La robe fait "vin orange", avec un robe entre le tuilé et l'ambré. 

Le nez est fin, plutôt discret, sur la griotte, l'écorce d'orange séchée et quelques épices douces. 

La bouche est ronde, de belle ampleur, avec une matière soyeuse et aérienne, un fruit frais – groseille à maquereau – croquant et digeste (12.5 % alc.) et puis une tension certaine qui apporte de la tonicité. 

La finale est tonique, mêlant mâche gourmande et noble amertume (orange/quinquina), avec une persistance agréable sur l'amer, donnant l'impression que vous venez de boire un Spritz ou un Bitter.

lundi 12 novembre 2018

Comme un Aire de jamais bu !


Dans la sélection proposée par Luisa et Lorenzo Valenzuela, nous avons tenté les vins de la Bodega Vinos Cano Zarco située dans la Mancha (nord-ouest de l'Espagne). Les deux sont issus du cépage Airen (que l'on retrouve dans Tierra de Forcallat) vinifiés et élévés  sans le moindre intrant. Il n'y a même pas d'ajout de sulfite à la mise. Les deux peuvent se boire dès leur ouverture. La seule précaution à prendre, si l'on veut avoir une robe limpide, est de les placer debout 24 h avant, histoire que la lie descende au fond de la bouteille. Ce sont des vins sans soufre accessibles au plus grand nombre : même notre jeune préparateur, qui n'est pas "initié" aux vins naturels, les a trouvé très agréables, avec une préférence pour le Salvaje.

Ce vin apporte une confirmation aux propos d'Eric Texier : au delà de six mois de macération, les tanins des vins orange ont tendance à s'affiner. Dans ce cas précis, la macération a duré 24 mois. Eh bien il n'y a aucune dureté. Mis à part la couleur et la concentration impressionnante, on dirait un vin "normal". Un vin que tout fan d'oranges se doit de goûter !




Fermentation et élevage d'un an 
en fûts de châtaignier

La robe est jaune pâle, trouble (la laisser debout 24 h avant de l'ouvrir). 

Le nez est gourmand, mêlant le bonbon acidulé à des notes fermentaires (lactées). 

La bouche est  ronde, pulpeuse, limite veloutée, avec un jus plein de naturel, frais et équilibré. Cela pourrait se boire comme du petit lait si vous n'étiez pas raisonnable. 

La finale a une petite accroche canaille assez irrésistible – décidément –  toujours sur ce côté fermentaire/lacté/acidulé , mais dans le sens le plus positif qui soit. 

Nota : je le préfère  nettement à l'ouverture.  Il devient ensuite plus "nature".





Macération de 24 mois des peaux, 
pressurage, puis un an d'élevage

La robe est entre l'or et le cuivre, très légèrement trouble (la laisser debout 24 h avant ouverture). Le nez est très intense, sur les fruits secs séchés (abricot, pêche, mangue), les épices, et une pointe de volatile qui apporte de la fraîcheur. 

La bouche est longiligne, tendue par une fine acidité percutante, avec une matière dense et moelleuse qui évoque un liquoreux – si ce n'est que l'on ne sent pas de sucres résiduels. L'aromatique est dominée par les  "fruits confits/séchés" complété par l'écorce d'orange. 

La finale gagne encore en densité sans qu'elle ne se durcisse trop (juste une légère mâche) : on retrouve l'abricot sec et l'écorce d'orange, complétés par le gingembre et le quinquina. Et cette fine acidité traçante qui poursuit longuement son chemin..

On ne peut rêver plus belle initiation aux vins oranges !

mercredi 7 novembre 2018

Andalousie : l'autre pays du cidre



Notre commande annuelle de Barranco oscuro vient d'arriver. Et avec elle son lot de surprises préparées par Luisa et Lorenzo. Elles feront l'objet de présentation ces prochains jours. Nous démarrons par des cidres espagnols produits près de chez eux. 

Le Cortijo Fuente Guijarro est situé à 2 000 mètres d'altitude dans le parc naturel de la Sierra Nevada. Toute la production de pommes est la leur et est obtenue par l'agriculture biologique, ce qui est facilité par le climat froid de cette altitude.

Manuel et Sara ont récupéré les pommiers les plus anciens, de variétés plus acides et moins présentes sur le marché, mais les plus adaptées à l'élaboration du cidre . Les quelques spécimens anciens déjà présents sur la ferme ont été préservés et 500 pommiers sauvages (prunus malus) ont été plantés, puis greffés avec des variétés anciennes collectées avec beaucoup d’efforts dans toute la région.



La cueillette des pommes dans la  montagne se fait à l'aide de mulets, car les routes sont inaccessibles pour tout autre véhicule.'élaboration dans la cave est également tout à fait naturelle. Aucun additif ou manipulation d'aucune sorte. 


Ancestral 2015  (11.80 €)

Cidre "classique"  (une seule fermentation)

La robe est jaune très pâle, légèrement trouble avec un cordon de bulles. Le nez affiche une réduction bourguigno-jurassienne sur le pétard et le sésame grillé. Avec l'aération, la pomme (fraîche, plutôt Granny Smith) finit par apparaître, souligné par les notes grillées.  

La bouche est tendue comme un arc, avec une matière sobre, limpide, saline, évoquant plus le monde minéral q'un verger. Le gaz carbonique apparaît sous une forme perlante/frizzante faisant office de colonne vertébrale : vous avez l'impression que votre bouche vibre à l'unisson. 

Le salin se renforce encore en finale, complété par l'astringence subtile de la pomme verte. Un cidre qui évoque plus les jardins zen que le bocage normand. Il pourrait fait de superbes accords de poisson crus marinés au jus de pomme verte. 



Double fermentation 

La robe est jaune pâle franchement trouble (on dirait une  bière blanche). 

Le nez sent bien le cidre, mais dans un style délicat et frais, limite floral. 

La bouche est élancée tout en déployant une matière juteuse/pulpeuse très désaltérante – l'impression de boire une limonade légèrement parfumée à la pomme verte. Les bulles très fines – concentrées sur l'axe central de la langue –  apportent un supplément de tension. 

La finale est tonique, mêlant amertume  (pomelo) et astringence (pomme verte) et une prolongation saline/crayeuse/citronnée. Décoiffant !


Quimera 2000 (19.90 €)

16 ans sur lattes, puis refermentation en bouteille d'un an

Vu l'âge du flacon, on s'attendait à une robe dorée/cuivrée. Eh bien pas du tout ! Celle-ci est  jaune pâle et trouble. 

Le nez est frais,  très fin/subtil. Il faut se concentrer pour capter des arômes complexes de pomme confite, de cardamome verte et de cédrat. 

La bouche allie ampleur et tension, rappelant plus un beau vin blanc (voire un saké ?) qu'un cidre . Un très léger perlant et des notes de pomme verte nous ramènent à la raison. La trame d'ensemble est d'une délicatesse qui enchantera les "palais de fillette" et  déconcertera ceux qui kiffent le brutal. 

La finale est finement crayeuse, avec toujours cette pomme verte – légèrement citronnée – qui se prolonge sur des notes salines. Une véritable expérience réservée aux esprits ouverts. 

mardi 6 novembre 2018

Jumelage alsaco-forézien



Dans Verdier-Logel, il y a Logel. Et Logel, c'est AL-SA-CIEN. Jacky s'est résolu par amour à vivre loin de sa terre natale. Mais c'était trop dur de faire une croix sur ses merveilleux cépages. Jacky a donc planté d'abord du Pinot gris. Ça tombait bien : il était reconnu par l'IGP locale d'Urfé. L'expérience ayant été doublement concluante, il a poursuivi avec du Riesling et du Gewurztraminer. Eux, par contre, ne sont pas reconnus dans le Forez. Ils sont donc en Vin de France. Les vignerons alsaciens – afin de limiter la concurrence qu'ils jugent déloyale – ont même obtenu qu'il soit interdit de mentionner sur l'étiquette  les noms de leurs cépages. Voilà pourquoi ils n'apparaissent pas sur les bouteilles alsaco-forézienne de Jacky (et Odile!). 




Loyela Blues 2017 (14.90 €)

100 % Riesling

La robe est d'un or éclatant.

Le nez est à la fois diffus et intense, dominé par l'écorce d'agrume séchée (orange, mandarine) et complété par des herbes médicinales (verveine et sauge).

La bouche allie tension et ampleur, avec une acidité plutôt discrète pour un Riesling. Non pas qu'elle soit absente, mais plutôt qu'elle est totalement intégrée dans une impressionnante matière : sa chair est très dense, avec un toucher moelleux et une aromatique mêlant les fruits – pêche blanche, ananas – et ... toujours la sauge (avec certains plats italiens, ça pourrait être top). Peut-être un peu d'eucalyptus, aussi.

La finale est très finement mâchue, avec un minéral/salin assez marquée et toujours ce "bouquet" d'herbes médicinales complété par l'écorce d'orange (amère).



Pupschen 2017 (13.50 €)

100 % Gewurztraminer

La robe est encore plus dorée.

Le nez est très expressif et superbe, sur la rose délicatement fanée, le souk oriental... On se noierait dedans !

La bouche reproduit un peu le schéma de Loyela, mais avec plus d'opulence tout en gardant la tension. La matière est très riche (15 % alcool) mais pas pesante : elle vous fait la danse des milles voiles, telle Salomé devant Hérode, vous balançant en pleine poire une succession d'arômes et de sensations.

La finale ne fait que prolonger la bouche sans jamais se durcir, mais en intensifiant encore l'aromatique avec un retour remarqué de la rose, des épices et la palanquée de saveurs orientales. Envoûtant !