vendredi 26 février 2016

Six bonnes raisons d'aimer l'Alsace


En ce moment, au Club Vins Etonnants de Limoges, nous sommes dans un trip "les vins de nos régions". Le mois dernier, nous étions partis dans le Jura. Mercredi, ce fut l'Alsace. La résumer en six vins n'est pas des plus simples. Il a fallu faire des choix difficiles. Cruels même. Exit le Pinot noir déjà dégusté lors d'une session consacrée à ce cépage. Exit aussi le Klevener de Heiligenstein, certes attachant, mais pas vraiment représentatif. Et pas non plus de Sylvaner, même s'il y en a de très bons.


Nous avons pris l'apéro "à l'alsacienne" avec un Pétillant naturel Extra Brut de Laurent Barth. Contrairement à un Crémant, il n'a connu qu'une seule fermentation ce qui permet d'avoir un raisin bien mûr sans avoir trop d'alcool. Par contre, son repos sur lattes de 22 mois et ses 20 % de Pinot noir lui apportent de la complexité et de la vinosité. Tout en ayant une grande buvabilité grâce aux 80 % d'Auxerrois. Cette combinaison sort vraiment de l'ordinaire, avec une qualité qui le place au-dessus d'un paquet de (mauvais) champagnes, pour un prix modeste et génial : 12.20 €. Profitez-en : il y en a encore...

Pour le Pinot Gris, nous sommes restés sur le même producteur, car ce 2014 présente tout ce que j'aime dans ce cépage : une très légère surmaturité alliée à une fine fraîcheur, avec ce qu'il faut de rondeur gourmande, une aromatique poire/miel/sous-bois, et un très léger sucre résiduel. Pour l'accompagner, un plat  à base de pleurotes, châtaigne, foie gras, bouillon de volaille et oeuf mollet. Il a permis au vin de montrer plusieurs de ses (belles) facettes. Miam !

J'ai fait le choix de servir en parallèle deux Grands Crus de Riesling. L'un du Bas-Rhin – l'Altenberg de Bergbieten 2012 de Roland Schmitt, l'autre du Haut-Rhin – le Schoenenbourg 2014 du domaine Stoeffler.  Le premier n'est pas des plus connus. C'est un tort. Il a bluffé tout le monde mercredi dernier : un nez très Riesling marqué par les terpènes d'agrume, une bouche pure et élancée, d'une belle intensité aromatique se prolongeant longuement en finale, une fougue qui s'impose avec élégance sans acidité excessive. Le plat – de la julienne au chou poêlé/croquant, sauce au raifort – lui convenait parfaitement.

Le Schoenenbourg était sur un registre assez différent. Plus riche, plus gras, plus mûr, plus exotique. Plus jeune, aussi. Des crevettes cuisinées à la Thaï lui auraient sûrement mieux convenu. En même temps, certains convives m'ont fait remarqué que l'accord totalement décalé avait quelque chose de passionnant. On peut voir ça comme ça, effectivement ;-)


Avec l'incontournable Munster, j'ai choisi de servir le Gewurztraminer Sélection de Grains nobles 2007 de Julien Meyer. La logique eût voulu que je serve après l'autre Gewurz, moins sucré, mais il présentait des notes d'évolution assez marquées - sans parler de la robe entre l'or et le cuivre - qui me laissaient supposer qu'elles conviendraient plus au fromage qu'au dessert fruité (ce dernier serait totalement écrasé). Il faut dire que cette SGN  est sans sulfite ajouté, ce qui explique un vieillissement accéléré. Même si on a bien en arrière-plan les arômes du cépage (rose, épices), on a presque plus l'impression d'avoir  un Sauternes évolué dans le verre. Mon intuition était  bonne : le mariage avec le Munster fonctionne très bien !


Avec le dessert, nous retournons à un vin de Laurent Barth : le Gewurztraminer GC Marckrain 2012. Même si vous êtes habituellement fâchés avec ce cépage, vous ne pouvez que tomber en amour avec ce vin. Le nez est fin et complexe sans être entêtant. La bouche est droite, pure, limite tranchante, enrobée par une matière dense et généreuse. La finale fraîche et nette équilibre bien les sucres résiduels de cette cuvée. Le mariage avec le mangoustan, la poire et le sorbet à la framboise est tout ce qu'il y a de raccord, le mangoustan présentant l'avantage d'être beaucoup plus subtil que le litchi autant en terme d'arôme que de texture.

Encore une soirée instructive qui ne peut que donner envie de s'intéresser un peu plus aux vins alsaciens. Le mois prochain : la Savoie !

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